Salles d’escalade : “Pour que tu m’aimes encore”
Après plusieurs années de croissance, la pratique de l’escalade en salle a connu un premier plateau. Rien de dramatique mais une fréquentation qui laisse à désirer et des chiffres d’affaires en léger repli… Face à cette situation inédite, les patrons de réseaux et les gestionnaires de salles d’escalade cherchent des solutions. Quels leviers activer pour survivre, fidéliser la clientèle et séduire de nouveaux pratiquants ?
Si la fréquentation des salles d’escalade s’est globalement maintenue en 2025 (+2% vs 2024), le chiffre d’affaires moyen a quant à lui plongé (-5%). En tout cas, si l’on en croit les résultats de l’Observatoire de l’escalade présentés récemment par l’Union Sport&Cycle lors du Salon de l’escalade. Cette enquête menée sur 2588 grimpeurs et 100 salles privées fait suite à celle de 2024, qui avait réuni, elle, un panel beaucoup plus large.
Précisons toutefois que sur les 9000 répondants de la première enquête, beaucoup émanaient de la FFME. Ces derniers étant des pratiquants réguliers de clubs, ils biaisaient donc un peu les résultats. Raison pour laquelle l’Union Sport&Cycle a souhaité resserrer le panel et ramener à 50-50 le % de grimpeurs issus de la fédération et ceux issus des salles privées. L’idée étant d’avoir une vision plus juste du profil de la clientèle venant en salle, puisque cette étude est menée en partenariat avec l’Union des Salles d’Escalade.

Évidemment, il se trouvera toujours des esprits chagrins pour vouer aux gémonies ce type de baromètre… Mais quand bien même cette enquête est perfectible, elle a le mérite d’exister et elle fournit malgré tout de bons indicateurs pour qui sait la lire attentivement. Et plusieurs tendances, utiles à la filière, s’en dégagent dans sa globalité :
Salles d’escalade : “Que le temps d’avant, c’était le temps d’avant”
Si auparavant la partie restauration était une vraie manne pour les salles, on observe aujourd’hui une baisse de 11% dans ce secteur. Elle peut s’expliquer de deux manières. D’une part, c’est la conséquence directe de la baisse de la clientèle loisir (puisque c’est celle qui consomme le plus après une séance). D’autre part, et de manière plus globale, c’est le reflet direct de la conjoncture économique. Avec la baisse du pouvoir d’achat, les clients réguliers se recentrent sur l’essentiel, à savoir l’escalade. Exit donc la bière en fin de séance et autres plaisirs minuscules.
Peut-être prend-on aussi progressivement conscience que la restauration est un autre métier, qui engendre d’autres contraintes en termes de service et de personnel… Et en caricaturant (à peine) que ce n’est pas si fun de manger dans des odeurs de pieds. Ni d’ailleurs de grimper dans des relents de frites et de burgers, en dépit des efforts faits sur la ventilation. Quoiqu’il en soit, pour les patrons de salles d’escalade, les recettes se contractent. Et ce phénomène s’observe aussi sur d’autres segments. Par exemple -11% de CA dans les shops des salles et -12% sur les services de team building.

“Raisonnable et nouveau, c’est ainsi par ici”
Pour autant, l’activité dans les salles existe encore bel et bien. Ce qui fait dire à Damien Jacquart de l’Union Sport&Cycle que le marché arrive à maturité, après l’euphorie des années post-COVID. La croissance est certes en baisse, notamment par rapport aux 5 dernières années. Mais elle reste honorable. Et la fréquentation est cohérente. Il faut savoir que l’escalade se classe en 24e position des activités physiques pratiquées par les Français. Loin derrière la randonnée, la natation ou le running… Mais devant des sports plus médiatisés comme le judo, le handball ou le rugby.
Seul petit problème, les patrons de réseaux qui ont fait d’importantes levées de fonds ont du mal à faire entendre cette réalité aux actionnaires qui attendent un retour sur investissement conséquent et placent la barre très haut. Ils tablent encore sur des croissances à deux chiffres, tandis que les prévisions les plus optimistes pour 2026 tournent autour de 3 à 5%… Dur retour à la réalité.
“Pour d’infinies vendanges (dans les salles d’escalade)”…
On est donc entré dans une phase de consolidation pour les acteurs du secteur. Désormais, on assiste à une recomposition, avec des rachats/fusions. Et il y a peu de chances que l’on voit surgir de nouvelles salles à tour de bras ou des projets fous fous cette année. Avant, on observait des tactiques expansionnistes, chacun plaçant ses pions sur le territoire. Dans les années à venir, on devrait plutôt constater la mise en place de stratégies visant à réduire les frais d’exploitation et à gagner en rentabilité. Autres temps, autres mœurs…
Ainsi, des réseaux comme Altissimo ou Bloc session, tirent finalement bien leur épingle du jeu dans le contexte actuel, avec des concepts centrés sur l’essentiel, et une gestion “en bon père de famille”. À l’inverse, force est de constater que les réseaux qui ont fait appel à des fonds d’investissement pour se développer, traversent une zone de turbulence. Ce qui est sûr, c’est que tous aujourd’hui se sont tournés vers le modèle de la franchise pour ouvrir de nouvelles salles. Car les risques incombent maintenant aux porteurs de projet…

