Ohmega Edelrid : un point de bascule pour l’assurage ?

Experts ou débutants, on est tous confrontés aux mêmes difficultés lorsque nous devons assurer un(e) grimpeur(euse) plus lourd(e) que nous. En particulier dans les premiers mètres d’une voie, lorsque le risque de retour au sol ou de collision est le plus grand. Le Ohmega d’Edelrid est un dispositif qui permet de gérer cette situation. Nous l’avons testé à La Fabrique verticale.

En 2018, une première réponse est proposée par Edelrid. La marque crée le Ohm, un assistant à l’assurage ou compensateur de poids. Bien que non dépourvu d’inconvénients, notamment pour donner du mou, cet appareil constitue alors une première solution fort utile aux cordées de poids très différents.

Fin 2025, c’est un nouvel appareil qui est proposé par Edelrid, le Ohmega. De taille plus réduite mais surtout plus versatile et abouti en termes de fonctionnement. Étant le public cible typique de ce genre d’appareil (20 à 25 kgs de différence entre Laurence et moi-même), c’est donc avec un grande intérêt que nous avons démarré un test au long cours, afin de pousser le Ohmega jusqu’à ses limites !

Ohmega : le « petit » dernier d’Edelrid

Le Ohmega est donc un assistant au freinage qui a été conçu dans le but de réduire les forces s’exerçant sur la personne qui assure en cas de chute de sa ou son partenaire. L’appareil se fixe au niveau du premier point d’ancrage de la voie. Et lors d’une chute il augmente, grâce à l’activation d’une came, le frottement de la corde en fonction du niveau de freinage réglé. C’est la présence de cette came qui permet à l’Ohmega d’être « actif », même lors d’une chute qui surviendrait entre le premier et le deuxième point de la longueur.

Les pictogrammes d’aide au réglage : il faut de bons yeux

Découverte

Lors du déballage, une évidence s’impose. Le Ohmega est beaucoup moins encombrant que son prédécesseur. Le corps est en acier, recouvert d’une couche de plastique épaisse. Qui semble a priori superflue. Mais qui pourtant accroît de façon notable le confort d’utilisation, en réduisant le bruit lorsque le Ohmega frotte sur le mur ou le rocher.

À l’instar du Pinch, le Ohmega comporte une flasque, que l’on va déverrouiller en pressant une « gâchette » métallique. On découvre alors le cœur de l’appareil, constitué d’une roue et d’une came, mobile.

Le Ohmega est par ailleurs pourvu d’une sangle type dégaine en HPME (équivalent Dyneema®). C’est elle qui permet de le relier au premier point d’ancrage (plaquette ou coinceur), via un mousqueton. En sélectionnant le point de sortie de la sangle par rapport à son axe de fixation sur l’appareil, on effectue le réglage du niveau de compensation.

Sur le plan pratique, on fait coulisser la sangle d’un côté ou de l’autre pour ce qui est des réglages 10 et 30 kg. Cela modifie le bras de levier lors des chutes et modifie donc la valeur de freinage. Pour ce qui est du réglage intermédiaire, l’usage le plus courant consiste à faire une tête d’alouette. C’est un petit peu laborieux en raison de la dimension même de la sangle.

Contrepartie des dimensions réduites de l’appareil. Les indications essentielles comme le sens d’introduction de la corde sont inscrites en tout petit. Et elles sont uniquement visibles lorsque la flasque est ouverte. C’est suffisant mais requiert d’être parfaitement vigilant lors de cette étape.

Installation

Le plus souvent, la personne qui va grimper en tête introduit sa corde dans l’appareil avant de démarrer. Puis va ensuite placer le Ohmega sur le premier ancrage de la longueur comme pour une dégaine classique.

On remarquera que la sangle est très courte. C’est une nécessité pour que le dispositif fonctionne correctement. Il faut en effet que la corde forme un angle au niveau du Ohmega. Ce qui, en falaise classique est permis par une légère prise de recul de la personne qui assure. Ce qui peut être plus délicat à réaliser si on est en grande voie.

