Sécurité : faut-il interdire les systèmes d’assurage dynamiques ?

système assurage

L’escalade est une activité physique pour laquelle l’engouement est de plus en plus grand. Cette dynamique s’explique de plusieurs façons. Nous ne chercherons pas ici à résoudre la question « qui, de la poule ou de l’œuf ? ». Mais il y a bien une synergie qui s’opère (qui a démarré depuis 1 voire 2 décennies) entre l’offre croissante en salles d’escalade, une médiatisation qui déborde le giron des revues ou sites spécialisés, l’accès en tant que pratique compétitive aux sacro-saints jeux olympiques…

Une des conséquences est en particulier une pratique urbaine dont la croissance paraît exponentielle. Et une typologie du pratiquant-type en mutation. Au risque d’être un peu caricatural (sans jugement de valeur), les salles d’escalade accueillent beaucoup de grimpeurs débutants ou débrouillés, dont l’expérience verticale n’a ou n’ira pas au-delà du plastique ou de la résine.

Le corollaire de l’accroissement des pratiquants, dans une activité à risques comme la nôtre, est le nombre d’accidents. Les études statistiques élargies sont assez rares. Et sont souvent le fait d’organes fédéraux, pour ne donner que 2 exemples. On relève que les accidents ont souvent lieu dans des salles d’escalade (bloc ou à corde), que ce soit lors de sessions de pratique libre (salles commerciales) ou encadrée (cours d’EPS ou sessions « club »). Et ces accidents ne concernent pas que des grimpeurs inexpérimentés, loin de là ! Une étude de Cécile Martha, de l’université de Marseille, est d’ailleurs en cours à ce sujet.

Il y a donc bien une problématique liée à la sécurité en escalade qui évolue, liée en partie aux lieux de pratiques (promiscuité, bruit…) mais pas seulement.

La sécurité en salle

À la source des accidents qu’y a-t-il ? Parmi les raisons qui sont invoquées (pour ce qui concerne les accidents ayant lieu dans les salles à corde), viennent en premier lieu : l’inattention, l’inexpérience, l’incapacité à enrayer la chute en retenant la corde avec un système d’assurage dynamique (type tube ou plaquette). Et bien sûr les cordes trop courtes, ou des dégaines non clippées par le grimpeur lui-même.

Les gérants des salles et encadrants de manière plus générale se questionnent par conséquent sur les moyens à mettre en œuvre afin de réduire cette accidentologie. Parmi les initiatives, on peut citer l’instauration de « permis » ou de « passeports », repris d’ailleurs en EPS, l’interdiction partielle ou totale de grimper en tête…

Très récemment, reproduisant une mesure existant déjà au Canada, nos amis suisses de Grimper.ch, ont pris la décision de conseiller fortement à leur clientèle l’usage de systèmes auto-freinants (type Grigri, Smart, Click Up, ATC, Eddy, Matik, Ergo Belay, Jul…). Ce qui n’a pas manqué de créer un vif débat sur les réseaux sociaux.

Une histoire de matériel ?

Une des raisons qui a conduit à dynamiser le débat (au-delà des egos de chacun et des sentiments de compétence y étant associés), est peut-être cet argument : « Les dispositifs sans freinage assisté ne sont pas adaptés pour l’assurage dans les salles d’escalade », placé en bas de l’affiche d’information qui sera placée dans les salles en question.

Mais est-ce le matériel qui doit être mis en cause ? Ou bien l’utilisateur ?

escalade-sécurité-assurage

Car à l’origine des accidents les plus fréquents, c’est bien la personne qui assure qui est en cause avec 3 problèmes majeurs, qui sont la :

  • connaissance du matériel et de son champ d’efficacité
  • maîtrise du matériel
  • responsabilisation.

C’est sur ce dernier point que la discussion se cristallise le plus souvent. On sait bien que la réduction de l’attention portée au grimpeur par son assureur est un effet pervers de l’usage des systèmes auto-freinants, introduits sur le marché depuis le début des années 90. Qui en falaise ou à la salle, n’a pas déjà vu un assureur placé à 4 mètres du pied de la voie, nonchalamment posé sur ses tongs. Et matant tout ce qui bouge autour de lui en donnant du mou, encore du mou, machinalement… Oui mais avec un système auto-freinant !

La sécurité : une question complexe

Tous les experts s’accorderont là-dessus. Il n’y a pas de réponse unique en terme d’assurage. Mais plutôt des matériels et comportements à adopter en fonction de chaque contexte. Et côté matériel, l’offre couvre une bonne partie des situations rencontrées, en particulier avec la création du Ohm qui solutionne le problème assureur léger vs grimpeur lourd (voir ici un test complet réalisé par La Fabrique verticale).

