En avant la musique

Musique performance
La musique adoucit les mœurs, c’est bien connu. Mais influence-t-elle nos performances ? Au cours des deux dernières décennies, plusieurs chercheurs se sont penchés sur la question et ont révélé qu’elle pouvait avoir un impact non négligeable sur l’exercice physique. Ces données sont-elles transposables à l’escalade ? Éléments de réponse.

L’influence bénéfique de la musique sur notre corps est connue depuis longtemps de manière intuitive. Elle a été d’abord utilisée dans le champ thérapeutique : en agissant sur le système nerveux, la musique abaisse en effet le taux de cortisol, une hormone libérée en réponse à un stress, et elle stimule la libération d’endorphines, aidant ainsi à mieux tolérer la douleur.

Dans le domaine de l’activité physique, les sportifs n’ont pas attendu les scientifiques pour pratiquer en musique ! Ces 20 dernières années, les études se sont d’ailleurs multipliées, l’un des chercheurs les plus prolifiques en la matière étant le Dr Costas I. Karageorghis, un universitaire londonien spécialisé en psychologie du sport, passionné par l’influence de la musique sur la performance.

Musique et performance : le point sur les connaissances

Le Dr Costas I. Karageorghis s’est intéressé aux effets de la musique, que ce soit au cours de l’activité physique ou en amont de celle-ci, chez le sportif de haut-niveau comme chez le pratiquant occasionnel. Il a décortiqué les mécanismes psychologiques et psychophysiologiques impliqués : en un mot, l’influence de la musique sur l’humeur, les émotions, le comportement, les apprentissages… mais aussi l’impact qu’elle pouvait directement avoir sur l’organisme, comme par exemple sur la fréquence cardiaque ou la respiration.

Il a également mis en évidence des différences de réponses sensorielles lors des processus physiologiques, selon que le sujet écoutait ou non de la musique en pratiquant une activité physique et selon les musiques qu’il choisissait : amélioration de la coordination, diminution de près de 12% de l’effort perçu, perception de la fatigue retardée, augmentation de la motivation et de la capacité de travail. Enfin, il a relevé des différences entre les hommes et les femmes, en particulier de sensibilité aux basses fréquences.

De la musique, oui, mais comment ?

Dans une étude datée de 2011, Costas I. Karageorghis, et son collègue Peter C. Terry, confirment que les critères qui prévalent au choix de la musique ne sont pas indifférents, si l’on souhaite optimiser ses performances sportives. Il convient donc de moduler la musique en fonction des effets recherchés. Parmi les points évoqués par les deux chercheurs, on retiendra particulièrement les suivants :

Un tempo rapide et énergisant

Selon l’étude, une musique rapide ferait oublier la fatigue et augmenterait les capacités physiques, notamment lors d’exercices intenses, surtout lorsqu’on atteint un plateau. Petit bémol toutefois, l’effet de distraction serait minimisé à mesure qu’on se rapprocherait de l’intensité maximale. La bande de tempo optimale durant l’exercice se situerait autour de 125 à 140 bpm (beats par minute) et il serait judicieux d’opter pour un rythme plus lent lors de l’échauffement ou du retour au calme.

Des structures harmoniques répétitives

Une musique rythmée favoriserait l’endurance et la coordination, la cadence devant se rapprocher le plus possible des schémas moteurs et des fréquences de déplacements rencontrées dans l’activité. Une musique synchronisée, c’est-à-dire répétitive et calquée sur le rythme de l’effort à produire et la vitesse des mouvements à réaliser, est donc bénéfique, tant dans les disciplines aérobies qu’anaérobies.

Des paroles positives…

Il est rapporté que le nageur américain Michael Phelps, sportif le plus titré de l’histoire des JO avec 18 médailles d’or sur trois olympiades, aurait écouté du rap avant ses courses et notamment un morceau de Lil Wayne I’m Me : “Yes, I’m the best, and no I ain’t positive, I’m definite / I know the game like I’m reffing it” (« Oui, je suis le meilleur, et non je suis pas prétentieux, je suis réaliste / Je connais le jeu comme si je l’arbitrais »).

… et en lien avec l’idée de mouvement

Les chercheurs ont ainsi montré l’influence positive sur la performance de l’utilisation de chansons dont les paroles avaient une dimension édifiante et en lien avec le sport, le mouvement, la réussite, l’adversité à surmonter. Ils citent à l’appui de leur étude The only way is up de Yazz et précisent parallèlement que le style doit être adapté aux goûts du sportif et au contexte psycho-social dans lequel il évolue.

Attention quand la musique compromet la sécurité du sportif

Enfin, Costas I. Karageorghis et Peter C. Terry attirent l’attention des sportifs sur la notion de sécurité et précisent que le port d’écouteurs est à proscrire pour le jogging et le vélo, notamment quand ces activités sont pratiquées dans le flux de la circulation routière, soulignant le risque de se couper du monde extérieur et des bruits susceptibles de signaler un danger.

Quelles applications en escalade ?

Les découvertes de Costas I. Karageorghis et Peter C. Terry sont sans doute à nuancer et à adapter en fonction de l’activité. Mais au regard de leurs travaux, l’impact de la musique sur la performance sportive semble indéniable. Son utilisation dans les salles d’escalade est d’ailleurs devenue banale…

Certes, on pourra objecter aux chercheurs que l’escalade n’est pas un sport où le même geste se reproduit selon un tempo régulier. Ainsi les gains d’efficacité gestuelle que l’on peut observer grâce une synchronisation à la musique, dans des activités impliquant une forte rythmicité du mouvement (comme en aviron, par exemple), seront forcément moins marqués en escalade.

Toutefois, tous les autres effets bénéfiques de la musique évoqués par les deux chercheurs (renforcement mental, meilleure tolérance à l’effort, amélioration des capacités psychomotrices…) sont aisément transposables à notre activité. Raison de plus pour grimper en musique !

A retenir

– avant d’essayer une voie dure, en falaise ou en compétition, optez pour des morceaux dynamisants, aux paroles positives et aux rythmiques répétitives, afin de vous conditionner à durer dans l’effort
– à l’entrainement, adaptez la musique à l’intensité de l’exercice (plutôt lentes à l’échauffement, speed et percutantes pour le bloc, avec des structures harmoniques répétitives pour les voies, planantes pour la récupération…)
– en extérieur, si vous souhaitez écouter un morceau avant de grimper, utilisez un baladeur afin de ne pas gêner les autres pratiquants
– évitez le port d’écouteurs quand vous assurez ou parez votre partenaire, afin de rester bien concentré sur la sécurité
– préparez-vous des playlists à l’avance afin de choisir des musiques que vous aimez qui soient bien adaptées aux facteurs que vous souhaitez influencer (le site http://songbpm.com par exemple vous donne les beats par minute pour chaque morceau)

Au fait, et vous, quels sont vos morceaux favoris pour grimper ?

Sources

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6 réponses

  1. PIETRI Marie Michèle dit :

    A essayer les musiques de Terry Riley comme SHRI CAMEL, Persan Surgery ou Dervishes : some of the finest and most inspired moments !

  2. oli brouss dit :

    … À écouter APRÈS l’échauffement, pour le Run de la croix !!

  3. Arnaud dit :

    Sunday morning du Velvet Underground.
    Je le fredonne en grimpant et je suis juste assez relâché pour être fluide dans la grimpe.

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