Edelrid stipule que l’on peut emporter le Ohmega sur tout type de terrain. Il est donc possible de l’utiliser en escalade trad. Dans ce cas, il faut faire en sorte que le coinceur sur lequel on clippe le Ohmega travaille de façon multidirectionnelle.

Démarrage de la voie. Le Ohmega, clippé au harnais, sera placé sur le premier ancrage

Quel réglage choisir ?

C’est un des aspects du fonctionnement de cet appareil qui demande un peu d’expérience. Qui requiert de faire des tests et prendre des décisions en fonction des situations.

Le Ohmega dispose de 3 niveaux de réglage qui correspondent à une réduction de poids de la personne qui grimpe de 10 kg (marquage +), 20 kg (marquage ++) ou 30 kg (marquage +++). Attention ! Ces valeurs de compensation sont des valeurs minimales théoriques, établies pour des cordes neuves de 8,6 mm. En pratique, plusieurs facteurs les font évoluer.

  • Tout d’abord le diamètre de la corde utilisée. L’appareil est homologué pour des cordes allant de 8,6 à 10,5 mm. Le freinage augmente en fonction du diamètre.
  • Le niveau d’usure de la corde s’ajoute au facteur précédent. Avec une corde de 9,4 mm un peu usée et peluchée, le freinage sera supérieur par rapport à cette même corde, neuve.
  • Enfin, il faudra aussi prendre en compte l’ensemble des frottements qui s’exercent sur la longueur de la chaîne d’assurage.
Position réglage minimal : Seul, un « + » est visible par l’assureur lorsque le Ohmega est en place
Réglage intermédiaire : 2 « + » sont visibles
Réglage « 30 kgs » : 3 « + » sont visibles lorsque le Ohmega est clippé sur le premier point

Pour ce qui nous concerne, Laurence et moi, nous avons fait le choix de régler le Ohmega à un niveau de freinage minimal. Et, passant d’une corde de 9,4 mm à une corde de 8,6, il ne nous a pas paru nécessaire de modifier le réglage, quand bien même Laurence pouvait ressentir une différence dans la quantité de freinage procurée (réduction) lorsque je chutais.

Assurer avec le Ohmega

Un changement de paradigme

Cas de figure 1 : sans compensateur

Que se passe-t-il « classiquement » lorsqu’un assureur léger assure sans système de compensation et que le leader, plus lourd, chute ? Il est brusquement décollé du sol et entraîné vers la première dégaine. Il y a donc une dynamisation « naturelle » de la chute. Ce qui est plutôt confortable (pour le grimpeur), lorsque le vol survient en fin de voie.

Cependant le risque est très fort en début de voie : l’assureur peut se retrouver « encastré » dans la première dégaine et le grimpeur faire un retour au sol. L’adaptation pour l’assureur consiste donc à se placer assez près du mur lorsque le grimpeur se trouve entre le premier et troisième point (en moyenne) de sorte à limiter au maximum la longueur de corde.

Près à grimper… puis voler avec le Ohmega !

Cas de figure 2 : avec compensateur

Avec le Ohmega, l’assureur prend plus de recul par rapport à la paroi. Lors de la chute, et si le réglage est judicieux, il est entraîné vers l’avant mais grâce au compensateur, cette traction est atténuée et donc beaucoup plus facilement contrôlable.

En quelque sorte, le Ohmega « horizontalise » la dynamisation de la chute par l’assureur. Et le freinage octroyé réduit énormément le stress de celui-ci dans les premières parties de voie. Il faut bien avoir en tête que le Ohmega ne se substitue pas à l’assureur ! Tout le succès d’un assurage réussi découle bien sûr d’une bonne « coordination » entre le freinage du compensateur et la mise en action de l’assureur mais aussi du réglage.

