Jacky Godoffe, escalade, ouverture et consulting

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Spécialiste du bloc et bleausard de haut-niveau, Jacky Godoffe a publié, il y a quelques années, un livre sur l’ouverture, fort de son expérience en compétition internationale. Dans le prolongement de cet ouvrage, My key to route setting, il se propose aujourd’hui d’accompagner les gérants de salles d’escalade pour optimiser leur gestion de l’ouverture via un site web. Rencontre.

Vous êtes-vous déjà demandé comment étaient conçus les blocs que vous grimpez à la salle ? Qui les crée et dans quel esprit ils sont ouverts ? Déjà, dans le livre My key to route setting, que nous vous avions présenté, Jacky Godoffe avait partagé ce qu’il appelait ses “clés” pour l’ouverture. Cette bible, presque épuisée aujourd’hui, est encore disponible en version digitale sur le site Jackygodoffe.com en en faisant la demande.

Aujourd’hui, Jacky Godoffe va plus loin, en se proposant de se mettre directement en relation avec les patrons de salles et de réseaux, pour les aider à optimiser les ouvertures. Grâce à ce service de consulting, il espère pouvoir partager une expérience de plus de 30 ans. La Fabrique verticale a eu envie d’en savoir plus.

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Bonjour Jacky, peux-tu te présenter en quelques mots, pour nos jeunes lecteurs qui ne te connaitraient pas encore ?

Jacky Godoffe :

Depuis 1992 où j’ai amorcé un virage de l’éducation nationale à Jeunesse et sports via le professorat de sports, j’ai pris conscience que j’avais trouvé ma voie à travers celles du fantastique terrain de jeu de la grimpe qui n’a cessé d’évoluer à travers le prisme des salles et autres murs de compétition.

J’ai eu la chance de traverser ces trois décennies en surfant sur une dynamique incroyable qui nous a conduit d’une activité marginale aux portes de l’olympisme avec en toile de fond un développement exponentiel des salles un peu partout.

La chance aussi de pouvoir profiter d’un laboratoire incroyable à Fontainebleau, d’abord ses blocs naturels puis ensuite ce centre d’entrainement devenu depuis Pôle France qui sont uniques au monde, inspirants et propices à expérimenter sans cesse.

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La chance enfin d’avoir pu construire un pont entre mes fonctions officielles et ma passion pour la grimpe qui n’a pas pris une ride. J’aurais mauvaise grâce de me plaindre à 64 balais, la génétique a été avec moi bien généreuse. Je peux donc continuer. Certes un peu au ralenti au regard de mes capacités passées. Mais je peux ne pas me contenter de regarder dans le retro, c’est top.

Dans le prolongement de ton livre sur l’ouverture, tu as mis en place un service d’audit et de consulting pour les salles d’escalade. Peux-tu nous en dire plus ?

Jacky Godoffe :

J’ai toujours envie de tenter de nouvelles choses, sans présager nécessairement d’ailleurs de leur succès. Au crépuscule de la vie du bouquin que j’avais écrit sur l’ouverture avec la collaboration précieuse de mon ami Tonde, j’ai voulu explorer une nouvelle dimension.

J’ai toujours pu me déplacer à l’étranger pour en même temps prendre la température de ce qui se passait dans notre microcosme et ainsi pouvoir en même temps donner, recevoir, partager, progresser. Quatre notions fondamentales selon moi pour se sentir vivant et quelque part un peu utile.

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Tout cela m’a permis d’acquérir une certaine expertise dans l’ouverture, le management et d’avoir un panorama global de ce qui se passe un peu partout. Mais les effets collatéraux du Covid-19 ont mis un coup de frein drastique à nos fonctionnements passés. Ne pouvant me satisfaire de cet arrêt sur image, j’ai voulu voir ce que je pourrais faire, pas ce que je ne pouvais plus faire.

Pourquoi pas proposer, comme en entrainement, du coaching à distance ? Mais ciblé sur l’ouverture et l’évolution des terrains de jeux des salles ? Je sais que mon expérience est plutôt liée au très haut niveau puisque j’ai rarement voire jamais ouvert dans des salles privées.

Mais si le public est différent, les process de management sont identiques pour fabriquer un environnement propice à la créativité et au travail d’équipe. La multiplicité des approches possibles de l’ouverture également. Ce qui peut éviter, à terme, des routines usantes et peu excitantes pour les équipes d’ouvreurs. Donc par extension aux clients sur lesquels cela se répercute inévitablement.

Le contexte sanitaire actuel n’est pas très favorable aux ouvreurs, avec l’annulation de la plupart des événements et la fermeture des salles. Quel impact sur ton activité ? Y vois-tu, malgré tout, des raisons d’espérer et des opportunités de travailler différemment ?

Jacky Godoffe :

L’impact sur mon activité principale n’est pas énorme. En charge du Pôle France de Fontainebleau, je peux toujours fonctionner dans ce cadre, dans la mesure où les athlètes de haut niveau continuent leur entrainement.

Certes il manque l’image globale dans la mesure où se déplacer est devenu très problématique. Ce chaînon essentiel me manque tant la stimulation est essentielle pour rester dans le game. Avec cette crise actuelle, j’ai préféré opter pour que la fin (même provisoire) d’une histoire soit le début d’une autre.

Des solutions valent mieux que de fausses excuses. Alors j’ai décidé de prolonger la vie de ce bouquin à travers un site. Il est dédié à fabriquer des ressources et les mettre à disposition des ouvreurs. Et par extension des patrons de salle.

En noir et blanc, en anglais et favorisant le lien de personne à personne, j’ai gardé le tempo qui me correspond le mieux et grâce à la compétence du compagnon de ma fille et d’un de ses amis spécialiste en création de site web, on a mis en ligne ce site jackygodoffe.com.

