Compensateurs de poids : réinventer l’assurage

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Dans une cordée, la différence de poids entre le grimpeur et l’assureur est un problème aussi ancien que l’escalade sportive elle-même. Lorsque l’assureur est beaucoup plus léger que le leader, la chute peut le soulever brutalement, le projeter contre la paroi, voire l’encastrer dans la première dégaine. Depuis quelques années, dans le sillage du Ohm d’Edelrid, des compensateurs de poids ont fait leur apparition sur le marché. La Fabrique verticale les a passés au crible.

Depuis quelques années, une nouvelle catégorie d’équipement tend à s’imposer progressivement dans le sac à dos des grimpeurs : les dispositifs de compensation de différentiel de poids. Concrètement, il s’agit de systèmes qui augmentent la friction dans la chaîne d’assurage afin de réduire l’effort exercé sur l’assureur.

Ce segment, inauguré par Edelrid avec son fameux Ohm, puis son Ohm II, connaît aujourd’hui une nouvelle phase d’innovation avec des produits comme le Ohmega d’Edelrid, le Assist Belay Resistor de Mammut ou encore les ZAED Pro ou Mini de la marque RAED. Quatre dispositifs que nous avons eu l’occasion de tester à La Fabrique verticale.

vol en escalade chute compensateurs de poids

Compensateurs de poids : une réponse technique à un problème universel

Le principe de ces dispositifs est relativement simple : ils s’installent sur le premier point d’ancrage de la voie et modifient la circulation de la corde pour augmenter le frottement lors d’une chute. Ce supplément de friction diminue la force transmise à l’assureur et limite son soulèvement, permettant à un grimpeur lourd d’être assuré par un partenaire plus léger sans compromettre la sécurité ou la fluidité de l’assurage.

Contrairement aux assureurs à blocage assisté classiques, dont le célèbre GriGri de Petzl, ces systèmes ne sont pas des dispositifs d’assurage à proprement parler. Non, ils agissent simplement comme un élément supplémentaire dans la chaîne d’assurage. Compatible avec la plupart des dispositifs existants, ils sont en train de changer la donne en dédramatisant la phase de vol dans des situations critiques. Comme par exemple les départs de voie, pour éviter les retours au sol.

assurage en escalade sécurité au départ des voies

L’Ohm, pionnier du concept

Lorsque le Ohm d’Edelrid est apparu il y a une petite dizaine d’années, il a introduit un concept inédit. C’était un assistant d’assurage qui déjà se fixait au premier point et ne s’activait qu’en cas de charge importante sur la corde. Lors d’une chute, la corde était tirée dans le mécanisme de freinage du dispositif, augmentant progressivement la friction et facilitant l’arrêt de la chute par l’assureur. Nous l’avions d’ailleurs testé à l’époque.

Bien que lourd, il a rapidement trouvé sa place dans les salles et les falaises, en particulier pour les cordées avec 20 à 40 kg d’écart entre partenaires. Il n’était pas exempt de défauts puisqu’il était parfois difficile de le refaire basculer en position basse après une chute. Mais son principe a ouvert la voie à une nouvelle génération de produits.

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Compensateurs de poids : une nouvelle génération plus modulable

Edelrid, d’abord seul sur le créneau, a continué à faire évoluer le concept, avant d’être rejoint par d’autres fabricants, RAED Designs et Mammut. Toute cette nouvelle vague de dispositifs cherche à affiner la gestion du différentiel de poids et à améliorer la fluidité de l’assurage. Et la concurrence entre les marques a permis le lancement de systèmes de plus en plus performants.

La manière d’assurer avec l’adjonction de ces dispositifs, tend d’ailleurs à évoluer et demande une phase d’acclimatation. L’assureur est amené à se reculer par rapport au premier point d’ancrage, afin de créer un angle propice à la mise en action mécanique du compensateur de poids. Pour donner le mou, on joue alors plus sur un déplacement horizontal au sol (en avançant d’un ou plusieurs pas). Et non sur un déplacement vertical comme auparavant (en donnant des brassées de corde ou en se laissant soulever).

Ohmega : la version évoluée

Avec le Ohmega, Edelrid a poussé plus loin son idée de départ. Et on peut dire que la marque allemande a bien réussi son coup. Victime de son succès, le Ohmega a d’ailleurs rapidement été en rupture de stock. Beaucoup plus léger, beaucoup plus compact que le Ohm, le dispositif propose en outre de trois niveaux de freinage réglables. C’est pourquoi il permet d’adapter précisément l’assistance au différentiel de poids dans la cordée. De 10 à 30 kg d’écart. Avec toutefois des marquages pas toujours évidents à lire et à régler. Mais à l’usage, on finit par automatiser l’affaire.

Ce qui est, en revanche, super efficace, et la vraie force de ce dispositif, c’est la poulie intégrée qui réduit la friction lorsque la corde circule. La fluidité avec laquelle on peut donner du mou ou le reprendre est tout simplement incroyable. Cette approche vise à rendre le système pertinent non seulement pour les écarts importants, mais aussi pour des grimpeurs de poids quasi équivalents. On pourrait presque parler d’un changement de paradigme. Puisque le Ohmega invite à repenser l’assurage. Comme le montre cette vidéo plus bien fichue d’Edelrid.