“J’irai chercher ton cœur si tu l’emportes ailleurs”
L’escalade en salle semblait, il y a quelques années encore, un véritable phénomène de société. L’effet de mode était tel que l’univers de la verticalité était repris dans la publicité et intéressait aussi les grands médias généralistes, JO obligent. Une tendance sur laquelle ont surfé les grands réseaux… “Sans véritablement se poser la question de la qualité des services proposés ni des ouvertures”, soufflent sotto voce certains observateurs du marché. Constat un peu sévère mais peut-être pas totalement dénué de vérité.
À la décharge des patrons de salles, il faut quand même noter qu’en termes d’accessibilité, l’escalade reste une discipline difficile pour les néopratiquants. Avec une dimension performance très forte, surtout en bloc. Raison pour laquelle la clientèle loisir, très volatile par nature, est partie vers d’autres cieux ? On pense en particulier au padel, un sport de raquette ultra tendance. Ses atouts sont nombreux : ludique, plus convivial, moins exigeant en termes de condition physique.
Le nombre d’équipements de padel en France ne cesse ainsi d’augmenter, n’allant pas sans susciter d’ailleurs des nuisances sonores… Toujours est-il que l’offre est pléthorique. Et le maillage territorial plus serré qu’en escalade. C’est d’ailleurs un des points que révèle l’enquête de l’Union Sport&Cycle, soulignant qu’il existe encore des zones sous-dotées en équipements d’escalade, tandis que dans les grandes agglomérations les salles se font concurrences entre elles. Voire se cannibalisent au sein d’un même réseau, aurait-on envie d’ajouter. Alors est-on vraiment arrivé à saturation ?

“Les formules magiques, des marabouts d’Afrique”
Passée la phase de sidération voire de panique face aux chiffres de 2025, les réseaux se réorganisent et cherchent des solutions. Quels sont les leviers à activer pour faire venir ou revenir les pratiquants dans les salles ? Faut-il se concentrer sur les 40% de grimpeurs réguliers ? Et chercher à mieux les satisfaire avec des ouvertures aux petits oignons ? Ou au contraire cibler les 60% de grimpeurs occasionnels ? Et parmi eux les 40 % qui ne sont venus qu’une seule fois dans l’année, pour les fidéliser ?
Ça se discute ! Et les professionnels ne sont pas tous d’accord sur ce point. Les grimpeurs réguliers en salle ne représenteraient que 400 000 personnes, selon une récente étude de l’INJEP. Soit bien loin des 2 M de grimpeurs annoncés généralement. Un chiffre obtenu en comptabilisant aussi bien les grimpeurs réguliers que ceux qui ont poussé une fois la porte d’une salle d’escalade dans l’année. C’est pourquoi, à quelques rares exceptions près, les salles visent plutôt la clientèle occasionnelle, l’enjeu étant de lui vendre un abonnement ou des carnets d’entrées.
Cependant certaines salles cherchent aussi à améliorer leur produit, en proposant des ouvertures plus soignées, comme à Altissimo Marseille, où un gros travail est fait sur ce point. L’adjonction d’une Tensionboard récemment vise aussi à améliorer l’offre et à satisfaire les grimpeurs qui s’entrainent. Il est à noter d’ailleurs que pour beaucoup de salles aujourd’hui la présence d’une Kilterboard est un plus très apprécié de la clientèle. Et devient un incontournable lors de l’ouverture d’une nouvelle salle, qui fait sensiblement grimper la note de l’investissement de départ…

