Ce que Vertical Pro / Halls&Walls révèle du marché de l’escalade
Le salon Vertical Pro / Halls&Walls, c’est le lieu incontournable pour tous les fétichistes de la prise d’escalade. Il s’est tenu Friedrichshafen les 21 et 22 novembre derniers. La Fabrique verticale a arpenté les allées pour analyser les tendances. Des concepts fumeux ou invendables, aux gammes structurées et fonctionnelles. Il y en avait pour tous les goûts… Décryptage.
Bien plus qu’un rendez-vous de fin d’année en Allemagne, Vertical Pro / Halls&Walls est désormais le principal salon où les salles d’escalade passent leurs commandes de prises. Et où, en un sens, se dessine l’avenir du marché, entre innovations, nouveaux modèles économiques et enjeux de professionnalisation…

Premier constat : les prises dominent les débats. Plus de 70 % des stands exposent des prises, des volumes ou des macros. Et bien sûr, des boards connectés, une tendance très largement représentée. Pour autant, Vertical Pro / Halls&Walls réaffirme aussi son rôle de plateforme interdisciplinaire où se rencontrent fabricants, distributeurs, gestionnaires de salles, ouvreurs, spécialistes des travaux en hauteur… D’ailleurs plusieurs grands noms de l’escalade avaient un stand (Petzl, Edelrid, Beal, Peguet, YY Vertical, Tenaya, Ocun, Boreal, Evolv… entre autres).
En fait, Vertical Pro / Halls&Walls a vocation à réunir tous les professionnels de la branche. Mais derrière l’ambiance dynamique et conviviale, on perçoit que le secteur des prises et des salles d’escalade est en pleine mutation : entre réduction des budgets, affinement des stratégies de marque et expansion des réseaux de production mondiaux. Le marché des salles se rétracte et l’impact se ressent sur toute la branche.

Vertical Pro / Halls&Walls : les fabricants ressentent le ralentissement
La fréquentation des salles d’escalade a chuté en France sur 2025, fragilisant un modèle économique bâti sur une expansion rapide et une certaine forme d’euphorie. Fin de la bulle… Mais le constat est le même partout en Europe. Le marché des salles de bloc en Allemagne ou aux Pays-Bas peine à rentabiliser ses investissements. La Grande Bretagne, jadis fer de lance, est à la peine. Et seule la Suisse surnage. Mais pour combien de temps ?
Conséquence immédiate, les réseaux de salles réduisent la voilure. Et notamment sur les achats de prises d’escalade. Les marques vendent donc moins et sont doublement impactées. Car à l’instar d’autres secteurs industriels, elles ont dû s’adapter en 2025 aux fluctuations des droits de douane, notamment aux Etats-Unis. Et à une augmentation des coûts de l’énergie, des matières premières et des transports.

Une tendance au gigantisme en décalage avec les besoins des salles
Mais comment comprendre dès lors, dans un tel contexte, que les fabricants continuent paradoxalement à proposer des macros démesurées, des gigas volumes glossy ou de spectaculaires modules multi-directionnels ? Bien sûr, les clients des salles, biberonnés aux storys d’athlètes sur Instagram, s’attendent désormais à retrouver ces incontournables de la compétition dans leur réseau.
Seul problème : non contents d’être une hérésie sur un plan écologique, ils coûtent un bras. Et surtout ils sont totalement décalés par rapport aux besoins réels des salles. Puisque l’immense majorité de la clientèle évolue dans des niveaux modestes… Et pourrait tout aussi bien grimper sur des gammes plus raisonnables en PE. Mais tout se passe comme si l’attention des marques se portait maintenant uniquement sur l’apparence, avec un tropisme marqué vers l’exagération.

Les ouvreurs sont-ils des fashion victims ?
La perception grandissante sur Vertical Pro / Halls&Walls, c’est que les prises sont devenues des produits conçus dans une logique consumériste pour les salles et les ouvreurs. Un peu comme l’industrie de la mode où, si vous n’avez pas la dernière collection automne-hiver ou printemps-été, vous faites figure de ringard. Un élément qui est aussi révélateur de la manière dont les marques cherchent à vendre leurs prises, surfant sur la tendance à l’achat impulsif chez les ouvreurs.
Car de l’avis de beaucoup de professionnels dans le milieu, grimpeurs experts, fabricants de prises ou gestionnaires de salles, le constat est sans appel. Le recours aux grosses prises en PU brillantes ou bi-texture masque souvent un manque d’inspiration ou d’expérience à l’ouverture. Puisque finalement, il est relativement facile de créer un bloc esthétique en vissant moult macros. On joue sur la symétrie ou la disposition géométrique. Ça claque. Mais pour autant, est-ce forcément intéressant à grimper ?