Au passage, notez que le dispositif est également utilisable pour assurer un grimpeur léger, comme nous avons pu le constater à La Fabrique verticale, puisque nous le testons depuis 6 mois environ, avec un différentiel de poids de 20kg. Le Ohmega est en particulier assez appréciable sur un plan pratique quand les deux grimpeurs travaillent la même voie. Pas besoin de le retirer du 1er point quand le plus léger des deux se lance dans le projet. Un inconvénient que l’on a pu connaître avec les autres dispositifs présents sur le marché.

Attention toutefois, l’assurage d’un grimpeur plus léger requiert un apprentissage super fin à acquérir pour dynamiser convenablement la chute. On s’est fait quelques frayeurs, en dépit de notre expérience.

Mammut : un système à activation automatique

De son côté, Mammut a lancé cette année un nouveau dispositif nommé Assist Belay Resistor. Nous avons d’ailleurs prévu un test à venir à La Fabrique verticale. Contrairement à l’Ohmega, seuls deux niveaux de différentiel de poids sont proposés. Ce dispositif compact se place sur le premier point (soit dans la dégaine, soit directement sur le point d’ancrage avec un mousqueton à vis selon le niveau de résistance voulu). Le système permet de compenser jusqu’à 35 kg d’écart. Voire 45 kg avec le mode Boost.

Semblable à l’Ohmega, quoique légèrement différent dans sa conception, il est doté d’une came active. C’est cette dernière qui ajoute progressivement de la friction lorsque la corde est tendue. Elle se rétracte ensuite pour permettre un mousquetonnage fluide lorsqu’on redonne du mou. L’objectif est de conserver un assurage dynamique. Tout en facilitant la retenue et la descente d’un grimpeur plus lourd. Par ailleurs, son mécanisme d’ouverture et de fermeture nous a semblé plus simple que ceux des autres dispositifs testés, Ohmega et ZAED.

Autre remarque liée à la durabilité. Le Mammut Assist Belay Resistor est le seul appareil dépourvu de composants souples. Sa construction entièrement métallique devrait donc lui conférer une plus grande robustesse dans le temps. Notez toutefois qu’Edelrid propose le remplacement de la sangle permettant le réglage du différentiel de poids. Idem chez RAED Designs, avec le remplacement de la sangle de la dégaine. Heureusement !

raed pro vs ohmega edelrid

ZAED : l’arrivée de nouveaux acteurs

Le ZAED (décliné en Pro et en Mini) illustre bien l’émergence d’acteurs plus récents sur ce marché. Pour la petite histoire, la marque RAED Designs est basée dans la même micro-région d’Allemagne qu’Edelrid, l’Allgaü. Elle est au départ plutôt spécialisée dans les produits pour la slackline et les poulies pour tendre les hightlines. Mais elle s’est diversifiée dans l’escalade puisque ce sont aussi des grimpeurs et que les deux univers se côtoient. À l’instar de l’Ohmega ou du Assist Belay Resistor, le ZAED se place dans la chaîne d’assurage au premier point d’une voie. Il vise à augmenter le frottement en cas de chute, tout en laissant la corde circuler librement lors de la progression.

Les ingénieurs R&D de Raed Designs ont souhaité que le dispositif puisse offrir trois niveaux de résistance réglables. Mais le système est radicalement différent du Ohmega ou du Assist Belay Resistor. Puisque les grimpeurs règlent le différentiel de poids souhaité à l’aide d’une simple goupille. De plus le dispositif est intégré à une dégaine et fourni avec un mousqueton à vis. Plus lourd et plus volumineux que ses concurrents, le ZAED a donc logiquement été décliné en modèle Mini.

De ce fait, en matière de légèreté, le ZAED Mini l’emporte haut la main sur la concurrence. Avec seulement 105 grammes. Le ZAED Pro pèse 162 grammes, l’Ohmega 190 grammes et le Mammut 221 grammes. Tous ces modèles représentent toutefois une nette amélioration par rapport à l’ancêtre de cette gamme de produits, le Ohm. Ce dernier pesait encore 405 grammes dans sa version II. Et reste donc de loin le plus lourd.

ohm II vs Ohmega Edelrid

Vers un nouvel standard d’assurage grâce aux compensateurs de poids ?

Ce concept de compensateurs de poids à l’assurage va bien au-delà du simple gadget technique. Car ce type de dispositifs répond à une évolution sociale de la pratique. Les cordées sont aujourd’hui plus mixtes en termes de gabarits, de genres et de niveaux. La sécurité doit donc s’adapter à des écarts de poids parfois très importants. Cette diversification montre que cette famille de produits devrait s’installer durablement dans l’écosystème de l’équipement d’escalade.

Évidemment, ces systèmes de compensateurs de poids ne remplacent évidemment pas une technique d’assurage correcte. Mais ils offrent une marge de sécurité supplémentaire. Ainsi ils rendent l’assurage au sein de certaines cordées possible là où c’était auparavant compliqué. L’apparition simultanée de plusieurs produits similaires suggère que cette catégorie d’équipement pourrait devenir, dans les prochaines années, un élément courant du matériel d’escalade sportive. Au même titre que les assureurs dits semi-autobloquants ont révolutionné l’approche il y a une vingtaine d’années.

 

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