Des essais sont donc nécessaires, de même qu’un apprentissage, afin de pouvoir anticiper sur la force de freinage que procurera l’appareil.

Et pour le grimpeur ?

Pour le grimpeur, l’usage du Ohmega implique aussi la construction de nouveaux repères.

Me concernant par exemple, avant que nous n’utilisions un compensateur, j’avais intégré inconsciemment une longueur de chute et un certain niveau de freinage (très « smooth ») lors de mes – nombreux – vols. Il m’a fallu intégrer des nouveaux paramètres. Chutes moins longues et freinage plus marqué.

Le Ohmega au quotidien

Utiliser le Ohmega au quotidien conduit, quoique cela puisse paraître contre-intuitif, à se réapproprier l’assurage. L’assureur doit redevenir actif et ne plus s’en remettre seulement à son Pinch ou autre système autobloquant pour enrayer et dynamiser la chute de son partenaire.

Mais une fois bien maîtrisé, l’usage du compensateur de poids ajoute indéniablement une dose de sécurité et de sérénité dans les cordées à forte différence de poids.

Et pour la petite histoire nous avons même pu observer des cordées de poids équivalents qui l’utilisent en routine. Lors de la chute du leader, l’assureur « déclenche » juste un déplacement vers l’avant pour dynamiser de façon optimale. Et lorsque le grimpeur saucissonne, le Ohmega réduit la tension sur le dos de l’assureur.

Seule petite contrainte, c’est lorsque les deux membres d’une cordée aux poids différents font des runs dans une même voie, puisque cela nécessite d’intervertir le Ohmega et la première dégaine à chaque essai (même si un hack est possible ; voir plus loin). Ce n’est cependant pas insurmontable.

Le Ohmega, clippé sur le premier point de la voie

Par ailleurs, il ne faut pas considérer l’usage du compensateur comme devant être forcément systématique. Si vous grimpez par exemple dans des voies très longues, où les risques de chute en début de voie sont réduits, les cordes actuelles et leur faible force de choc offrent, lorsque les chutes ont lieu haut dans les voies, des niveaux de dynamisation très confortables.

Enfin, il faut mentionner que dans un contexte d’enseignement, avec des grimpeurs évoluant en moulinette, et que les cordées sont déséquilibrées, un compensateur de poids sera l’arme absolue pour que s’établisse le lien de confiance entre grimpeur et assureur !

Le Ohmega comme « unique » système d’assurage ?

À réfléchir sur le fonctionnement du Ohmega, on pourrait rapidement arriver à l’idée que cet appareil pourrait très bien se suffire à lui-même pour assurer un leader. Tout se passerait comme si on fixait en quelque sorte le compensateur de poids « en tant que » dispositif de freinage, sur le premier point et qu’on contrôlerait ensuite les chutes en tenant « simplement » la corde à la main. Cette hypothèse reste toutefois hasardeuse car elle supposerait que le premier point des voies serait par définition inarrachable, ce qui peut ne pas être le cas.

Nous avons toutefois testé le concept avec Laurence, en salle, où les hauteurs de chute restent modestes. [Attention : cette méthode n’est pas avalisée par le fabricant ! ]

Le dispositif était le suivant : Lorsque Laurence démarrait une voie, elle plaçait le Ohmega dans la première dégaine. Quant à moi, j’utilisais le Pinch, non plus comme système de frein « principal’ mais comme un back-up en quelque sorte.

Le principe de mon assurage était le suivant : Je ménageais une boucle de mou conséquente au dessus du Pinch Et lors des chutes de Laurence, je dynamisais en contrôlant le freinage directement avec la main gauche (gantée !).

Ce que l’on pouvait y trouver comme avantage : des chutes enrayées avec une grande douceur.