“Je me ferai nouvelle pour que le feu reprenne”
Beaucoup de gestionnaires de salles s’accordent sur le point suivant. Un des leviers se situe sans doute au niveau des ouvertures proposées aux débutants ou aux grimpeurs en phase de perfectionnement. Avec comme équation insoluble de placer le client en situation de réussite pour qu’il ait envie de revenir… Tout en lui proposant des blocs ou des voies stimulants pour le faire progresser. Parce que sinon, “à 16 euros l’entrée, ça fait cher l’échelle”, tacle un observateur averti du milieu. “Et l’expérience client n’est pas si démentielle” 😉
Alexis Manciot en charge de l’enquête pour l’Union Sport&Cycle pense, lui, qu’il faut retravailler en profondeur l’image du sport et changer radicalement la communication autour de l’activité. À savoir contrebalancer le côté performance souvent mis en avant sur les réseaux sociaux et insister plus nettement sur la dimension sport santé. De ce point de vue, il voit aussi des raisons d’espérer dans la féminisation de l’activité.

Un autre enjeu est de viser les seniors, afin d’occuper des créneaux horaires souvent peu rentables pour les salles. En effet, le matin ou le début d’après-midi sont très calmes en termes de fréquentation. À ce titre, le Footing vertical développé par MBS Industry peut être une piste intéressante. Et le réseau Climb Up, qui a pour slogan “Tous nés pour grimper” dans une logique d’accessibilité, s’équipe d’ailleurs en ce sens. Comme à Brest, Bordeaux Mérignac ou Aubervilliers.
“Je ne suis pas les autres (salles d’escalade), non non”
Ce qui est sûr, c’est que de nouveaux modèles se mettent en place. Arkose qui a longtemps misé sur le côté “lieux de vie” de ses salles, les qualifiant même de “lofts” dans sa communication (et de “cantines” ses restaus), a réduit la voilure, en se séparant de sa microbrasserie Oskare. Et assez intelligemment, l’enseigne réfléchit à réduire ses coûts d’exploitation (coûts de l’énergie, salaires, loyers…).
Par exemple, à l’avenir, elle espère répliquer les ouvertures d’une salle à l’autre. Pour réussir à conserver la même qualité d’ouverture partout sur le territoire, y compris dans ses salles franchisées. Car les meilleurs ouvreurs ne vivent pas nécessairement là où les nouvelles salles poussent. Ainsi l’enseigne a développé un concept de duplication de salle existante. Pour partager les ouvertures et ainsi parvenir à proposer à ses franchisés une qualité de grimpe identique à celles des salles parisiennes.
Et elle a d’ores et déjà intégré des complexes. Comme celui de la Cité des sports à Issy-les-Moulineaux ou du Centre Aquatique Olympique à St Denis. Mais aussi l’enseigne Impact Stadium à La Rochelle qui prévoit d’ouvrir 3 nouveaux espaces multisport dans des villes de taille moyenne cette année. L’idée ? Tout simplement mutualiser les frais fixes et jouer sur la complémentarité de l’offre.
C’est aussi le calcul qu’a fait Urban Soccer en créant de ses Urban Village. Des lieux dans lesquels on retrouve simultanément foot à 5, padel, fitness, aquabike, boutiques et restaurants. Et ce n’est pas un hasard si on retrouve aussi des salles d’escalade intégrées à ce concept. Mais pas toujours du même réseau (Climb Up au Mans, Block Out à Toulouse, Boulderline à Montpellier, Arkose à Angers).
“J’irai chercher ton âme, dans les froids, dans les flammes”
En fin de compte, on peut dire que dans ce contexte moins euphorique mais toujours porteur, les salles d’escalade privées ont sans doute encore une carte à jouer. À condition d’accepter ce changement de cycle et de se réinventer. En misant sur des ouvertures plus accessibles, une image recentrée sur le sport santé et des modèles économiques plus sobres, elles peuvent retrouver le chemin d’une croissance modérée mais durable. Et surtout redonner envie aux pratiquants de pousser la porte pour de bon !
Photos (c) Climb Up, (c) Arkose et (c) Salon de l’escalade

