Escalade et vieillissement : fort jusqu’à quel âge ? (1e partie)

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À La Fabrique verticale, nous recevons de nombreux courriers. Parmi ceux-ci, plusieurs questions liées à l’âge et au vieillissement nous sont parvenues : “Peut-on continuer à s’entraîner passé un certain âge ?”, “Progresse-t-on encore quand on est vieux ?”, “Peut-on s’améliorer quand on a commencé sur le tard et qu’on n’est plus de la première jeunesse ?”. Éléments de réponse !

“Plus le gingembre est vieux, dit un proverbe chinois, plus il est piquant !”. Encore faudrait-il s’entendre sur le terme “vieux”, mais cela laisse quand même quelques espoirs aux grimpeurs d’âge mûr, dont nous faisons partie 😉

Pour autant, les faits sont là :

– Passé 30 ans, le corps n’est plus aussi résilient. Il nous faut plus de temps pour récupérer d’une séance et on ne peut plus faire autant d’entorses à l’hygiène de vie que dans nos jeunes années, sans en payer le prix, cash.
– L’insouciance des jeunes années s’est elle aussi éloignée et les contraintes se sont multipliées (rayer les mentions inutiles : travail stressant, conjoint qui ne grimpe pas, études des enfants à payer, hypothèque, kilos accumulés, soucis de santé…)

Alors, n’y-a-t-il que des désavantages à vieillir ? La vieillesse est-elle obligatoirement un naufrage ? L’exemple de plusieurs grimpeurs âgés, comme Jo Montchaussé ou le père d’Edu Marin, Francisco, tend à prouver le contraire. Ils ont largement passé le cap des 60 ans et font encore du 8b+ en falaise ou des blocs très durs en forêt.

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Comment est-ce possible ?

– L’escalade est un sport où on peut continuer à progresser très longtemps, même à un âge avancé, car les facteurs de la performance sont multiples. Il n’y a pas que la dimension physique. Le mental, les choix tactiques, la technique… : autant d’aspects qu’on ne cesse d’améliorer tout au long de sa vie de grimpeur et qui jouent en notre faveur !
– On est aussi plus mature, on a eu le temps de réfléchir à l’escalade et à la place qu’elle prend ou doit prendre dans notre vie. On sait pourquoi on grimpe, ce que l’on veut et ce qu’on ne veut pas. Les aspects motivationnels tiennent donc une place importante dans cette capacité à encore progresser ou à se maintenir à un bon niveau.
– On devient plus patient avec l’âge, ce qui aide aussi sur bien des aspects en escalade. On n’attend plus les résultats immédiats et on est conscient des progrès même minimes que l’on fait, dans une voie par exemple ou à l’entraînement, ce qui renforce la motivation. Cette patience nous aide aussi à mieux gérer l’effort.
– On a plus d’expérience au niveau gestuel. Depuis le temps qu’on grimpe, on a expérimenté toutes sortes de voies ou de blocs, dans des styles très différents. La technique s’est donc théoriquement affinée avec le temps. Là encore, un bon point pour les vieux !

Vous êtes maintenant convaincus qu’on peut rester fort très longtemps et parfois encore progresser, même si on a démarré sur le tard ? Mais sur le plan pratique, quels sont les aspects à prendre en compte en priorité ?

Les objectifs

Qu’est-ce qui est le plus important pour vous ? Être en forme pour votre prochain trip en falaise ? Faire des grandes voies ? Tordre un bloc qui vous résiste ? Quel qu’il en soit, cet objectif se doit d’être bien précis et vous devez vous y tenir, lui consacrer tout le temps dont vous disposez pour l’escalade (qui est souvent plus limité que dans vos jeunes années).

Ne vous dispersez pas ! Ne perdrez pas de temps à vous entraîner dans des compartiments qui ne vous font pas directement progresser pour votre objectif. Ajustez votre entraînement au mieux, en fonction des qualités requises, bref ciblez ce qui est prioritaire !

La technique et la tactique

Soyons réaliste ! Cette période où vous aviez suffisamment de force pour ne pas vous préoccuper de la manière dont vos pieds suivaient votre tronc est globalement derrière vous. Laissons ça aux jeunes chiens fous de la salle 😉 Maintenant, vous avez suffisamment d’expérience pour grimper intelligemment, c’est-à-dire en forçant le moins possible ! Alors profitez-en et continuez à développer ce type de qualité.

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La souplesse

L’enraidissement vous guette ? Vous ne parvenez plus à toucher vos pieds le matin ? Aïe, rien de tel pour se sentir subitement vieux… Pas de panique, la souplesse se travaille à tout âge. Il suffit d’être progressif et surtout régulier ! Reportez-vous aux articles que nous avons déjà consacrés au sujet, comme La voie de la souplesse ou Yoga et escalade.

L’endurance, mais aussi la force

Les études scientifiques montrent que les facteurs neuromusculaires sont ceux qui déclinent le plus avec l’âge, notamment l’explosivité. Ce constat inciterait donc à laisser tomber l’entraînement de la force, pour ne s’intéresser qu’à d’autres qualités, comme l’endurance par exemple, où on arrive plus tard à pleine maturité. Vive les efforts longs, style voie de continuité en falaise ou grandes voies ?

