Typologie des grimpeurs : comment définir les pratiquants en 2021 ?

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En France, une récente enquête a montré que le nombre de grimpeurs pouvait s’estimer à 1 330 660. Parmi eux 613 083 ne pratiqueraient qu’en salle. Mais qui sont-ils vraiment ? Et comment définir leur profil démographique ? La Fabrique verticale est partie à la rencontre d’Olivier Aubel, chercheur en sociologie, qui s’intéresse à la typologie des grimpeurs.

Olivier Aubel est Professeur et chercheur à l’Université de Strasbourg. Il a réalisé la plupart de ses travaux de recherche dans le cadre de partenariat avec des fédérations sportives nationales ou internationales (comme l’UCI ou le CIO).

Grimpeur lui-même, il a aussi beaucoup travaillé sur l’escalade. Dans le cadre de ses recherches, il s’est récemment intéressé à la typologie des grimpeurs. En particulier au travers d’une enquête de grande ampleur, menée en partenariat avec une société qui édite des topos en ligne et a sorti la première poutre connectée du marché.

Peux-tu nous dire quelques mots au sujet de cette enquête qui permet de se faire une idée de la typologie des grimpeurs en 2021 ?

Olivier Aubel : “ Tout d’abord, il semble important de préciser ce qu’est cette enquête. Je ne l’ai pas mené seul mais avec la société Vertical life sans la puissance de laquelle nous n’aurions jamais pu constituer un échantillon quantitativement et qualitativement aussi intéressant car inédit.

Mon ami Brice Lefèvre, universitaire statisticien à Lyon, grimpeur de classe mondiale et ancien inspirateur du renouveau marketing d’EB dans les années 1990 a été un précieux soutien. Pour comparer, cette enquête a sensiblement la même taille que celle sur la participation sportive du ministère des sports mené avec l’appui de la puissance de l’INSEE.

Elle a été réalisée en 2020 auprès d’un échantillon d’un peu plus de 11 300 participants dont nous avons pu établir la représentativité ad post en termes de genre et d’âge qui sont les deux variables les plus importantes pour rendre compte de la pratique sportive tous sports confondus. Dans la base de données 104 nationalités sont représentées. Même si nous avons beaucoup de répondants venant des pays d’Europe et d’Amérique du Nord.

repartition escalade

La vocation de l’enquête est initialement marketing en ce qu’elle apporte des informations clefs aux responsables marketing des marques. Mais aussi des destinations touristiques ou encore des fédérations pour construire leur offre et se différencier (ce qu’aucun ne fait si on en croit les résultats de l’enquête). Mais l’intérêt second de cette enquête qui n’est pas secondaire est qu’il s’agit d’une source d’information sociologique de premier plan.”

En termes de typologie des grimpeurs, est-il juste de dire qu’en 2021 le grimpeur type est : un homme, d’une trentaine d’années, ayant fait des études poussées et occupant une profession à haute responsabilité ?

Olivier Aubel : “ Oui, mais à cette exception près, le profil démographique est le même qu’en… 1979 ! Contrairement à ce que nous imaginions initialement. Il s’agit toujours majoritairement d’hommes qui composent à hauteur de 76,3% la population des grimpeurs. La chose est à nuancer quand il s’agit de l’escalade indoor par laquelle arrive probablement une féminisation.

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Les femmes représentent 33% des débutants indoor. Contre 23,7% de la population globale. L’âge médian des grimpeurs est 31 ans. 50% des grimpeurs ont entre 25 et 40 ans. Cette tranche d’âge représente 18% de la population sportive européenne. En termes de niveau éducatif, là aussi pas de changement. Car l’escalade est toujours l’apanage des individus qui sont allés à l’université qui représentent 75% de la population. Alors que dans l’OCDE ce pourcentage est de 38%.

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Peut-être faut-il comprendre que grimper est toujours une activité qui réclame des compétences informationnelles qu’ont développé les individus qui ont séjourné relativement longtemps dans le système scolaire et universitaire. Ou de manière très prolongée en escalade.”

La typologie des grimpeurs français est-elle radicalement différente de celle des autres grimpeurs européens ou plus largement étrangers ?

Olivier Aubel : “ La réponse ici va être relativement courte. Les Français ne se distinguent pas véritablement des autres nations sur le plan du profil socio-démographique. Peut-être la seule différence réside-t-elle dans l’âge des grimpeurs français relativement plus jeunes que la population globale. Et dans le fait que plus que les autres nations, ils se produisent plus toute l’année outdoor (47%). Contre 40% globalement. ”

Enfin, au regard de ce que nous vivons actuellement, avec la fermeture des salles, dirais-tu que la pandémie est susceptible d’inverser ces tendances globales de sportivisation et d’artificialisation de l’activité ?

Olivier Aubel : “ Très clairement, la pandémie peut-être un coup d’arrêt pour certains groupes de salles à la croissance très rapide et qui en termes de trésorerie n’auraient pas la solidité pour assumer le choc. Tout cela particulièrement dans les pays où l’État ne compensera pas « quoi qu’il en coûte ». Comme le disent certains politiciens célèbres.

Il se dit que le problème n’est pas tant maintenant que l’an prochain. Lorsque l’état aura cessé d’aider et que certains groupes de salles auront reporté la validité de leurs abonnements, devront reconstituer des équipes qui auront dû trouver d’autres moyens de subsistance. Mais globalement, cette croissance du marché des salles d’escalade va reprendre. Et sans doute s’amplifier quand on considère les levées de fond parfois importantes de certains investisseurs.”

Lire l’intégralité de l’interview en pdf ici

Photos (c) Vertical life

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2 réponses

  1. Themoon dit :

    Très surpris de se ratio homme femme qui ne ressemble pas a ce que je vois a Paris indoor (60/40 en ressenti) et je me demande si l’utilisation de vertical life accès monitoring de la performance ne biaise pas ce ratio? Je me trompe peut-être.

  2. Sylvain dit :

    « Peut-être faut-il comprendre que grimper est toujours une activité qui réclame des compétences informationnelles qu’ont développé les individus qui ont séjourné relativement longtemps dans le système scolaire et universitaire. Ou de manière très prolongée en escalade.”

    Attention tout de même aux conclusions hâtives, il y a de très nombreux facteurs à prendre en compte, au premier rang desquels : le prix.
    Par ailleurs vous ne mentionnez aucun argument qui attesterait d’une corrélation entre le niveau scolaire et les compétences en escalade… Il faudrait comparer avec les autres sports dits « extrêmes ». Il y a fort à parier qu’on y trouve les mêmes catégories socio-professionnelles.

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