« Évidemment, il se trouvera toujours des esprits chagrins pour vouer aux gémonies ce type de baromètre…«
Étonnant de trouver chez vous pareille formule… Il se trouve qu’une enquête répond à des canons scientifiques bien connus depuis plus de 100 ans et que dans le cas d’espèce ils sont loin d’être respectés par ce baromètre même si cela chagrine. Mais il est vrai en ces temps où la science n’a plus guère de crédit il est possible de raconter ce que l’on veut car les vérités sont alternatives, multiples, complexes…. Mais parfois tenter la prophétie auto réalisatrice fonctionne ! Il étonnant que vous citiez aussi dans ce cas la récente étude INJEP … qui contredit les résultats de l’observatoire et notamment le fait de trouver l’escalade comme 24 pratique des Français. Dans le cas de l’étude INJEP il s’agit de l’enpps soit l’enquête de statistique publique labellisée Insee dont la taille et la composition de l’échantillon est scientifiquement validée… à ne pas comparer avec une étude sur 2000/3000 personnes dont 50% de ffmistes et autres grimpeurs « indoor » qui pour certains vont dehors qui ont bien voulu répondre à l’enquête. On remarquera d’ailleurs que l’observatoire ne comportait pas de variables de pcs … hors avec l’âge et le genre ce sont dans les enquêtes et plus encore celles sur le sport les variables de test de la représentativité des échantillon… alors dire que cela ne répond pas aux canon de la science ce n’est pas être un esprit chagrin mais juste rappeler que l’on ne peut guère fonder des analyses solides sur des bases qui ne le sont pas. Moi qui pensais que les banquiers consentaient à abonder les tour de table sur des bases objectivées me voilà surpris. Ce qui est assez drôle c’est qu’il n’y a ici aucune remise en question de la part de l’USC…mais juste une pirouette…Le fait est que la morosité des salles était prévisible et déjà arrivée pour les mêmes raison en Allemagne, UK. En fait le fondement est justement qu’il ne faut pas confondre le flux et le stock… comme vous le dites. Et donc faire croire qu’il y a 2M de grimpeurs. Après à titre personnel en enlevant la casquette de scientifique je dirais que changer l’image de l’escalade : surtout pas. ça fait mal c’est dur et c’est très dangereux ! N’y allez pas !!! Blague à part … l’USC devrait déployer son talent de lobbyiste pour imposer un nouveau produit : la locomotion verticale car c’est bien cela dont elle tente la promotion et non de l’Escalade.
Le fait est qu’il n’y a que très peu (guère ?) d’étude de ce type qui a été publiée dans des revues à comité de lecture. Et donc oui, cette analyse, comme celle de 2020 par exemple (FFME/ECORE) n’est pas exempte de biais, liés à des extrapolations ou au fait qu’elles reposent sur le déclaratif. Elles fournit néanmoins des ordres de grandeur et des tendances. Vivement donc une enquête de grande ampleur validée scientifiquement !
Pour peu que l’on y regarde… il y a depuis 10 ans pas mal de publications aux us et France : INJEP, baromètre sports de nature, notre publi avec Brice Lefèvre… donc des publications il y en a désormais assez pour challenger les échantillons ! Et au delà de ça il y a sans doutes des milliers d’études qui disent comment faire un échantillon dans une enquête en sciences sociales et là clairement le baromètre de l’escalade n’y est pas. Alors Olivier comme tu es un scientifique tu pourras comprendre que nous n’en sommes plus aux balbutiements de la science des sondages !
Vivement une enquête validée scientifiquement !!
Il y a désormais plusieurs…
https://doi.org/10.1016/j.jort.2022.100585
1. Juste pour comprendre que des études validées scientifiquement il y en a et pas que celle -ci
2. L’enquête INJEP comme vous la nommez est l’enpps 2020. Sa méthode est validé pour pouvoir exister par le comité du label de l’Insee. Plus validé scientifiquement que cela est impossible en France. De plus cette enquête avec 12 000 répondants représentatifs en âge, genre, PCS et non CSP (ça n’existe plus depuis 1982) est construit à partir des bases de l’administration fiscale, etc, etc…
3. Aux US le CWA a réalisé plusieurs vagues d’enquêtes qui ont donné lieu à publication scientifiques. Elles sont citées dans le papier plus haut.
4. La science du sondage en sciences sociales date de la fin du 19ème siècle elle à largement solidifié ses méthodes. Il est établi désormais dans des milliers de publications qu’un échantillon ne se compose pas n’importe comment que ce soit en volume ou en nature. Il est établi que l’accumulation des enquêtes est ce qui fixe une norme pour challenger des échantillons sur des populations mères peu connues (comme dans le cas de l’escalade) . Donc faire une enquête sur les escalade sans tenir compte de ces acquis nombreux maintenant n’est plus valide.
Un article toujours aussi bien écrit.. un vrai plaisir à lire.
Un oubli, la dangerosité de la pratique du bloc en salle privée. Il est de coutume de dire que lorsqu’on arrive devant une salle si l’ambulance des pompiers n’est pas là elle y sera à notre départ… et c’est un vrai pb auquel il faudra répondre notamment avec peut être des blocs moins haut (4m?), des salles mieux conçues avec des circulations et des zones d’attente en dehors des matelas, des ouvertures moins périlleuses?