Les difficultés ne freinent pas l’innovation
Le ralentissement dans l’activité dans les salles d’escalade, partout en Europe, engendre de nouvelles incertitudes pour les entreprises du secteur. Reste que la filière s’adapte. Non seulement en proposant de nouvelles formes… Mais aussi en utilisant des matériaux plus légers qui réduisent les coûts d’expédition et des options plus recyclables qui limitent les déchets.
Mais soyons honnêtes : le développement durable n’a pas vraiment été mis en avant par les organisateurs de Vertical Pro / Halls&Walls cette année. Et les messages sur l’aspect écologique n’étaient clairement pas au cœur des discussions. Pourtant plusieurs entreprises oeuvrant dans ce domaine étaient présentes sur le salon. Comme la start-up française Ghold, Greenholds ou encore Resetter climbing, des petits nouveaux originaires de Suisse, qui développent des prises 100% naturelles, à base de sable et de bio-résine.

De nouvelles marques continuent d’apparaître
Beaucoup – beaucoup – de marques de prises s’affichaient sur le salon. Les acteurs historiques naturellement, dont plusieurs fabricants français : EP Climbing, Volx, ArtLine… Mais aussi toute une myriade de nouveaux visages. Comment émergent-ils et parviennent-ils à survivre ? Le marché ne devrait-il pas finir par atteindre un point de saturation où le nombre d’opérateurs diminue naturellement ? That is the question.

Une chose est sûre, c’est que derrière toute cette flopée de nouveaux noms, il n’y a en définitive que très peu de vrais manufacturiers. Et c’est tout un écosystème complexe qui s’est mis en place et des stratégies assez fines pour faire fabriquer les prises en PU ou les macros en fibre de verre au meilleur coût. Quand les prises ne sont pas coulées par le bulgare Composite-X, leader sur le marché avec plus de 50 clients (Cheeta, Flatholds, Kilter, HRT, etc…), c’est en Turquie qu’il faut tourner ses regards. Ou plus à l’est encore…
En effet, la fabrication en Chine devient l’étape incontournable pour pénétrer le marché asiatique. Sinon, les coûts de transport sont trop élevés pour les entreprises qui cherchent de nouveaux débouchés et entendent se développer à l’export. En Chine, déjà, plusieurs sociétés ont vu le jour. Par exemple Kastline, avec à sa tête, des anciens d’EP Climbing qui se sont imposés rapidement comme un probable futur poids lourd de la production sous contrat.

Vertical Pro / Halls&Walls : la tendance des boards se confirme
Autre remarque sur ce salon Vertical Pro / Halls&Walls 2025, la surreprésentation des murs style Kilterboard ou Tension Board a été particulièrement notable. Ces murs inclinables équipés de prises lumineuses et connectées ont occupé une place importante, reflétant une tendance forte dans l’industrie de l’escalade. Voir notre récent test de la Quantum board. La plupart des fabricants de murs inclinables étaient là, sauf Piton board. Lemur présentait en exclusivité son panneau inclinable aussi en positif. Et City wall une offre discount qui a fait causer dans les allées, la Shiny board à 19 900 euros…
Ces systèmes de murs d’entraînement connectés sont conçus pour offrir une expérience polyvalente et personnalisable, adaptée à différents niveaux d’escalade, de l’amateur au grimpeur expert. Leur présence en grand nombre au salon souligne leur popularité croissante. Notamment parmi les salles d’escalade cherchant à intégrer des technologies avancées pour améliorer l’entraînement et l’expérience utilisateur.

Halls&walls très actif, quid du reste ?
Si les propriétaires de salles avaient la possibilité de dépenser leur argent dans une gamme ahurissante de macros, ils avaient très peu d’offres à leur disposition pour développer et renforcer leur activité. Or dans un marché en net repli, les préoccupations principales des gestionnaires de salles portent sur les sources de revenus qui rendent les salles d’escalade plus rentables et plus efficaces, comme la fidélisation de la clientèle et la stratégie commerciale.
Si vous recherchiez des outils pour gérer une salle (gestion des ouvertures, systèmes CRM ou services aux entreprises en général), l’offre était très limitée. C’est surprenant, compte tenu du nombre d’exploitants qui réclament aujourd’hui de meilleurs logiciels, un meilleur accompagnement et des services plus spécifiques à leur secteur.
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À bientôt à Paris, au Salon de l’escalade ! Un salon plus axé grand public, moins B2B.