Cultivez vos neurones miroirs !

Quel point commun y-a-t-il entre empathie, anticipation des intentions d’un interlocuteur ou représentation d’un geste sportif ? Réponse : les neurones miroirs, identifiés au début des années 90 par Giacomo Rizzolatti. Leur particularité, mise en évidence chez le macaque, est qu’ils s’activent lorsque l’animal réalise une action mais aussi lorsqu’il observe un congénère faire la même chose !

Chez l’être humain, un tel système de neurones existe aussi. Et grâce à la technique d’IRM, on a pu les localiser précisément, dans différentes parties du cerveau :

– le cortex prémoteur, zone très impliquée dans le contrôle moteur ;

– le gyrus temporal qui participe activement à la perception visuelle et a donc un rôle dans l’observation

– l’aire motrice supplémentaire qui intervient dans la programmation et la planification de mouvements auto-générés.

Ainsi lorsque nous regardons un autre grimpeur, mais aussi lorsque nous visualisons mentalement un mouvement, ces neurones miroirs s’activent.

 

la perception d’une action stimule dans le cerveau de l’observateur une représentation analogue à celle qu’il aurait élaborée s’il avait réalisé lui-même cette action.

 

Attention toutefois : cette activation dépend de notre expertise dans le geste ; la mise en jeu des neurones miroirs dans l’imitation lors de l’apprentissage d’un nouveau geste n’est donc pas si évidente, comme l’a montré Michel Desmurget.

Et l’activation de certains neurones miroirs tend à s’estomper si les représentations motrices ne sont pas alimentées par des sensations périphériques, des feed-backs sensitifs (Bosbach et coll, 2005).

Or, en particulier lors de périodes de blessure, l’usage de la visualisation mentale est fréquent, souvent le soir, pour mieux réaliser les mouvements effectués lors de la thérapie, pour garder intactes les traces mentales des mouvements exécutés habituellement, pour se motiver ou faciliter le processus de guérison. Alors comment optimiser cette activité ?

Une étude de 2011 (Calmels et coll.), menée à l’INSEP sur des gymnastes blessées nous apporte quelques pistes :

– Il paraît intéressant de réaliser des sessions d’imagerie visuelle, basées sur des références internes (voir le rocher, les pieds et les mains qui se posent sur les prises) ou externes (être spectateur de sa propre escalade), tout en greffant de l’imagerie kinesthésique (des sensations liées à des positions particulières, à des niveaux de tensions).

– Il est possible aussi de réaliser des observations d’autres grimpeurs (en direct ou sur vidéo) et d’y greffer des ressentis.

– Enfin, réaliser des mimes de gestes complets ou même de portions de gestes contribuerait aussi à maintenir le degré d’activation de la zone somato-sensorielle.

Alors, pensez-y au moment de vous coucher !

La pratique de l'imagerie mentale, du mime, active nos neurones miroirs

 

Sources :

– Michel Desmurget (2006). Imitation et apprentissages moteurs : des neurones miroirs à la pédagogie du geste sportif. Ed Solal

– Bosbach, S., Cole, J., Prinz, W., & Knoblich, G. (2005). Inferring another’s expectation from action : The role of peripheral sensation. Nature Neuroscience 8 : 1295-1297

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2 réponses

  1. Sév dit :

    En Gymnastique, la combinaison de l’imagerie mentale et l’imagerie kinesthésique est extrêmement efficace avant une réalisation : elle permet à la fois d’éloigner le stress en se concentrant sur les mouvements et leurs enchainements, mais aussi de ressentir sur le plan kinesthésique, les actions à venir : gain en efficacité souvent étonnant ! L’ayant expérimenté souvent dans cette activité, je ne le fais pas assez en escalade. Je vais m’y mettre ! Et grand merci pour les informations scientifiques !

  1. 24 avril 2015

    […] minuscule des prises et la distance qui les sépare. Et même, en faisant un petit effort de visualisation, on peut tenter de s’approcher du ressenti de Chris dans ces fantastiques jetés qui jalonnent la […]

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