Blocparks : analyse du boom des salles d’escalade en France

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L’escalade est en pleine mutation. Le nombre de pratiquants croît de manière exponentielle. Suite de notre dossier consacré à l’urban climbing et à l’explosion des salles d’escalade en France. Olivier Obin, chercheur et consultant en tourisme et en sports de nature, analyse pour nous le phénomène des blocparks.

Si l’on souhaite observer et comprendre l’essor des salles d’escalade et des blocparks en France, on peut prendre différents points de vue : l’un socio-anthropologique, le point de vue des publics, (Cf. approche de Eric Boutroy mentionnée dans la première partie du dossier), l’autre étant celui des acteurs de l’offre.

Sur ce second point, plusieurs questions peuvent être identifiées :
– Quels modèles économiques : escalade seule, escalade + restaurant, services ou autres (yoga, fitness, balnéo…).
– Quelles contraintes « structurelles » ? Globalement, les coûts d’investissement, l’accès au foncier, à des locaux adaptés…

À mon sens, les salles de bloc ou blocparks ont un potentiel de développement plus important. Premièrement car c’est un modèle plus simple à développer, en termes de coût d’investissement notamment. Mais aussi car c’est plus facile de trouver des locaux adaptés, particulièrement à proximité des cœurs de villes.

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Pour exemple, la création de la salle Climb’up Aix, c’est 2 à 3 millions d’euros d’investissement environ. Et la salle n’est pas forcément très accessible via les transports en communs, même si elle est idéalement placée, le long de l’autoroute qui relie Aix à Marseille. Parallèlement on voit des salles de bloc s’installer à proximité des stations de métro ou des arrêts de bus, au coeur mêmes des grandes villes.

Blocparks : la question de l’accès au foncier

Concernant les problèmes d’accès au foncier, pour les salles à corde, c’est parfois très compliqué dans les grandes villes de trouver un lieu où s’implanter, avec suffisamment de hauteur. Le bloc pénètre donc plus facilement le cœur des grandes agglomérations. Pour exemple encore, à Nice, aucune des grandes franchises de salles à corde n’a réussi à s’implanter. Alors qu’Arkose annonce un nouveau blocpark dans la cité des Anges, après ses dernières ouvertures à Tours, Marseille ou encore Genève.

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Après, qu’est-ce qui de la poule ou de l’œuf fait l’autre ? Est-ce l’offre qui fait la demande ou l’inverse ? Chacun peut avoir son avis. Mais il y a certainement un peu des deux. En tous cas, on peut se demander si l’explosion du nombre de salles de blocs est simplement liée à une demande plus forte des pratiquants pour cette pratique…

Pas sûr ! En tous cas, les blocparks sont ceux qui ont le plus de chances de se développer. Notamment en raison des contraintes structurelles et des coûts d’investissement. Mais pas uniquement car la pratique peut être jugée aussi plus ludique, plus conviviale…

Quelles perspectives pour l’avenir ?

Certains disent qu’à Tokyo, il y a plus de 100 salles d’escalade, avec une très large majorité de blocparks… Est-ce lié au fait que les japonais sont aujourd’hui particulièrement performants dans cette discipline ? Là aussi on peut se poser la question. En tous cas, les modèles d’avenir sont certainement à observer dans ces grandes agglomérations.

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La limite est peut-être que la pratique du bloc indoor est sans doute moins adaptée aux publics les plus âgés (quarante, cinquantenaires et plus). Du moins, si c’est le cas aujourd’hui, ce ne le sera peut-être pas dans 20 ans. Car les nouveaux « vieux » auront plus de culture bloc, mais aussi plus d’habitudes dans cette pratique.

Blocparks et transfert en extérieur

Si on va plus loin, la pratique du bloc en salle est à mon avis celle, sur les plans techniques et gestuels, qui s’éloigne le plus de ce que l’on retrouve en milieu naturel (run an jump, jetés enchainés…). Les spécialistes des doubles jetés, de la coordination extrême, auront du mal à trouver des blocs naturels dans ce style… Donc pas forcément étonnant de voir les publics « nature » et « résine » se segmenter… Même si les passerelles existeront toujours.

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Comme anecdote, on notera aussi au regard des derniers résultats de compétitions de vitesse, l’arrivée de nouvelles nations au plus haut niveau, situées en Asie ou en Amérique du Sud… Plus facile dans des pays où la culture escalade est relativement faible de développer une discipline demandant moins d’infrastructures, de prises et de compétences d’ouverture… Certainement pas uniquement car ces athlètes auraient une appétence particulière pour la vitesse ou des qualités particulières qui les prédestineraient !

L’auteur

Olivier Obin est chercheur, docteur en géographie diplômé de l’Université de Grenoble et BE d’escalade. Ses travaux portent sur la composition des dynamiques territoriales, notamment celles développées autour du tourisme ou des sports de nature. Ses approches tiennent compte des dynamiques associatives, sociales ainsi que entrepreneuriales. Plus d’infos ici.

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1 réponse

  1. Karine dit :

    Bonjour,
    Heu…. Les vieux de 40 ans? Nous le sommes et pourtant nous avons débuté l escalade il y a 15 mois, autant bloc que cordes, salles et falaises ! Malgré notre âge avancé lol on tape dans le 6c en extérieur et 7a en salle, niveau intermédiaire au bloc si modules et plus si réglettes. Pas de secrets 3 entraînements par semaine. Et ce qui fait aussi son succès c est la baisse des coûts du matos, ainsi que des structures qui elles sont de plus en plus nombreuses. En Irlande, Ecosse et Allemagne d anciennes églises et gares sont métamorphosées en supebes salles de grimpes. À Amsterdam d immenses hangars périphériques au city center. Nous sommes bien en retard sur nos voisins. Déjà 2 de mes chirurgiens réputés m ont recommandé l escalade, donc ça évolue !

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