Urban climbing : l’ escalade, un univers en pleine mutation

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Ça ne vous aura pas échappé : l’escalade est devenue tendance. En témoignent les ouvertures de salles qui ne cessent de se multiplier. Et le nombre de pratiquants qui croît de manière exponentielle. Mais ce phénomène s’accompagne aussi d’un changement d’approche et de mentalité. Alors qui sont ces nouveaux “urban climbers” ? Et quel impact ont-ils sur le milieu ? Petit tour d’horizon.

Urban outdoor, urban climbers, bloc parks… Autant d’anglicismes qu’on entend de plus en plus fréquemment dans le discours des fabricants et dans la sphère escalade. Car lorsqu’il s’agit de désigner de nouvelles modes et de nouvelles pratiques, le marketing a tôt fait de trouver des mots nouveaux. Et si le mot “urban” revient si souvent, c’est qu’il renvoie à une tendance forte. Et pérenne : le développement de l’activité dans les grandes villes !

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Urban climbing : effet de mode ou réelle croissance ?

On a assisté à une grosse accélération des créations de salles ces 5 dernières années. À titre d’exemple, rien qu’en 2017, on relève une croissance de +19% en France, comme le montre le chercheur Olivier Aubel, de l’Institut des Sciences du Sport de l’Université de Lausanne. Directement corrélé, le nombre de pratiquants qui lui aussi augmente mécaniquement. Et en particulier dans les grosses agglomérations. Par voie de conséquence, et c’est logique, les grands medias et la publicité s’intéressent à l’activité.

Du coup, des émissions de grande audience, type Ninja Warrior, s’y réfèrent sans relâche. Le bloc en salle – et mieux encore le Pan Güllich ou le Pegboard – sont présentés comme la préparation idéale. Le grimpeur incarnant définitivement l’archétype du grand vainqueur potentiel. Quoi de mieux en effet que l’escalade pour “améliorer son grip”, comme le scandent à longueur de retransmission les animateurs 😉

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Signe des temps, l’escalade fera aussi son entrée aux Jeux Olympiques en 2020, à Tokyo. Avec certes des épreuves plus normées (moins “jeux du cirque” dans leur forme en tout cas 😉 ) et des perspectives intéressantes en termes de retombées médiatiques, bien que l’impact réel soit encore difficile à quantifier…

Urban climber : qui es-tu ?

Mais au fond, qui sont ces nouveaux grimpeurs urbains qui fréquentent les salles ? C’est la question que s’est posée le fabriquant Petzl, partant du constat que l’escalade était en pleine mutation. L’idée : mieux connaître ce nouveau public pour pouvoir adapter l’offre à ses besoins spécifiques. Et pouvoir aussi coller au plus près aux problématiques que rencontrent les gestionnaires de salles, les ouvreurs et les fédérations. Notamment en termes de sécurité. Car si le public change, il y a aussi beaucoup de pédagogie à faire…

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Ainsi a germé l’idée de ce premier Climbing Gym Symposium, organisé à Crolles, les 24, 25 et 26 septembre derniers. Et auquel La Fabrique verticale a eu la chance d’assister, à l’invitation de Petzl. Étaient réunis une centaine d’invités triés sur le volet et issus des quatre coins du Monde. Fabricants de murs d’escalade (Walltopia, ENTRES-PRISES), institutionnels et fédérations (FFCAM, IFSC, FFME), ouvreurs internationaux, patrons des plus grands réseaux de salles dans le Monde, chercheurs qui travaillent dans le champ de l’escalade…

Evénement très dense et belle initiative, qui faisait s’alterner des séquences très instructives (conférences, workshops, visites des chaînes de production et des zones de tests), avec des moments de convivialité favorisant la collaboration et le partage d’expériences, pour mieux comprendre l’évolution de l’escalade en salle. Et trouver des solutions nouvelles pour s’y adapter.

Urban climber : que fais-tu ?

Si les salles aux Etats-Unis proposent majoritairement un mix entre voies et bloc, avec 5 gros acteurs qui se partagent le marché par grandes zones géographiques, le modèle européen, et notamment français, reste celui du “bloc park”, c’est-à-dire de la salle de bloc, sur d’assez petites surfaces. Très profitable, il s’appuie fortement sur la restauration, avec un public qui, en définitive, n’est pas toujours un public de grimpeurs. En tout cas, pas au sens où on l’entend traditionnellement.

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Pour autant, ces nouveaux bloqueurs, urban jusqu’au bout des ongles, grimpent bel et bien. Mais dans une logique qui va être plus celle du “fitness vertical”, comme l’a très bien montré Eric Boutroy, chercheur en sociologie de l’Université de Lyon. Et leurs motivations peuvent donc sembler très décalées par rapport à celles des anciens falaisistes. Car il va surtout s’agir de se muscler (mais sans s’en rendre compte, sans les contraintes de la musculation). Bref, on va à l’essentiel : le jeu, la facilité !

