Faut-il s’entraîner a muerte ?

La mode est aux grosses charges d’entraînement, a muerte comme disent les grimpeurs espagnols. De nombreuses vidéos sur internet nous montrent des pros se mettant des doses ahurissantes. Et à la salle, il y toujours un dingo du volume pour nous faire complexer sur nos séances. À force, on s’interroge sur sa propre pratique et sur les perspectives de progrès qui en découlent. Alors, s’entraîner a muerte, est-ce vraiment la seule voie possible ? Éléments de réponses avec La Fabrique Verticale.

C’est sûr : vous avez déjà croisé ce genre de grimpeurs, addicts des grosses charges d’entraînement. En falaise, ils enquillent les longueurs sans sourciller, jusqu’à la nuit, jusqu’au steak, jusqu’à la mort. Et à la salle, ils ne sont pas là pour enfiler des perles. Pour eux, une séance de force peut durer des heures et faire se succéder poutre, pan Güllich, essais max dans des blocs limite, anneaux, abdos, etc. Même pas mal !

Dangers et limites du volume

Ce type d’entraînement a muerte, très axé sur le volume, et surtout sa répétition au long cours, sans variation de la charge, sont non seulement dangereux pour la santé mais contre-productifs en terme de progression :

Dangereux car l’accumulation de séances lourdes, sans périodes de récupération et parfois même sans journées de repos, a toutes les chances de conduire au surentraînement et à la blessure. L’organisme est fatigué et supporte moins bien la charge. La gestuelle se dégrade et les situations accidentogènes se multiplient (doigts mal placés sur les prises, corps moins gainé lors de la réception sur les tapis, etc.). “No pain, no gain” ? Il faudrait nuancer un peu le propos, cesser de confondre masochisme et entraînement, et prendre la mesure des risques liés à un entraînement uniquement envisagé sur le mode de la quantité !

Contre-productifs car cette accumulation de séances est peu compatible avec un travail qualitatif. Même en se plaçant dans l’hypothèse optimiste où le grimpeur encaisse la charge qu’il s’impose, la quantité de travail qui se répète d’une semaine sur l’autre l’empêche de privilégier une approche qualitative à haute intensité, seule susceptible de le faire réellement progresser. Ceci est notoirement préjudiciable au développement de la force maximale ou de l’explosivité. L’entraînement uniquement axé sur le volume ne permet de développer qu’une certaine forme d’endurance. Et quand les séances de force s’enchaînent et se prolongent, ce ne sont plus des séances de force max, même si c’est le nom qu’on leur donne. C’est ballot si c’est la qualité que vous vouliez développer…

Dis-moi comment tu t’entraînes et je te dirai qui tu es !

Bien souvent, l’entraînement a muerte revêt surtout une fonction anxiolytique : en multipliant les séances, le grimpeur ne fait que se rassurer. Il en a besoin, sur un plan psychique. Tout se passe comme s’il voulait se persuader qu’il faisait tout bien tout ce qu’il fallait. Il veut tout entraîner et tout en même temps, sans perdre une seule seconde pour être bien sûr que tout est en ordre.

Cette approche de l’entraînement est totalement illusoire. Et construire sa confiance uniquement sur sa capacité à enquiller de grosses séances de training se heurte bien souvent au réel. Qu’advient-il quand pour une raison x ou y, une séance saute ? Que se passe-t-il quand la blessure survient et vient anéantir des mois de préparation ?

Si une période de volume, bien dosée, peut avoir un certain intérêt en période de préparation, afin d’accoutumer l’organisme aux tensions à venir, sa répétition au long cours est néfaste. Rapidement, on assiste à un plafonnement, une lassitude et très fréquemment à des blessures qui sont moins le fait du hasard qu’on veut bien le croire.

Et le volume doit intervenir par petites touches, régulières et raisonnées, à des moments bien précis de l’entraînement, c’est-à-dire toujours loin des périodes de concrétisation que l’on s’est fixées (compétitions ou séjours en falaise…).

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7 réponses

  1. Arnaud dit :

    Merci, je culpabilise beaucoup moins de ne faire « que » trois séance par semaine, par rapport à d’autres grimpeurs que je côtoie !

  2. gianluca dit :

    Il suffirait de dire que toute pratique d’entrainement poussée à l’extrême a un sens uniquement dans un contexte précis et en connaissance de cause…
    En prenant l’exemple opposé, est que faire uniquement des séances de force très courtes et pointues, avec énormément de repos et une recherche constante du maximal, est intéressant sur le long terme?

    Quant aux cycles de volume dont le but assumé est de provoquer une sorte de surentraînement « maitrisé », pour pouvoir mieux encaisser le « vrai » cycle une fois qu’on s’en est remis, il serait intéressant de poser certaines questions aux spécialistes…
    combien de temps ça dure?
    comment savent ils reconnaître le bon dosage de cette pratique?
    Quelles précautions face au plus grand risque de blessures?
    S’agit il d’une pratique récurrente (chaque saison, voir plusieurs fois dans l’année) ou d’une thérapie de choc ponctuelle?

    • Olivier dit :

      En effet, tout choix d’entraînement est fait en fonction d’objectifs, d’une personne et d’un contexte. C’est bien dans le but que chacun regarde avec discernement et distance certaines pratiques, érigées parfois en modèle universel, en panacée, que nous avons publié cet article.

  1. 7 juillet 2016

    […] Toute la difficulté en entraînement consiste donc à gérer cette monotonie pour développer chacune des qualités requises en escalade, tout en limitant le risque de lassitude mentale et physique. Progresser dans une filière ne signifie pas l’épuiser complètement, et c’est souvent l’erreur que font les apprentis-sorciers de l’entraînement, en axant tout la logique sur le volume. […]

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