Carole Palmier : grimpeuse par passion !

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Reprise de notre série Grimpeur par passion ! La Fabrique verticale est partie à la rencontre de Carole Palmier. Forte falaisiste, co-fondatrice du collectif Greenspits et surtout grimpeuse fanatique. Rencontre avec une vraie passionnée.

Tu as beaucoup de voies dures en falaise à ton actif. Comment t’entraînes-tu généralement ?

Carole Palmier : L’entraînement a fait partie de ma pratique à mes débuts lorsque je faisais de la compétition. Puis j’ai tout stoppé lorsque j’ai commencé les études. Le fait de me retrouver loin de mon île natale et de mes “copains de grimpe” a forcément joué dans cette baisse de motivation. J’ai eu la chance de faire de belles rencontres par la suite et de retrouver mon niveau initial en grimpant uniquement en falaise, sans m’entraîner.

Une belle croix à Claret, avec la fameuse Guerre d’usure, 8c (photo (c) Raphael Fourau)

Je vais de temps en temps à la salle pour voir les copains et boire des coups après. Mais ça fait plus de 12 ans que je n’ai pas suivi un planning d’entraînement. Pour enchaîner mes projets, j’essaie simplement de m’y investir. Même s’il y a des séances où je ne “bouge pas”, ça fait partie du processus… J’avoue tout de même me lasser en général au bout de 15 jours / 3 semaines dans la même voie. Alors, j’ai besoin de changer et j’y retourne plus tard.

Comment gères-tu ces chantiers de longue haleine ?

Carole Palmier : En fait, je n’ai jamais travaillé un projet pendant plusieurs mois consécutifs. Je me considère comme chanceuse car en grimpant uniquement en falaise, j’ai acquis une expérience au niveau gestuel, j’ai appris à me connaître et à me faire confiance. Ça me permet d’être à 100% de mes capacités physiques et mentales pour enchaîner des voies à mon niveau max. Je n’ai pas peur d’échouer et je suis heureuse de donner ce que je peux en fonction des jours de forme ou de non forme.

Un projet encore en cours, La Chiquette du Graal, 8b+ à Buoux (photo (c) Jan Novak)

Les seuls moments où je râle en falaise c’est quand je sens que mentalement “je ne suis pas dedans”. Ou quand je me mets la pression … Et ça arrive assez souvent quand même ! En gros, l’entraînement pour moi, c’est un peu comme les séries télé, avec mon rythme de vie je n’ai pas de temps à y consacrer. Mais je sens que pour venir à bout de certains objectifs, je vais devoir m’y mettre !

Tu es présidente de Greenspits. Tu peux nous en dire plus ?

Carole Palmier : L’association Greenspits se présente comme un acteur de prévention et de préservation pour les sites naturels d’escalade. Face à l’explosion de l’activité, elle a comme conviction d’agir pour réduire les écarts qui se creusent entre les consommateurs et les cultures bénévoles qui œuvrent dans l’ombre du rocher pour l’entretenir.

Depuis 2016, Greenspits a créé une communauté qui se mobilise et fait des actions sur son terrain de jeu, organisant chaque année des clean up, des conférences, des co-animations sportives, du rééquipement et un grand week-end de rassemblement/ateliers en falaise (sous le nom de “La Fête du Spit”).

La fête du spit (photo (c) Jan Novak)

En 2019, Greenspits a fêté ses trois ans et compte 490 membres répartis dans toute la France, mais aussi en Europe et à l’étranger. Notre communauté grandit petit à petit par elle-même, le temps que nous construisions une structure solide pour pouvoir communiquer à large échelle et débuter un réel travail de croissance en terme d’adhérents.

Concrètement comment fonctionnez-vous ?

Carole Palmier : Nous sommes et resterons des grimpeurs passionnés qui tentent de regrouper pour la première fois en France l’ensemble des pratiquants sensibles à l’avenir de notre sport en terme d’éthique, d’impact environnemental et de sécurité. Greenspits se place en tant qu’association garante, pour que la voix des grimpeurs soit entendue, afin de rêver et construire ensemble la pratique de demain.

L’association Greenspits fonctionne en autofinancement. Nous ne bénéficions pour le moment d’aucune subvention. Nous garantissons à nos membres en totale transparence la corrélation entre le montant de leurs dons et adhésions et l’achat de matériel pour entretenir les falaises (17K euros en 2018).

Ainsi pour couvrir les frais administratifs inhérents à l’association et pour faire appel à des prestations professionnelles dans certains domaines où les bénévoles sont peu formés, nous avons besoin de moyens. Nous estimons que ces besoins vont croître dans les mois et années à venir.

Quelles ont été vos dernières actions ?

Carole Palmier : Concernant nos dernières actions menées, en février nous avons débuté une série de projets de rééquipement, avec une première session sur le site du Blavet (83).

Rééquipement du Blavet (photo (c) Damien Largeron pour Greenspits

L’objectif de ces projets est double :

  • 1. Nous rééquipons = action concrète sur le terrain = aspects éthiques et marque de qualité propres à Greenspits.
  • 2. Nous formons les nouvelles générations = grimpeurs ambitieux et investis aux profils variés.

Pour la première session l’équipe se composait de 8 apprentis rééquipeurs et de 4 équipeurs d’expérience prêts à transmettre leur savoir.

Et en avril, nous avons organisé un clean up day en forêt de Fontainebleau avec le club de Massy (91). L’événement a regroupé 70 bénévoles qui ont ramassé plus de 250 kgs de déchets aux abords des blocs et sur les parkings.