Pas de surprises : ce public est aussi un public de classe. Il est jeune, majoritairement masculin et 86% d’entre eux ont une belle situation (cadres supérieurs, professions libérales, universitaires ou chefs d’entreprises). Les grimpeurs qui fréquentent ces salles sont également bien éduqués (54% sont titulaires d’un master ou d’une thèse). Et ils vont surtout avoir envie de bénéficier des services additionnels qu’offrent les salles de bloc (chiller, profiter du bar ou du sauna, rencontrer du monde).

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Quel impact sur le monde de l’escalade ?

Ce nouveau public n’est pas sans impact sur le milieu de l’escalade. Car 34% de ces nouveaux “urban climbers” ne grimpent que sur le plastique. Un chiffre ahurissant et qui est en constante augmentation ! Ils ne connaissent guère les marques de matériel d’escalade et s’intéressent peu, voire pas du tout, à l’escalade en extérieur. Parfois ils n’en ont même pas connaissance. Autant dire que le glissement vers la falaise ne va pas être si évident !

Pourtant leur arrivée massive dans la sphère escalade modifie la donne. Et pour des raisons évidentes. Les fabricants ne peuvent ignorer l’ampleur du marché potentiel qu’ils sont en mesure de générer. Ils créent donc des produits à image “urban”, susceptibles de les séduire. Car si le grimpeur de salle rechigne clairement à aller pratiquer “outdoor”, le bloqueur urbain semble pouvoir se convertir plus facilement en client de salle à corde.

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C’est en tout cas ce qu’on observe en France dans les grandes villes proposant ces deux types d’offre. La salle de bloc amène à l’activité de nouveaux pratiquants, qui glissent ensuite vers une dimension plus vertige de l’activité. La question de la sécurité se pose alors de manière accrue.

Et il y va de la responsabilité des gestionnaires de salles, des institutionnels et des fabricants d’accompagner ce nouveau public, en faisant toute la pédagogie nécessaire et en proposant des produits adaptés aux nouveaux besoins (relais faciles à clipper, nouveaux harnais de salle…). Quitte à aller au delà des exigences de la norme pour bien des produits, comme le fait Petzl.

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Le nouveau relais de salle Petzl, Easy Top

 

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3 réponses

  1. Victor dit :

    Bonjour,
    Est ce sur l’événement organiser par PETZL que vous trouvez vos chiffres ? ( ceux sur « urban climber, que fais tu ?  » )
    Citez mieux vos sources !? Une belle initiative comme la votre, de référencer et décrypter les articles sur l’escalade pourrait resservir à des chercheurs…
    N’y a t’ il pas une corrélation à faire entre le lieu des salles, le prix de celles ci, et les personnes qui peuvent s’en donner les moyens ? ( Lyon, Paris, toulouse … pas d’accès pour les petites villes par exemple, ou par les clubs qui sont donc plus orientés voie )
    Une personne commençant l’activité en intérieur est moins susceptible de comprendre les techniques d’assurage que quelqu’un ayant commencer en extérieur ?!
    Peut être ma réaction est trop rapide ou tranchée, j’espère ne pas soulever une polémique est resterai ouvert à la discussion.
    Cordialement

    • Laurence dit :

      Bonjour Victor et merci pour ce témoignage, qui montre l’intérêt que vous portez à cet article 😉 Oui les chiffres cités sont issus des interventions des chercheurs qui ont pris la parole lors de ce Symposium. Et en particulier de celle d’Eric Boutroy, universitaire qui enseigne à l’université de Lyon et dont les travaux portent sur l’escalade, dans le champ de la sociologie et de l’anthropologie. Si vous souhaitez approfondir, vous devriez pouvoir le faire en le joignant par mail au mail indiqué sur cette page : https://l-vis.univ-lyon1.fr/staff/eric-boutroy/

  2. Lisa dit :

    Merci pour cet article, il complète mes impressions de l’évolution de l’escalade de nos jours.
    Mais j’avais une interrogation : si les « grimpeurs de blocs » commencent à tester l’escalade sur des voies plus longues, n’est-ce pas le moment idéal pour leur apprendre à pratiquer cette discipline en toute sécurité, pour qu’ils puissent ensuite, peut-être, se lancer en falaise sans risque et dans le respect de la mentalité des grimpeurs habituels ? À trop s’adapter à ce nouveau « grimpeur » nous allons encore plus scinder les deux catégories que vous distinguez ici (urban climber et falaisiste).
    J’aime l’escalade pour la partie purement physique mais aussi pour la mentalité des grimpeurs, l’entraide, la confiance, la bonne humeur, de choses qui ne sont pas toujours presentes dans d’autres sports où la compétition a pris une part plus grande dans l’activité. À faire de nos salles, des salles de muscu verticales, nous nous tournons totalement vers une autre mentalité, à mon avis. Ce serait dommage de perdre l’identité de l’escalade à trop « mâcher le travail » à des personnes qui ne s’intéressent qu’à la partie physique, sans connaître les enjeux de l’escalade à part entière.

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