Grimpeurs : avec quel nœud vous encordez-vous ?

bouline
Pour nous, grimpeurs, la réalisation du nœud d’encordement est un geste très tôt assimilé, automatisé, banalisé. À tel point que certains oublient son caractère vital ce qui conduit à encore de trop fréquents accidents qui ont pour cause principale un nœud mal fait !

En escalade, pour l’encordement, 2 nœuds sont principalement utilisés, chacun avec ses avantages mais aussi ses limites. Aujourd’hui, La Fabrique Verticale vous en dit un peu plus sur les nœuds afin de vous aider à choisir celui qui sera le vôtre ; avec discernement.

Nœud, vous avez dit nœud ?

Lorsqu’on fait un nœud sur une corde d’escalade, on rajoute à un ensemble relativement élastique un point dur, composé de boucles serrées et frottant sur elles-mêmes.

Cela a pour conséquence de réduire la résistance nominale de la corde. Pour les nœuds utilisés majoritairement en escalade pour s’encorder (le double huit et le bouline), cette diminution est grosso modo de 50 ± 10 %. Rassurez-vous cependant : on n’a encore jamais vu d’accident en escalade lié à une rupture de corde au niveau du nœud !

La chute et le nœud

Lorsqu’on chute, le nœud, comme l’ensemble de la chaîne d’assurage subit une traction dynamique. Au sein même du nœud, la contrainte mécanique est variable : les fibres de corde situées les plus à l’extérieur des boucles subissent un étirement, celles au centre sont comprimées.

Ainsi, pour faire en sorte que la contrainte soit la plus répartie possible, il est très important de bien serrer votre nœud, de façon homogène !

Quel nœud choisir ?

Pour aller au plus simple, nous pourrions nous encorder au moyen d’une queue de vache : ce nœud, fiable, est un bon nœud d’amortissement très utilisé par les cordistes. Toutefois, suite à une chute, il devient extrêmement difficile à dénouer. C’est la raison pour laquelle il a été délaissé.

queue de vache

Le double huit

C’est généralement le premier nœud que l’on apprend quand on débute. Et il y a de bonnes raisons pour cela : il est simple à réaliser et très facile à contrôler, puisque ses côtés pile et face sont semblables.

Quel que soit le nœud utilisé, la boucle ne doit pas être trop longue : on dit en général qu’il ne doit pas être possible de passer la main dedans. Cela limite les risques d’un accrochage intempestif à une dégaine placée dans la voie !

noeud de huit-figure of eight

Certaines instances officielles demandent de lui adjoindre un nœud d’arrêt, qui n’est pourtant pas nécessaire. Cette précaution permet juste de s’assurer que le brin courant (celui qui sort du nœud), est assez long. En tout état de cause, le nœud d’arrêt doit être plaqué contre le nœud de huit.

Si vous ne faites pas de nœud d’arrêt après votre double huit, assurez-vous qu’après serrage, le brin courant est assez long. Au minimum 10 x le diamètre de la corde. Si votre corde fait 10 mm de diamètre, alors il faut qu’au moins 10 cm de corde « sorte » du nœud.

huit-arret

Lorsque vous le réalisez, limitez au maximum les croisements de corde : vous aurez moins d’efforts à fournir pour le dénouer à la suite d’une chute.

Variante

Il est possible d’ajouter au double huit une clé Yosemite. Cela consiste à repasser le brin courant dans le nœud, vers son harnais.

Un des intérêts de cette opération, prônée par certains,  est qu’elle permet de défaire plus facilement le nœud après avoir grimpé. Mais elle peut aussi s’avérer dangereuse dans un cas très précis : si vous utilisez la boucle du nœud de huit comme d’un pontet pour vous longer. Le nœud est alors susceptible de se dérouler, assez facilement, dès qu’il est sous charge ! Les adeptes de la clé Yosemite contournent ce problème en contournant le dormant (le brin qui est en tension lors d’une chute) ; le nœud est alors bien plus gros…

huit-yosemite

Actuellement, l’immense majorité des harnais sont équipés d’un pontet qui relie les deux points d’encordement et permet de se longer. Cependant, sur des harnais très légers d’alpinisme ou de ski alpinisme, il n’y a que deux points d’encordement. Il est alors courant de se servir de la boucle du nœud comme d’un pontet.

Le nœud de bouline

Bouline, c’est l’appellation savante du nœud de chaise, lui aussi très souvent utilisé par les marins.

Ce nœud présente un avantage certain : il se défait très facilement, même après avoir été mis en tension à répétition par des chutes successives ! Pour cette raison, nombreux sont les grimpeurs de falaise à l’avoir adopté.

À la différence du double huit, ce nœud requiert absolument un nœud d’arrêt (nœud de pêcheur, plaqué). À défaut (et cela s’est vu !), il peut tout à fait se défaire en cours de l’escalade, juste par le jeu des mouvements et frottements contre le rocher…

Le nœud de chaise est aussi un peu moins simple à apprendre que le double huit et surtout plus délicat à contrôler pour un non expert.

bouline-bowline-chaise

Variante

Le nœud de chaise double est une variante du bouline. Elle consiste à doubler le premier nœud (comme on procède pour le double huit), après avoir repassé le brin courant dans les pontets du harnais.

L’avantage supposé est… double lui aussi 😉 : il y a plus de corde dans le nœud ce qui – théoriquement du moins – répartirait mieux les contraintes mécaniques. Et le fait que la corde passe deux fois dans les pontets augmente la surface d’appui lors de la mise en tension.

chaise double

En pratique

Lors des compétitions ou si vous grimpez en cours d’EPS, l’usage du double huit est systématique. Sinon, vous avez le choix de vous orienter vers l’un ou l’autre des nœuds que nous vous avons présentés. Car ils présentent un niveau de sécurité comparable.