Pour ma part, j’ai ainsi toujours deux types de dispositifs dans mon sac : un Verso lorsque j’assure Laurence, qui me rend 20 kg au bas mot, un Grigri destiné à des compagnons plus corpulents.

De manière plus générale, les questions qui se posent à chacun sont de :

1- choisir le matériel le plus adapté à sa situation

2- maîtriser son usage

3- assurer son compagnon en pleine conscience !

vol-chute-assurage

Le nœud du problème est donc l’éducation des grimpeurs et l’accès à des sources d’informations fiables.

Plaquettes, notices, livres, articles, vidéos, constituent des bonnes bases de données. Mais reste le terrain. Les salles d’escalade et les salles Grimper.ch en particulier sont bien conscientes de cela. Et c’est pour cela qu’elles mettent en place des formations pour les grimpeurs.

Pour conclure

La question est de savoir si cela est suffisant. Et s’il ne va pas de la responsabilité de ces acteurs d’aller plus loin. Par exemple en proposant une formation aux bonnes pratique d’assurage conduisant à évaluation et certification ? Un contrôle  des pratiques des usagers, avec, en cas de non respect des règles élémentaires l’obligation de se « recycler » ? Tout cela paraîtra sans doute bien coercitif. Mais si le credo est la sécurité à tout prix, alors…

Sans doute la meilleure réponse est plus nuancée. Car contrôler  la pratique des usagers, pour une salle à vocation commerciale est très délicat.Il n’y a qu’à voir comment on peut se faire rembarrer si on a le malheur de corriger une erreur ou de faire une remarque sur un comportement à risque ;-).

Mais au final, c’est bien l’éducation à la sécurité qui est en jeu. Et les salles qui sortiront du lot, dans le futur, seront peut-être celles qui seront pro-actives. Et vous qu’en pensez-vous ? Avez-vous des expériences à partager ?

Vous aimerez aussi...

18 réponses

  1. Stéph dit :

    Dans le club où je pratique, tous les débutants passent un « brevet d’autonomie » et les nouveaux inscrits sont évalués pour être déclarés autonomes… les systèmes d’assurage autofreinants sont proscrits.

  2. stéphane dit :

    Bonjour,
    Vaste et intéressant sujet. Comme très bien souligné dans cet article, les pratiques « verticales » ont fortement évolué ( modalités, pratiquants). Je ne connais que très peu les « salles à cordes » pour en disserter, mais force est de constater que les pratiques peu ou pas adaptées (accidentogènes) avec les systèmes d’assurage avec freinage assisté sont bien plus nombreuses qu’avec les systèmes d’assurage classiques, du moins en falaises. Je ne compte même plus combien de fois j’ai dû intervenir sur l’utilisation de ces SAFA. Avec 80/100 de chance de se faire « rembarrer ( avec coup de tête en prime, car il ne faut pas perdre la face devant la copine qu’on assure). Cette dérive sécuritaire peut aller à l’encontre du rôle de l’assureur et de sa responsabilité. En ce qui me concerne, mon compagnon de cordée m’assure « à l’ancienne » et j’ai confiance en lui à 200/100. Hâte de lire le papier de CM. Oui, vaste sujet….

  3. Aurèle B. dit :

    Sur les statistiques : une SAE verra passer bien plus de monde qu’un SNE. Il y a donc certes plus d’accident, mais par rapport a bien plus d’usagers.

    Ensuite, en SAE les participants sont plus susceptible de demander l’assistance des pompiers quelle que soit la blessure.
    En SNE les blessures mineures (chevilles foulé, epaules un peu elonguées, etc ..) seront souvent soignées une fois rentré des falaises.

    On a donc une susceptibilité a la surdeclaration d’accident en SAE et une sous-déclaration en SNE.

    Ensuite, la gravité des accidents selon le système utilisé serait interessant à connaitre.

    Enfin, l’escalade se pratique de plus en plus via des structures privées marchandes (altissimo, grimper.ch, MurMur), differentes des structures associatives (les clubs, en gros), au sein desquelles l’apprentissage et la vérification régulière des connaissances n’est pas assuré. Cela favorise aussi certainement la possibilité d’être peu ou mal formé aux techniques d’assurage correctes.