Comment vous positionnez-vous par rapport aux acteurs historiques de la gestion des sites ?

Carole Palmier : Avec Greenspits on n’a pas réinventé la poudre. Le COSIROC avait œuvré dans le même sens il y a quelques années. Et plusieurs associations locales sont actives dans toute la France. Cependant, Greenspits est la seule association nationale qui regroupe l’ensemble des grimpeurs falaisistes et bloqueurs outdoor.

Je suis convaincue que nous avons quelque chose à apprendre et à apporter aux acteurs historiques de la gestion des sites. Nous ne voulons pas remplacer la FFME, nous ne sommes pas des politiciens. Nous avons simplement créé un modèle de fonctionnement qui nous ressemble, transparent et bienveillant, et qui répond à nos attentes de grimpeurs… citoyens !

Actuellement les comités territoriaux FFME font du bon travail dans leurs régions. Mais ils manquent souvent de moyens humains et financiers. Nous avons fait le choix de l’indépendance en créant une association non affiliée FFME ou FFCAM, mais nous souhaitons regrouper nos forces et réaliser des actions conjointes avec les acteurs locaux.

Tu es soutenu par Maloja. Tu te sens en phase avec la philosophie de la marque ?

Carole Palmier : Tout à fait ! Les entreprises qui se démarquent du « business de l’outdoor » et proposent quelque chose de plus humain m’inspirent. Maloja a créé une culture d’entreprise unique. Je me retrouve dans les valeurs qu’elle prône : l’honnêteté, l’authenticité, le respect et la décence.

Maloja a vocation à développer son marché dans le milieu de l’escalade car en tant que grimpeurs nous sommes en contact direct avec le milieu naturel, et donc naturellement sensibles à sa beauté. Je suis émerveillée de voir les designers de la marque réaliser les motifs des tissus avec des plantes cueillies à la main puis transformées en pochoirs !

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Carole Palmier dans Tes désirs font désordre, 8b+, Rocher Crespin (photo (c) Julien Nadiras

En portant les vêtements Maloja je me sens bien car les matières sont agréables et résistantes, et aussi car leur éthique est avant-gardiste. Leur style se démarque de ce qui se fait déjà. Et c’est d’ailleurs intéressant de voir que les autres marques s’inspirent discrètement des nouvelles collections Maloja…

Ça vaut vraiment le coup d’aller sur leur site et de lire la rubrique « explore Maloja ». À titre d’exemple, l’un de leurs mantras est « Respecte le passé, crée le futur, crois en ta propre voie » tout ça représente bien ma philosophie de vie, et par projection la philosophie de Greenspits !

Le ticket d’entrée sur les sites que vous avez ouverts et développés (La Ramirole, Mollans…) est assez élevé. N’est-ce pas un écueil pour fédérer le plus grand nombre ?

Nous faisons le maximum pour répondre aux attentes de la communauté des grimpeurs et particulièrement de nos membres. Cependant nous ne sommes pas des prestataires de service et le bénévolat a ses limites… Nous ne pouvons pas contenter chaque grimpeur. Adhérer à Greenspits c’est avant tout défendre les idées de l’association plutôt qu’attendre un bénéfice personnel en retour. Il est évident que nous avons moins œuvré pour les grimpeurs de 5 que pour les grimpeurs de 6 et 7. Penser que Greenspits équipe et rééquipe du 8 est une erreur…

Pour resituer le débat : L’association Greenspits a été créée en 2015, et en 2016 nous avons obtenu un budget d’un peu plus de 1000€ pour l’entretien et le développement des sites. Sachant que l’équipement d’une voie nécessite 200€ de matériel (source FFME), le calcul est simple…. La Ramirole, Mollans et La Carrière du Maupas ont été développés par des équipeurs bénévoles qui ont investi leur propres deniers, Antonin Rhodes en tête de liste. Ces équipeurs ont souhaité partager gratuitement leur travail via des topos en ligne accessibles par simple téléchargement.

Depuis le début de l’association nous avons fourni du matériel a une vingtaine d’équipeurs du sud de la France, de Grenoble, des Alpes, qui en ont fait la demande. Nous travaillons sur un fichier regroupant toutes les voies équipées et rééquipées grâce au matériel Greenspits afin d’avoir des vraies statistiques pour communiquer avec nos membres sur nos actions. Nous favorisons les projets de ré-équipement car c’est l’un des objectifs principaux de l’association, et car l’urgence est là.

carole palmier escalade secteur la ramirole

En 2018, grâce à nos adhérents et au travail des bénévoles, le budget « entretien des falaises » est passé à 17000€, et nous avons pu investir dans du matériel comme des perfos et disqueuses en plus des scellements, colle et autres consommables. Cela nous a permis de concrétiser le « Projet rééquipement Greenspits » et de faire la première session dans les Gorges du Blavet.

Pour résumer, depuis le début de l’association, nous avons développé trois secteurs : le Rocher Crespin, le secteur « Fête du Spit » et d’autres voies des Basses Gorges du Toulourenc, Le secteur du bas de La Ramirole, une partie du secteur de Serranon. Nous avons permis à des bénévoles de rééquiper plus de 40 voies réparties dans le sud de la France, ainsi que 35 voies dans les Gorges du Blavet lors de la 1èresession de rééquipement. Le niveau des voies équipées et rééquipées va de 5c à 9a mais la majorité d’entre elles se situent entre 6a et 7b.

Retrouvez tous les autres opus de la série Grimpeur par passion ici

Un grand merci pour les photos à Julien Nadiras, Raphaël Fourau, Damien Largeron et Jan Novak

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