Oui ! Toutefois, ce constat est à pondérer au regard de différents travaux menés sur le sport et le vieillissement. Depuis une quinzaine d’années, des kinés ont pu mettre en place des cycles d’entraînement basés sur la force-vitesse avec des personnes âgées et en mesurer l’impact bénéfique sur leurs performances fonctionnelles. Vous ne muterez sans doute pas en bloc dans vos vieux jours mais cet entraînement en force devrait freiner le processus inéluctable de fonte musculaire qui accompagne le vieillissement…

L’hygiène de vie et les blessures

Avec l’âge, normalement, vous avez dû acquérir une certaine sagesse… Ou pas ! Soyez raisonnables par rapport aux charges d’entraînement et vigilants quant à la récupération. Une bonne hygiène de vie permet bien souvent de limiter la survenue des blessures. Soyez également attentifs aux petites douleurs qui apparaissent après une séance et tenez-en compte !

Vous avez aimé cet article ? Retrouvez très vite la suite, avec le témoignage d’un grimpeur de 70 ans, Jo Montchaussé, qui tient encore plutôt bien les prises !

Photos Dario Rodriguez et Claude Remy

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11 réponses

  1. jouval dit :

    Je me languis de voir la suite je connais quelques papy de vue sainte victoire ciotat moyenne d age 80 ans qui se regalent dans le niveau 6b en tête, mais leur devise avant tout c est le plaisir de grimper voila tout est dit

  2. Dave Stainthorpe dit :

    Bon article, je suis âgé de soixante-cinq ans. i aime toujours monter les blocs de Fontainebleau chaque printemps et à l’automne et la montée des itinéraires sportifs à travers l’Europe l’hiver et l’été. Ne pense pas que je vais envoyer des blocs 8a ou routes 8c maintenant, mais attendez d’envoyer encore des blocs 7a et 8a routes pendant quelques années. Apolgogies pour la langue, je suis anglais.icle

  3. Jerome dit :

    J’ai 46 ans et je fais pas mieux qu’à mes 30 ans en terme de cotation (6c) mais de mon point de vue, je grimpe bien mieux : plus économe, plus réfléchi… Je suis capable de me confronter à des situations très variées… Bref, avec plus de boulot, une gamine, plus de stress (comme détaillé dans l’article) … je prends encore plus de plaisir aujourd’hui à grimper 🙂

    Sinon, une fois, à Cormot, j’ai rencontré une petite équipe de vieux grimpeurs (60-75 ans), le plus vieux tapait du 7a en tête, il avait franchement pas l’air de forcer le bougre 😉

  4. Serge POIZAT dit :

    merci Laurence

  5. Antoine Philippe dit :

    j’ai 62 ans,et je me suis remis à l’escalade il y à 6ans.Je grimpe principalement en solo auto assuré max dans le 6a.Grimper est avant tout un plaisir.je fait également de l’alpinisme à un niveau correct (mont blanc et autre réjouissances).
    Quand j’étais ado il y a déjà très longtemps, mon oncle qui m’a initié à l’escalade et l’alpinisme, me disais que l’essentiel était d’arriver au sommet d’y prendre plaisir et de revenir en bon état.
    Actuellement, je grimpe toujours avec cette motivation en ayant dans un petit coin de ma tête toujours l’envie de progresser et pourquoi pas d’atteindre le 7A .
    Vieillir n’empêche pas de progresser et permet en pratiquant des efforts sportifs de retarder l’usure du temps .
    Bonne grimpe .

  6. jean-marc dit :

    bonjour, je suis un jeunot de 49 ans. Je n’ai le temps de grimper que 1 fois par semaine mais j’essaye d’intercaler 1 voire 2 petites séances de poutre (merci la fabrique pour les conseils) et le niveau semble progresser (très lentement :-)) De plus j’ai l’impression de pouvoir faire des breaks plus longs sans perdre. Donc que du bonheur.

  7. Peiger dit :

    Bravo à tous ces papy et mamy grimpeurs, pour mon compte, à 78 ans, je me contente de grimper dans du 6 max mais je me fais encore un plaisir énorme (montagne, falaise, bloc, salle) à me retrouver avec mes amis de longue date ou mon fils ainé qui a pris goût à l’escalade il y a quelques années.

  8. Olivier dit :

    Bonjour, y a t- il une limite d’âge pour passer le DE d’escalade!
    Salutations
    Olivier de Vincennes

  9. mignon dit :

    parlons alpinisme
    J’ai 74 ans et envie de faire un 7000 himalaya
    J’ai fait cette année le Tchadar trek et j’étais probablement le plus en forme du groupe des trentenaires.
    Qu’en ,pense le corps medical et les alpinistes ,
    est ce utopique ?

  10. SIMON dit :

    Bonjour,

    Je viens de passer les 60 ans et suis toujours surpris de grimper au même niveau qu’à 40 ans et même de dépasser une grande majorité de trentenaire voire plus jeune. A mon sens, le secret est avant tout mental. Il est aberrant de conseiller de grimper en deçà de ses possibilités et de ne pas faire d’efforts violents. La longévité tient d’abord en la capacité de se « faire mal » et de tenter et retenter des voies à son max

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