    La discussion est intéressante, mais suggérer que les systèmes freinant sont cause du problème c’est tout simplement ne pas poser la bonne question.
    La bonne question est plus certainement dans les formations des usagers.

    Après tout, les accidents sont toujours liés à des erreurs des participants.

  4. Julie Roussel dit :

    Cette année au championnat départemental Drôme Ardèche, un assureur (expérimenté) a eu un malaise, au même instant son partenaire a chuté. Il était assuré avec un système frein, il a chuté de 8m directement sur l’assureur qui a amorti sa chute. L’assureur s’en tire avec une commotion cérébrale. Le grimpeur : par une chance incroyable il s’en sort sans une égratignure. Personnellement j’étais à 1m à droite, une enfant à 1m à gauche… Moins solidement bâties que l’assureur, les conséquences auraient pu être bien pire si le grimpeur nous était tombé dessus… Et tout cela ne serait probablement pas arrivé si l’assureur avait été équipé d’un système autobloquant (type Grigri, Clicup, ou autre). Mais ces systèmes restent interdits en compétition fédérale…

    • Julie Roussel dit :

      En l’occurrence on ne peut pas vraiment parler de manque de formation ou d’erreur de l’usager. Et pourtant seule la chance nous a permis d’éviter le pire. Tout comme ça aurait pu être le cas en SNE en cas de chute de pierres sur l’assureur par exemple.
      Tout cela en s’accordant que le système autobloquant n’exonère pas d’être attentif, de tenir la corde, de dynamiser et de se sentir responsable de la vie qu’on assure.
      Je pense que bien utilisé un système autobloquant est une sécurité supplémentaire contre les aléas de l’ordre de celui dont j’ai été témoin à cette compétition (et qui auraient pu se solder par deux morts). On peut donc s’interroger sur la légitimité d’une interdiction de ce genre de systèmes à une compétition qui brassent de la masse de grimpeurs de tous âges.

    • Jle dit :

      Merci de relater ce type d’evenement car il y a une longue liste d’accidents similaires qui auraient déjà dû déclencher une réflexion et des décisions à la Fede, notamment pour la sécurité des mineurs licenciés.

  5. Julie Roussel dit :

    *Désolée pour l’orthographe de mes commentaires, ça pique les yeux … je suis sur portable c’est pas très pratique pour mes gros doigts de grimpeuse! 🙂

  6. Krzysztof dit :

    La certification est pratique courante aux US alors qu au Canada il faut signer un weaver (declaration qu on ne se retournera pas contre la salle si on se fait bobo), c’est le droit anglo-saxon… J ai du passer par la case certification lorsque j habitais Berkeley dans les naughties. C’était assez irritant de se faire examiner sur l’assurage par quelqu’un qui n’était pas né quand je faisais des voies sur El Cap 😉 En fait je me suis fait recaler une premiere fois par cet examinateur un peu psychorigide. Cela dit j’estime pertinente l’idee du test, etant donne que l’experience grime des utilisateurs d’une salle est variable, même sachant que ce sont surtout des questions d’assurance (et non d’assurage…) qui sont à l’origine du débat.

  7. sha dit :

    Bonjour,
    J’ai eu l’occasion de grimper à Montréal dans une SAE commerciale. Lors de ma première visite, j’ai dû passer environ 30 minutes avec quelqu’un de la salle, pour lui montrer que je savais faire mon noeud de 8 et que je savais assurer. Et ça ne m’a donné le droit que de grimper en moulinette : pour pouvoir grimper en tête, la « certification » est plus longue. Cela ne m’a pas dérangée, au contraire, je me suis sentie plus en sécurité qu’en France, où l’on est souvent en présence de personnes qui ne savent pas vraiment ce qu’elles font…

    • Julie Roussel dit :

      Personnellement, si je dois payer mon ticket d’entrée genre 10 ou 15 balles pour n’avoir le droit que de grimper en moulinette après avoir passé 30′ à montrer patte blanche, je ne reviens pas…
      Même si c’est compréhensible pour la salle de vouloir verrouiller la sécurité, il faut quand même que les clients aient de l’agrément à venir… Est-ce qu’il existe des salles avec des « surveillants » : des BE / DE qui passent dans la salle et interviennent en cas de mauvaise pratique pour informer / corriger les gens ? Un peu comme à la piscine il y a des maîtres nageurs qui surveillent et interviennent quand nécessaire. Ce serait une solution peut être?

