Bigorexie : quand escalade rime avec dépendance

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Grimpeurs : souffrez-vous de bigorexie ? Cette forme d’addiction correspond à une pratique excessive du sport, avec notamment pour objectif de développer sa masse musculaire. Reconnue comme maladie depuis septembre 2011 par l’OMS, la bigorexie touche de nombreux sportifs, qu’ils soient professionnels ou amateurs. Et l’escalade n’est pas épargnée.

Le terme bigorexie est d’apparition récente. D’étymologie curieuse, il est formé sur l’adjectif anglais big (signifiant grand) et le suffixe grec orexis (signifiant appétit). Mais contrairement à ce que la lexicologie pourrait laisser croire, la bigorexie n’est pas l’inverse de l’anorexie. Selon la définition donnée par les spécialistes, la bigorexie est une dépendance à l’activité physique. Bref, un gros appétit… Mais pour le sport !

Bigorexie, vers une tentative de définition

C’est le docteur William Glasser qui a théorisé le concept en 1985. En clair, cette addiction se manifeste par un “besoin compulsif de pratiquer régulièrement et de manière intensive une à plusieurs activités physiques en vue d’obtenir des gratifications immédiates. Et ce malgré des conséquences négatives à long terme sur la santé physique, psychologique et sociale.”

Généralement, le sportif bigorexique recherche les sensations de bien-être provoquées par la libération d’endorphines. Ces substances sécrétées par l’organisme lors de la pratique d’une activité physique intense ont un pouvoir analgésique. Et peuvent même rendre euphoriques ! En d’autres termes, elles inhibent la douleur et permettent d’aller plus loin dans l’effort. La bigorexie touche donc principalement les sports d’endurance, où cette sécrétion d’endorphines est massive.

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Mais le sportif bigorexique se définit aussi par son obsession d’une prise de masse musculaire ou plus insidieusement par le besoin de contrôle de son poids et/ou de sa masse grasse. Les adeptes du fitness ou du crossfit sont donc aussi touchés. Par conséquent, les bigorexiques se recrutent aussi bien chez les marathoniens que chez les culturistes

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Bigorexie et escalade

Et les grimpeurs, dans tout ça ? Contrairement aux idées reçues, la bigorexie ne touche pas que les grimpeurs pros. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt. On connaît tous des grimpeurs, même de niveau modeste, qui s’entraînent plus que de raison. Et ont un besoin viscéral de s’entraîner. Ils culpabilisent s’ils n’ont pas pu aller à la salle. Et ne peuvent pas envisager de grimper sans faire une séance a muerte.

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La frontière entre motivation et bigorexie est alors ténue. Et le surentraînement guette ! Ils ont plongé du côté obscur de la force et cette passion obsessionnelle et immodérée de l’escalade entame petit à petit des pans entiers de leur existence. Sans parler des blessures récurrentes qu’elle génère et des conséquences psychologiques qui en découlent !

On est alors en présence d’une véritable addiction, même si elle est qualifiée de positive par les chercheurs (par opposition aux addictions classiques, type alcool, tabac ou drogues, considérées comme négatives).

Qu’observe-t-on ?

  • Une opinion altérée. Le grimpeur bigorexique est convaincu qu’il n’est pas assez fort. Et a souvent la perception qu’il ne s’est pas assez entraîné. Par conséquent, il va toujours avoir tendance à vouloir en faire un peu plus en fin de séance. Voire à caler des séances supplémentaires dans la semaine, à la salle ou en falaise. Jusqu’à l’épuisement ou la blessure.

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  • Une dépendance. Le grimpeur pratique plus de 5 fois par semaine, voire quotidiennement, et ne peut plus se passer de son activité physique fétiche. L’entraînement devient ritualisé. Chaque jour de la semaine doit être optimisé pour lui permettre de progresser.

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  • Un déni. Malgré les signaux de fatigue, d’irritabilité et d’isolement qui alertent généralement l’entourage, le grimpeur bigorexique refuse de voir la réalité en face. Et va même augmenter les doses pour prouver, aux autres et à lui-même, qu’il n’est pas malade.

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  • Une vie sociale et familiale mise entre parenthèses. L’escalade va petit à petit prendre le pas sur toutes les autres dimensions de l’existence. Le besoin de grimper et de s’entraîner va occuper une place disproportionnée et générer des conflits avec l’entourage ou le milieu professionnel, alors jugés peu compréhensifs.

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  • Un planning sous contrôle. La vie quotidienne est entièrement organisée autour de l’escalade. L’idée de ne pas pouvoir respecter le plan d’entraînement devient insupportable et toute entorse suscite un sentiment de culpabilité. Le moindre contretemps génère de l’anxiété.
  • Une tristesse lors de l’arrêt volontaire ou contraint de la pratique (en cas de blessure par exemple). D’une manière générale, le grimpeur bigorexique va alterner entre des périodes d’euphorie (qui suivent les séances) et des “descentes” (qui correspondent aux moments où il ne peut pas pratiquer).

Les raisons de la bigorexie

La dépendance au sport, pratiqué non plus par plaisir mais par contrainte, est bien sûr le signe d’une souffrance. Et d’un déséquilibre psychologique. Les causes peuvent être multiples. Mais sont à rechercher du côté de l’estime de soi. La présence d’une faille narcissique ou une phobie de la passivité par exemple peuvent renforcer la volonté de repousser ses limites. Le sport pratiqué à outrance, sert en tout état de cause, à combler un vide affectif.

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Que faire ?

Comme les autres formes de dépendance (alcool, tabac, drogues, anxiolytiques), la bigorexie est désormais prise en compte et soignée. Les traitements ont pour objet de redonner une vraie place à l’activité physique. Et donc à libérer ces sportifs qui se sentent obligés de pratiquer et qui ont perdu de vue l’essentiel, le plaisir !

Il est souvent nécessaire de consulter un psychiatre ou un médecin spécialiste d’addictologie. Bien évidemment, cette démarche n’est possible que lorsque la personne a accepté l’idée qu’elle est dépendante. Prise de conscience pas toujours facile ! Il est alors conseillé de diversifier ses activités sportives et de pratiquer en groupe, moins dans une logique de performance que dans celle de la convivialité et du partage.

Pour aller plus loin

L’addiction à l’exercice physique, revue Psychotropes, 2002/3 (vol 8), p. 39-46, Dan Véléa.

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