Chaussons d’escalade La Sportiva : un savoir-faire quasi artisanal

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La Fabrique verticale a visité les ateliers de La Sportiva. L’occasion d’assister à toutes les étapes de la fabrication des célèbres chaussons d’escalade de la marque italienne. Depuis le brainstorming jusqu’à la mise dans les cartons, en passant par la naissance des prototypes ou l’assemblage. Sous nos yeux ont pris forme des modèles aussi prestigieux que les Testarossa, les Skwama ou les Solution… On vous laisse imaginer l’excitation !

La Sportiva est l’un des derniers fabricants de chaussons à produire l’intégralité de sa gamme en Europe. Quand tant d’autres ont opté pour la Chine ou la Roumanie, avec des coûts de revient bien moindres mais une qualité qui laisse aussi parfois à désirer… Si l’on exclut un ou deux modèles d’entrée de gamme faits en Asie, tous les autres chaussons La Sportiva, qu’ils soient ou non axés sur la performance, sont encore assemblés à la main, au cœur des Dolomites, dans le petit village de Ziano di Fiemme.

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Concentration et précision lors de l’encollage des Testarossa

C’est assez impressionnant de se dire que tous les chaussons La Sportiva vendus dans le Monde partent en camions de cette étroite vallée de montagne, aux routes sinueuses. Car ça représente un volume important. 82% de la production de la marque part à l’export, dans près de 70 pays. Les chaînes de montage et les immenses entrepôts sont impossibles à déceler. Car ils sont enfouis, en sous-sols, façon base secrète de James Bond, sous le siège social. C’est un peu la partie immergée de l’iceberg !

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Entrée dans le coeur : ligne n°1

Même si La Sportiva a triplé son chiffre d’affaires au cours des dix dernières années et que la marque est maintenant leader à l’international, l’esprit est resté très familial. Tout est monté à la main, en Italie, sur les chaînes de production. Selon le process de fabrication et la complexité du modèle, 800 à 1000 paires sortent chaque jour des ateliers. Mais derrière ce chiffre ahurissant, il y a des hommes et des femmes et surtout un savoir-faire quasi artisanal, malgré la logique industrielle.

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Le sens du détail, jusqu’aux étiquettes

La Sportiva, attention, secret défense

On connaît le goût de la marque italienne pour le design et le soin porté à la phase de R&D. Mais quand on pénètre dans le saint des saints, la zone ultra secrète d’assemblage des chaussons, la surprise est de taille. Et sont battues en brèche beaucoup des idées reçues habituellement véhiculées sur la fabrication des piedi di gatto (expression italienne pour désigner nos bons vieux chaussons d’escalade, c’est-à-dire “des pieds de chat”, admirez la formule imagée !).

On avait imaginé une hyper automatisation du process, une sorte de machine géante dans laquelle rentreraient un à un tous les ingrédients, depuis le cuir de l’empeigne jusqu’à la gomme de la semelle. Alors que chaque étape est faite manuellement. On pensait être pris à la gorge par l’odeur de la colle ou de la gomme en surchauffe. Alors qu’un système d’aération procure une atmosphère tout à fait respirable. On rêvait de robots, on croise des hommes.

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Sur deux lignes de fabrication, 160 travailleurs œuvrent conjointement à l’assemblage des chaussons. 60 % d’entre eux sont d’ailleurs des grimpeurs ! Certains sont spécialisés sur des tâches et des machines bien spécifiques, d’autres tournent sur les différents postes. Cette répartition du travail permet d’éviter les troubles musculo-squelettiques, susceptibles de survenir lors de la répétition d’un même geste.

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Encollage des Miura, modèle phare

Plus d’une heure d’assemblage et 3 heures de séchage

On entend souvent les grimpeurs se plaindre du prix des chaussons. Certes acquérir une bonne paire de chaussons, ça représente un budget conséquent. Mais au regard du temps passé à l’élaborer, c’est loin d’être du vol. Sur le simple plan du design et de l’imagination, il faut souvent plus d’un an pour créer un modèle, comme nous l’avait déjà expliqué Pietro dal Pra. Ceci implique un nombre important de prototypes. Et ces prototypes reviennent chers à fabriquer et à tester.

Pietro dal Pra, concepteur de chaussons

Pietro, grimpeur de légende, testeur et concepteur de chaussons

À titre d’exemple, 72 prototypes ont été produits avant d’arriver au Futura dans sa version définitive. Et au-delà de cette phase de R&D, le soin apporté à la fabrication proprement dite et aux choix de matières premières explique aussi en partie le coût. Sans parler du contrôle qualité qui pousse à mettre au rebut toutes les paires qui sortent des chaînes de production avec la plus infime des imperfections ! Chaque étape de fabrication prend du temps. Et ces étapes sont nombreuses !