Depuis le mois de novembre, plutôt par le bouche à oreille dans le milieu, j’ai pu commencer à en apprécier la pertinence et les perspectives. Je travaille avec trois salles à Hong Kong et deux ouvreurs aux USA. J’ai pu commencer à élaborer des outils pour répondre à leur problématique personnelle.

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Pour l’instant c’est largement suffisant pour tester ce type de fonctionnement. Avec le virus, les moyens financiers diminuent de partout. D’un autre côté chacun a du temps pour réfléchir, innover, se former. De toutes manières la logique économique n’est pas mon moteur. Même si elle se doit d’exister d’une certaine manière.

Je trouve plutôt intéressant de profiter de ce moment hors du cours normal de nos existences pour faire le tour des questionnements. Et imaginer quels outils pourraient y répondre. Je vais sans doute proposer bientôt une version numérique de mon bouquin. Un moyen de communiquer ces nouvelles ressources que je mets en place au fil des expériences de consulting.

Honnêtement, je n’ai pas encore la certitude de la pérennité du distanciel. Mais le leitmotiv qui m’habite depuis toujours, c’est la force que peut donner le doute. On ne doit pas se contenter d’attendre des opportunités. Car il faut les créer sans cesse. On en apprendra toujours quelque chose. Et j’ai encore soif d’apprendre.

Les shapes (et les ouvertures qui en découlent) sont en perpétuelle évolution. Quelles sont les tendances actuelles en terme de prises/d’ouverture ? Quels sont les prises et les profils qui t’inspirent le plus actuellement ?

Jacky Godoffe :

J’ai eu la chance de traverser les époques et j’ai pu apprécier chaque fois l’excitation de pouvoir mettre en synergie avec une équipe la créativité, les objectifs qu’on se donne, les cibles qu’on vise en terme de public, avec l’évolution des prises.

Je crois que ce qui m’inspire depuis les débuts, c’est l’absence de routines liée notamment à cette évolution quasi perpétuelle. Même si finalement on fait toujours la même chose c’est-à-dire fixer des prises sur des panneaux, la diversité reste pour moi un critère fondamental.

Aujourd’hui, il y a une nette prédominance des prises macros à la sauce double grain. Mais ça, c’est un effet de mode actuel, qui sera mis au placard tôt ou tard. Il y a encore tant à faire ! D’ailleurs, les marques, souvent montées par des ouvreurs experts eux-mêmes, rivalisent d’audace et de créativité pour produire de nouvelles prises qui bousculeront les standards actuels.

Je parierai bien sur le développement notamment des formes convexes. Tout en ayant bien conscience de n’avoir pas ces compétences de shapeur en stock. Je reste profondément inspiré par ce que je n’ai jamais encore utilisé. Ou complétement oublié. Revisiter le passé à la sauce moderne fera sans doute partie des futurs challenges de shapeur.

Tu travailles beaucoup à l’international et tu es en relation avec des ouvreurs dans d’autres pays. Culturellement, y a t il de grosses différences d’approche dans l’ouverture, en Europe, par rapport aux US ou à l’Asie ?

Jacky Godoffe :

Il me semble qu’il y a de moins en mois de différences désormais entre les styles d’ouverture en fonction des pays. La multiplication des opportunités pour chacun de suivre ce qui se fait en compétition, et le développement exponentiel via les réseaux sociaux de partager des vidéos d’entrainement a lissé les différences qui existaient il y a quinze ans.

Ce sont le plus souvent les moyens qui limitent. Et la possibilité, pour certains pays, de se doter des mêmes outils que ce soit en terme de structures et de prises et également la possibilité de fabriquer de l’expérience d’ouverture.

Mais il me semble que tout le monde tend vers le même objectif. C’est-à-dire coller à la température ambiante donné par la communauté internationale… Vitesse force swing seraient trois mots qui me viendraient à l’esprit. Avec en toile de fond la prise de risque.

L’ouverture est à la fois une activité physique et artistique, dans la mesure où elle laisse la part belle à la dimension créative. A tes yeux, comment la contrainte stimule-t-elle la force créatrice ?

Jacky Godoffe :

Mettre en phase la créativité personnelle, l’enrichissement collectif, avec des objectifs, le public auquel on s’adresse ainsi qu’une singularité est une constance incontournable que les ouvreurs ont en ligne de mire depuis les premières compétitions.

Chaque fois c’est le même deal face aux pages blanches. Quelle est notre cible ? L’atteindrons nous ? Et quelles leçons pourrons nous en tirer pour les suivantes ? Parce que bien évidemment on ne sera jamais toujours parfaits. Donc il faut accepter les imperfections comme postulat de départ. La réussite n’est jamais finale. L’échec n’est jamais fatal. Ce qui compte c’est la capacité à comprendre et réagir.

Oui résolument la contrainte stimule la créativité. Pour moi il y a juste une limite à mettre dans la dimension artistique. Elle ne peut exister que dans le domaine de définition qui nous est assigné et qui peut être bien différent… Une compétition… Une ouverture pour une salle… Un entrainement… Car la liste est loin d’être exhaustive.

La fantastique richesse de ce job est que les contraintes qu’on nous donne peuvent varier. Donc nous devons nous y adapter. Cette alchimie reste encore à ce jour loin d’être une science exacte. Et il me semble évident qu’elle ne le sera jamais vraiment.

Pour ne pas conclure, je dirai que ce qui me fait vibrer par-dessus tout depuis toujours, encore aujourd’hui et j’espère un peu demain, c’est à chaque fois l’histoire humaine que ça génère. Et les émotions incroyables que ça distille. Je mesure chaque jour la chance que j’ai de pouvoir vivre et partager de tels moments !

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