Mais cette technique présente plusieurs limites voire dangers : Comme le contrôle ne se fait qu’avec la main située au-dessus du Pinch, elle est difficilement applicable en cas de chutes longues, où l’énergie du grimpeur est beaucoup plus grande. Quant à ce qui se passe si par mégarde on perd le contact direct avec la corde lors des manipulations (ce qui arrive facilement avec les cordes fines)…

Ce n’est donc pas une méthode que l’on peut conseiller !

Le Ohmega dans son usage classique : un allié précieux pour les chutes en début de voie !

Le Ohmega au long cours

Comme tous les gestes en lien avec la sécurité, l’assurage repose sur quelques piliers fondamentaux. Outre une vigilance permanente et l’usage de matériel efficace, aussi simple que possible, la parfaite maîtrise dans l’usage de ses outils en fait partie.

Utiliser le Ohmega passe par un apprentissage. De son fonctionnement, de son comportement selon les conditions et configurations.

C’est un outil qu’on peut qualifier de supplétif et qui augmente grandement les conditions de sécurité pour le grimpeur et l’assureur lorsque les différences de poids sont marquées.

Les conditions mêmes de son fonctionnement, en particulier le rôle que joue le diamètre de la corde utilisée, les frottements variables dans la chaîne d’assurage, nécessitent pour la cordée de reconsidérer régulièrement les réglages et de s’adapter. Cela peut sembler a priori complexe. Mais au final, cela nous paraît plutôt salutaire que de s’interroger, lors de chaque session, sur le fait d’assurer la vie de son binôme de la meilleure façon possible.

Le Ohmega a ainsi trouvé une place permanente dans notre sac d’escalade. Petit à petit, nous construisons des repères de plus en plus précis et en affinons l’usage. Et comme on aura la possibilité d’en changer la sangle une fois qu’elle aura fait son temps, il y a fort à parier que nous l’utilisions encore longtemps.

Après quelques mois d’utilisation, un début d’usure, normal, sur la sangle.

Conclusion

« The beginning of a new era”. C’est ce qu’on peut lire sur cette illustration du Ohmega sur le site d’Edelrid. Et c’est l’idée force qui accompagne le lancement de ce nouvel appareil.

Après plusieurs mois d’utilisations, d’expérimentations, il y a deux impressions qui se dégagent, apparemment divergentes mais synonymes toutes deux de plus de sécurité.

Cet appareil procure plus de confort, tant au grimpeur qu’à l’assureur lors de chutes « à risque ». Mais il ne déresponsabilise pas pour autant l’assureur ; il invite au contraire ce dernier à être plus actif, à prendre des décisions (réglage, position, activité) qui sont toujours le fondement de ce que doit être un fonctionnement normal dans notre activité, en montagne, bien-sûr, mais aussi en falaise, où l’on est conduit à chaque instant à évaluer les risques afin de choisir la meilleure solution.

 

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3 réponses

  1. Kad dit :

    Le Ohmega est vraiment game changer par rapport au ohm pour avoir du mou ?
    Outre le fait que le ohm a tendance à sécher un peu en cas de chute je voulais savoir si pour avoir du mou c’était mieux. Trop souvent le Ohm V1 se bloque et rend le clippage encore + fatiguant

    • Olivier dit :

      Oui carrément. Par rapport au Ohm, c’est le jour et la nuit, grâce à la roue qui fluidifie la circulation de la corde.
      A posteriori, je pense que j’ai oublié de mentionner cet aspect dans l’article, justement parce que je n’ai jamais ressenti de difficulté à tirer le mou. C’est comme si c’était une dégaine classique.
      Pour ce qui est de l’amortissement des chutes, oui c’est moins smooth que sans. Mais lorsque la chute intervient en début de voie, au final je préfère être un peu séché que de risquer de perdre mes chevilles en revenant au sol.

      • Kad dit :

        Le tirage de mou était ma plus grand question et mon plus gros problème avec le ohm.
        Je préfère être légèrement séché que finir au sol également mais le ohmega a l’air d’apporter + de souplesse de ce que j’en ai vu.

        Je vais m’en procurer un je pense.
        Merci

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