Mais au final, ce qui est primordial c’est qu’ils soient réalisés dans les règles de l’art :

  • Choisissez un nœud et tenez-vous en à celui-ci : cela limitera les risques de confusion lors de sa réalisation.
  • Lorsque vous réalisez votre nœud, faites en sorte d’avoir une vision claire sur les points d’encordement (dégagez les vêtements qui vous empêchent de voir ce que vous faites).
  • Quand vous vous encordez, ne faites rien d’autre en même temps (en particulier discuter) !
  • Une fois le nœud réalisé, il doit rester un bout de corde assez long en sécurité (au moins 10 fois le diamètre de la corde, soit 10 cm pour une corde de 9,5 mm par exemple).
  • Quand le nœud est terminé, vérifiez-le et faites-le vérifier par votre partenaire (double check).
  • Et enfin, dernier petit truc (merci à Luc Thibal pour m’avoir transmis cela il y a bien longtemps J) : encordez-vous avant d’enfiler vos chaussons ; en cas d’erreur, cela laisse un peu plus de temps pour s’apercevoir d’une éventuelle bourde !

Vidéo

Pour finir, cette vidéo vous guidera dans l’apprentissage de ces nœuds. Pensez cependant à faire vérifier votre méthode par un professionnel !

 

 

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9 réponses

  1. Julien dit :

    Il y a régulièrement des morts « grâce » au noeud de chaise (voir par exemple les rapports « accidents in north america mountaineering » à défaut d’équivalent aussi complet en France). Le principal argument « en faveur » (sic) de ce noeud, c’est qu’il se défait facilement, ce qui est quand même un sacré mauvais argument pour un noeud d’encordement auquel on confie sa vie !!! En plus, il est plus complexe à réaliser et plus difficile à contrôler visuellement qu’un noeud de huit. Je trouve que c’est une excellente chose que ce noeud ait été banni en pratique scolaire et compétitive, il l’est également de plus en plus dans les associations. La Fabrique Verticale aurait été mieux inspirée, à mon avis, de déconseiller ce noeud…

    • Antoine dit :

      Le problème du noeud de chaise est surtout qu’il est mal connue. Pour les collectivité : le huit est très bien et on oublie le noeud de chaise (pas de possibilité de faire une grosse chute). Par contre le noeud de chaise est tout simplement parfait en falaise : il se fait vite et il se défait vite fait aussi. Il faut juste que les grimpeurs s’entraînent correctement a faire les noeuds. On délaisse trop souvent les partie technique de l’escalade : les noeuds et l’assurage, qui conduisent trop souvent a des accidents.

  2. JMF dit :

    Quand tu dépasses allègrement les 80kg, le nœud de 8 devient impraticable avec des cordes « fines ». Sans parler de gros plombs, même des suspensions le rendent très difficilement défaisable. Le nœud de chaise n’est alors pas qu’une option.
    Et puis, c’est comme tout : les conséquences de la mauvaise réalisation d’un nœud de 8 ne sont différentes que celles pour un mauvais nœud de chaise.

    Plutôt que de polémiquer sur le choix du nœud, on ferait mieux d’insister sur la vérification mutuelle (grimpeur-assureur) : cela permettrait d’éviter bien des accidents (comme le plus courant : le nœud à moitié fait).

  3. Phil dit :

    Pas d’accord…..ok pour le huit en scolaire ou compèt pour le vérifier plus facilement, mais le chaise avec noeud d’arrêt ne se défait pas et a la fiabilité du huit. Toutes personnes compétantes ou pros qui font le chaise, appelé aussi noeud de guide, ne vont pas changer leur habitude d’encordement pour le huit, ils sont sur à 100% de leur noeud eux aussi! Je l’utilise depuis plus de 40 ans, et je ne l’ai pas vu se défaire…….!

  4. Dumoulin dit :

    De mon côté, j’utilise une variante du noeud de chaise que j’appelle Bouline.
    Une boucle puis la corde libre passe dans le baudrier puis rentre par le bas ou par le haut dans la boucle.
    La corde ensuite passe entre les deux cordes de la boucle et rentre de nouveau dans celle-ci.
    J’espère que je me suis bien fait comprendre.
    Patrice
    nb: je fais un noeud d’arrêt.

    • Olivier dit :

      Bonjour Patrice
      Merci de votre commentaire : Classiquement bouline = noeud de chaise. De ce que je comprends de votre description cela correspond. C’est juste une différence de confection par rapport à la vidéo, mais le résultat final est identique 🙂
      Bonne grimpe à vous

  5. Dumoulin dit :

    ce que je vois sur la vidéo c’est ce qu’on appelait le noeud de chaise décrit par » le lapin qui tourne autour de l’arbre »….
    Mon résultat est un peu différent .

  6. Antoine dit :

    Un autre très gros avantage du nœud de chaise, est qu’il peut se faire avec une seule main en 1 petite seconde, ce qui est très utile en cas d’urgence (d’ailleurs, fait de cette façon, il s’appelle le nœud de guide).
    Il sert aussi sur le Valdotain (Rappel avec passage d’un nœud par exemple, mais c’est un autre sujet) et dans ce cas s’appelle nœud de tisserand …

  7. laurent dit :

    bonjour
    perso je fais le chaise avec une clé yosémite + une double pécheur sur la corde remontante donc.
    cela ne peut se défaire comme un chaise classique.

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