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Préparation des peaux pour les Skwamas

Citons pêle-mêle la découpe du cuir et l’assemblage de l’empeigne à la machine à coudre, l’emboutissage des pièces de gomme ou des intercalaires qui vont constituer la structure du chausson ou du talon, le collage de la semelle ou de l’enrobage.

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Enrobage en cours pour les Testarossa !

Il y aussi un chauffage de précision qui permet l’adhérence parfaite de la gomme sur le cuir, une phase de séchage, de nettoyage et l’emballage après contrôle qualité… En tout pas moins de 4 heures se seront écoulées entre le moment où un chausson entre en production et celui où il part pour l’entrepôt. Outch !

La Sportiva : un siècle de passion

Du reste, les chaînes d’assemblage nous font plus l’effet d’une ruche que d’une usine, au sens strict du terme. Si l’industrialisation a été pensée pour une optimisation totale du process, la fabrication reste humaine et transpire la passion. Tout se passe comme si on cherchait à rester le plus artisanal possible. Jusqu’au cuir des empeignes, qui est tanné à Trento, non loin de là. Tradition familiale oblige. Car derrière La Sportiva, il y a une dynastie, celle des Delladio ! Une famille qui reste attachée à des produits de qualité !

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Fin de chaîne : le contrôle est impitoyable !

L’arrière-grand-père, Narciso, cordonnier de son état, a fabriqué dès 1928 ses premières chaussures de montagne dans sa petite échoppe, développant un système de laçage innovant qui fit longtemps référence en la matière. Par la suite, son fils, Francesco, a rejoint la compagnie. Et développé dans les années 50 des chaussures de ski en cuir, pour un marché qui devenait de plus en plus technique.

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La troisième génération, celle de Lorenzo, l’actuel patron de La Sportiva, est entrée dans l’affaire en introduisant ses premiers chaussons d’escalade, légers et souples, en avance sur leur époque. Et aujourd’hui sa fille, Giulia fait aussi partie de l’entreprise. C’est elle qui a poussé pour que la marque se diversifie. Et conquiert de nouveaux marchés, comme celui du trail ou du textile. Une véritable histoire de famille, donc !

À l’autre bout de la chaîne

À l’arrivée, quand on voit les meilleurs grimpeurs du monde enchaîner des 9a avec des chaussons La Sportiva aux pieds, on ne mesure pas tout le travail qui aura été nécessaire pour mettre au point leurs armes de précision ! Au cours de notre visite, nous avons aussi eu la chance de voir grimper Adam Ondra, un ambassadeur de la marque. C’était sur le beau mur du Val di Fassa, tout près du siège de La Sportiva, là où vont avoir lieu les prochains championnats d’Europe d’escalade en juillet.

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Tentative de à-vue dans un 8c pour Adam

Totalement impressionnés par son aisance et sa simplicité, bien sûr. Mais aussi très intéressés par tous les retours qu’il pouvait faire sur les chaussons. Et les informations qu’il faisait remonter aux trois designers de la marque : Pietro Dal Pra, Matteo Jellici et Luca Gabrielli. Le sponsoring n’est pas à sens unique. Il permet aussi de faire remonter des sensations. Il aide à la mise au point de nouvelles idées. Et ça n’a pas de prix 😉

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Luca Gabrielli, designer

À ce propos, sort cette année un pro modèle mis au point en collaboration avec Adam, pour les 20 ans du Miura. C’est le chausson phare de la gamme totalement remastérisé. Ce jour-là, ce n’est pas avec ce modèle qu’Adam broyait les prises des 8c. Mais avec un prototype qui avait la couleur des Solution, la précision des Solution, mais n’était pas des Solution ! Ce que l’histoire ne dit pas, c’est comment s’appellera ce prochain chausson de La Sportiva 😉

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Discussion autour du Maverink le chausson conçu pour les ados !

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5 réponses

  1. Leymarie dit :

    Adeptes de la Sportiva depuis des années, et amoureux des Dolomites, l’usine et le shop La Sportiva représentent une étape incontournable pour nous. L’esprit familial de la maison avec une fabrication non délocalisée, la recherche de l’excellence, un environnement exceptionnel pour cette usine qui fait vivre une partie de la vallée nous ont séduits depuis longtemps.

  2. gianluca dit :

    Je suis italien et je n’ai jamais entendu ou lu « piedi di gatto ». Nous, les chaussons, on les appelle « scarpette » (petites chaussures). Êtes vous sûrs de ne pas vous confondre avec l’espagnol?

  3. Rémy dit :

    Merci pour ce super article!
    Pour le prix des chaussons, d’apres un amis qui grimpe en Miura depuis un peu plus de 15 ans, le prix aurait quasi doublé en l’espace de 20 ans. Avez vous remarquez une hausse de prix aussi significative? Merci d’avance.

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