      • sha dit :

        Je préfère « perdre » 30 minutes une fois que de risquer à chaque séance un accident dû à l’incompétence de quelqu’un d’autre… De plus, en matière de sécurité, des rappels réguliers ne sont jamais du temps perdu 🙂

  8. Fred dit :

    Bonjour je grimpe depuis plus de 15 ans, ma pratique a démarré avec la découverte des blocs de fontainebleau. J ai apprécié immediatement et me suis tourner vers une salle pour apprendre mais là aucune formation aucun accompagnement aucune mise en garde… et dans cette salle j ai accister à un accident mortel et un autre grave accident. J ai moi même eu de la
    Chance en sae mais aussi en grande voie. Dans tous les cas le manque de formation était en cause. Que ce soit en sae ou site naturel la formation est impérative. Beaucoup de sae sont des machines à cache des familles s y engage ne voyant pas le danger. Il m arrive toujours trop souvent de reprendre des peres de famille à l assurage. Finalement ce sont les gens sencibilisé au problème de sécurité qui informe les débutants et pas les brevet d état … sûrement trop chère pour une structure commercial.

  9. mkz dit :

    Il y a quelques années, la femme alors débutante assurait à l’aide d’un Cinch… Mais à les cordes de 11mm aux gaines fatiguées de Murmur se coincaient souvent dans le Cinch se qui rendait l’assurage compliqué… Moralité : elle est passée au Reverso (et c’est pas plus mal 😉

  10. Bleauzard dit :

    Bonjour,
    Je suis surpris, dans toutes les SAE que j’ai fréquenté je n’ai JAMAIS vu de secteur dédié à l' »école de vol », donc à l’apprentissage de l’assurage dynamique! Une voie facile permettant de monter et, décalé, 1, 2 ou 3 relais permettant de faire un vole sur une paroi lisse (sans prises).
    Il y a quelques années, mon club avait installé une école de vol sur sur SAE-scupture « La dame du lac » à Courcouronnes (Essonne). On utilisait un bidon de 60l rempli d’eau comme corps mort. L’assureur pouvait être au sol ou à un relai. C’était très formateur. L’assureur voyait ce qu’était le « choc » d’une chute.

    Cordialement

    • Olivier dit :

      Merci pour ce commentaire ! En effet, l’école de vol devrait être systématique, car sinon, les personnes qui apprennent restent dans le « virtuel » jusqu’à ce que…
      C’est pourtant un atelier qui est assez rapide à mettre en place et qui a beaucoup de succès car finalement très ludique. Et on ne peut que saluer une nouvelle fois l’initiative du grigri tour ! http://lafabriqueverticale.com/fr/savoir-petzl-grigri-tour/

  11. gianluca dit :

    La question est complexe… Les « freins assistés » ont aussi des points faibles relativement au bon assurage du grimpeur en tête, du manque de vigilance induit, mais surtout des subtilités du fonctionnement de chaque modèle: Ils sont nombreux et j’attends encore d’en essayer un qui soit réellement « foolproof » et intuitif… seul le revo semble promettre cela mais j’attends de l’avoir entre les mains. L’argument concernant la perte du contrôle au tube par contre n’est pas faux… et enfin, même avec des engins aussi simples et fiables que des enrouleurs automatiques, on a assisté à plusoeurs accidents très graves (tous…par oubli de s’y attacher!!!). Y aurait il une morale à en tirer, concernant les rendements décroissants des actions en matière de sécurité, et éventuelle existence d’un « risque résiduel » non-maitrisable?

    • Olivier dit :

      Merci Gianluca
      tout à fait d’accord avec toi. Je penche pour l’idée que le risque résiduel incombe souvent à l’humain qui a de plus en plus de difficultés à être présent, en toute conscience, à chacun des actes de sa vie, même les plus potentiellement dangereux (conduire une voiture…).
      Pour ce qui est du Revo, en tout cas ce que nous en avions perçu lors d’une brève prise en main, en effet, il paraissait très très intéressant en terme de back up. À confirmer quand il sortira.
      A presto
      Ciao 🙂

  12. Pierre dit :

    Je suis grimpeur expérimenté et je suis à 1000% pour les systèmes autobloquants. Ils augmentent considérablement la sécurité du grimpeur et peuvent corruger des erreurs d’assurages.
    L’éducation est là clé du problème. Ce n’est pas parce que leur matériel est meilleur qu’il ne faut pas être attentif et garder les autres gestes de sécurité (main en permanence sur la corde, regarder le grimpeur, noeud en fin de corde, etc.).
    C’est comme si on disait que depuis qu’on a des ceintures de sécurité, des abs, des airbags on a plus besoin de regarder la route.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *