Bloc en salle : et si on parlait sécurité ?

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Les salles de bloc fleurissent partout en France. Et la pratique se démocratise. Pour autant, pour beaucoup de néo-pratiquants, la culture escalade et la conscience des problèmes liés à la sécurité restent une préoccupation très secondaire. Voire inexistante. La Fabrique verticale fait le point sur l’accidentologie en salle de bloc. Et sur les bonnes pratiques à adopter, pour limiter les risques.

Vous avez été nombreux à réagir, la semaine dernière, à notre article lié aux problématiques de sécurité dans les salles à corde. Car l’accidentologie pose question. Et elle est directement en lien avec deux facteurs humains, l’inattention et l’inexpérience. Si les accidents en salle à corde monopolisent les débats, car les conséquences sont souvent plus graves, les accidents en salle de bloc existent – eux aussi – bel et bien. Et méritent qu’on y consacre un article de prévention.

Accidents en salle de bloc, petit tour d’horizon

La présence de tapis, dans les salles de bloc, permet de limiter l’impact des chutes. C’est un fait, l’environnement est beaucoup plus “sécure” en indoor qu’en extérieur. Car dehors, les zones de réception peuvent s’avérer mauvaises (sol en pente ; épaisseurs de crashpads insuffisantes ; crashpads non jointifs avec présence de racines ou de blocs). Et surtout, les blocs peuvent être beaucoup plus hauts.

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Pour autant, et malgré un environnement plus aseptisé, les accidents en salle de bloc se multiplient. Citons pêle-mêle, les luxations d’épaule, les entorses de la cheville et du genou, les entorses des doigts, poignets ou coudes, toutes liées à des mauvaises réceptions sur les tapis… Car c’est sans aucun doute un effet pervers de la présence des tapis. Les grimpeurs sont moins vigilants et se comportent comme si le matelas de réception allait absorber la chute à 100%.

Les grimpeurs engagent donc les mouvements à fond, sans se préoccuper de la trajectoire que va prendre leur corps quand ils vont chuter. Sans penser à garder un minimum de tonicité au moment de l’impact. Pire, sans vérifier que personne ne stationne à proximité, sur les tapis ou dans un bloc très proche du leur… Bref, pour résumer, complètement en vrac !

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La chute en salle de bloc

En bloc, la présence des matelas de réception facilite grandement la gestion de la sécurité. Il faut cependant bien les étudier avant de grimper. Car ils sont plus ou moins denses selon les salles. En effet, étant donné les hauteurs d’évolution, les chutes, la plupart du temps involontaires, peuvent s’avérer violentes.

Il faut donc apprendre à chuter ! C’est d’abord en effectuant des chutes volontaires que vous allez vous familiariser avec cet aspect de la pratique. Entraînez-vous d’abord à faible hauteur, puis de plus en plus haut.

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Lorsque la chute survient à faible hauteur, il est judicieux, si vous en avez le temps, de fixer visuellement la zone d’atterrissage. Puis de pivoter d’un quart de tour afin de ne pas vous réceptionner face au mur. En cas de déséquilibre avant, cela évite d’aller taper le bloc tête première. Pliez les jambes à la réception pour amortir l’impact.

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Si la chute se produit en haut d’un bloc, il devient beaucoup plus difficile de l’amortir à la force des cuisses. La meilleure technique consiste donc, au moment où les pieds touchent le tapis, à s’asseoir. Puis rouler en arrière, comme le font les judokas. Il est possible, à l’instar de ceux-ci, de frapper sèchement le tapis avec les bras lors de l’impact.

La parade, une technique à maîtriser pour plus de sécurité

Si vous grimpez en bloc à plusieurs, la maîtrise de la parade est un plus – qui devient essentiel quand vous grimpez dehors. En fonction de la hauteur depuis laquelle chute votre partenaire, vous allez l’assister de deux façons différentes :
– Quand le grimpeur évolue à faible hauteur, placez-vous derrière lui, les mains à hauteur de son bassin. Au moment de la chute, vous le saisissez fermement. Et accompagnez l’amortissement.

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– Dès que le grimpeur n’est plus à portée (mais qu’il n’est pas trop haut tout de même, car au-delà d’une certaine hauteur, la parade devient illusoire), vous allez tenter de freiner sa chute autant que faire se peut, tout en plaçant le grimpeur dans la meilleure position d’atterrissage. Placez-vous un peu en arrière par rapport à l’aplomb du grimpeur, mains levées. Au moment de la chute, votre action dépendra de la position du grimpeur :
– s’il chute debout (dans un bloc vertical par exemple), placez vos mains sous ses fesses quand il arrive sur vous. Cela aura pour conséquence, outre le fait de réduire la vitesse, de placer le grimpeur en position assise. Lors de l’impact avec le sol, il pourra « naturellement » rouler en arrière ;
– si le grimpeur chute d’un dévers, il faudra plutôt le parer au-dessus du centre de gravité, au niveau du dos, afin d’éviter qu’il se retourne.

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Pour finir

Lorsque vous parvenez en haut d’un bloc, ne sautez pas systématiquement. Il est parfois possible de sortir par le haut et redescendre par une voie facile. Vous pouvez aussi désescalader un peu avant de vous lâcher. Sur le long terme, votre dos et vos genoux vous diront merci ! Et quand il y a beaucoup de monde dans la salle, ne circulez pas sous les blocs et écartez-vous : chute de grimpeur possible !

Cet article est extrait du livre Escalade en salle, aux Éditions Glenat, en vente ici

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9 réponses

  1. Jérôme dit :

    Très bon article (as usual !)…
    Pour l’anecdote, suite à un petit souci n’ayant rien à voir avec l’escalade, je me suis rendu récemment aux urgences de l’hôpital de la Croix-St Simon à Paris situé à quelques encablures des 2 salles Arkose de Nation et Montreuil. Lorsqu’au détour d’une conversation, l’urgentiste qui me soignait a appris que je pratiquait l’escalade, il s’est emporté : « Vous n’allez pas à Arkose, j’espère ! A cause d’eux, on a désormais notre lot quotidien de traumatismes, chevilles tordues et de luxations en tout genre »…

    • Redg dit :

      Très bon article en effet!
      Je confirme les dires de l’urgentiste, et il est certain que cette explosion de néo-pratiquants, peu ou même carrément pas sensibilisés, engendre une augmentation significative des risques de blessures pour eux et pour les autres grimpeurs.
      La prudence par rapport aux zones de chute est très rarement respectée. Le stress et de la gène que cela provoque sur la personne qui grimpe peut le mettre bêtement en danger. Se blesser par négligence est une chose, mais blesser un autre grimpeur est irresponsable. Pour l’anecdote, cela me rappel avoir déjà vu quelqu’un au sommet de son art (vestimentaire) grimper dans une salle bien pleine et passer sous les dévers avec une casquette vissée sur la tête. Champ de vision parfait quoi…
      Cette belle pratique mérite d’être expérimentée par tous, mais l’âme de cet art, respectueux et humble doit être préservée.
      La confusion avec une salle de fitness se fait malheureusement de plus en plus sentir mais je ne désespère pas de voir un jour les salles de bloc prendre le temps nécessaire à chaque inscription de transmettre la bonne parole…

      • chiff dit :

        Je confirme, à chaque fois que je suis à Arkose Nation (c’est-à-dire plusieurs fois par semaine les bonnes semaines), je dois faire « la police » avec les débutants pour leur apprendre à surveiller, ne pas rester devant les lignes blanches de sécurité, ne pas commencer un bloc sur le même secteur que quelqu’un d’autre, etc.
        On est plusieurs à régulièrement le faire, et c’est important de continuer à essayer de « former » à la sécurité les jeunes générations, surtout dans des salles aussi exiguës et remplies. Mais je ne pense pas que le bénévolat soit suffisant aujourd’hui, pour ce que j’en vois et entends.

        Du coup je suis preneur des idées/solutions que vous avez tous pu tester pour « éveiller » efficacement les débutants à la sécurité.

        PS : quand je dis débutant, je parle de gens qui commencent, pas de niveau. Certaines personnes ont un niveau modeste mais sont parfaitement au point sur la sécurité, et d’autres ont un niveau pas dégueu (car sportifs par ailleurs) mais font n’importe quoi avec la sécurité.

  2. Greg d dit :

    On pourrait aussi sensibiliser les parents qui emmenent leur jeunes enfants( 0-5 ans) en salle et leur rappeler le grand danger qu’ils encourent a laisser « traîner » leurs progénitures sur les tapis. De graves accidents se produiront inévitablement ! Et faute de surveillance permanente, je pense que les jeunes enfants n’ont pas leur place.
    Et je suis moi même père de 2 marmots. . .

  3. Colgate dit :

    Il ne faut pas seulement rejeter la faute aux grimpeurs. Ce qui m’énerve le plus c’est les parents qui laissent courir les enfants partout dans la salle et aux pieds des voies. A chaque séance à karma on frise la cata avec des grimpeurs qui sautent du haut des voies alors qu’un petit passe à fond la caisse sans respecter une distance de sécu. Il y a quelques semaine, un copain est tombé sur la tête d’un ados qui ne devait pas ce trouver là. Résultat il est parti pleurer dans son coin mais heureusement plus de peur que de mal.

    Sinon je ne comprend pas pourquoi on ne met pas une ligne de couleur sur les tapis pour délimiter une zone de sécu un peu comme sur un quai. Bon mais avant tout il s’agit de bon sens.

    Ensuite, certaines ouvertures sont limites avec des voies à grosse prises qui croisent des voies plus finaudes où tu risques de t’empaler en cas de zippette.

    Sur ce bonne grimpe chez Youmbao!

    • Redg dit :

      -> L’origine du problème étant toujours lié au manque de sensibilisation et de responsabilisation.
      Selon moi, tracer des lignes au sol revient à contribuer au phénomène croissant du « Mouton de Panurge », d’autant plus qu’il arrive assez souvent qu’une chute mal gérée ou trop dynamisée sorte des lignes. « Prudence est mère de sûreté »

  4. Camille dit :

    C’est sûr, sensibiliser et responsabiliser les gens c’est important, mais perso je trouve que les gérants de salle sont aussi à blâmer. C’est trop facile d’être content d’être attractif tout en entassant les gens sur des tapis (parfois en piteuse état d’ailleurs), dans des zones franchement exiguë, de ne rien leur dire de particulier sur la sécurité alors même qu’ils vous disent être débutant, de mettre trois panneaux et une ligne blanche pour vous dédouaner et après de dire que les gens sont inconscients des risques et font n’importe quoi. Oui ils font n’importe quoi et parfois sont sacrément stupide ou tête en l’air mais bon… c’est pas eux qui ont construit la salle et ils font aussi confiances aux gens qui leur renvoient l’illusion d’une sécurité optimale.
    Parce que j’ai aussi vu des jeunes en salle embarquer d’autres jeunes un peu patauds et pas très débrouillard (bah oui, on est pas tous égaux surtout au début) et les pousser à des chutes franchement dangereuse parce que « aucun risque! y’a des tapis et on m’a dit que ça craignait pas! ».

  5. Mickael dit :

    J’ai été témoin d’un autre effet pervers des salles de blocs .
    J’habite Clermont et il n’y a pour l’instant que ça (une salle de corde est en construction) mais il y a des falaises à proximité.
    Alors qu’avec un pote grimpeur confirmé nous étions en train d’initier une amie (sa première fois) à la grimpe en falaise on lui a expliqué comment se servir de la plaquette et elle m’assurait pendant que j’allais lui poser une moulinette sous la surveillance de mon pote. À un moment elle a pris la corde les deux mains au dessus, mon pote l’a corrigé instantanément, et elle a répondu qu’elle avait eut un doute en voyant la cordée d’à côté faire comme ça.
    Les mecs pratiquent le bloc depuis longtemps en salle (à les croire ils grimpent dans le 7)mais n’avait jamais grimpé dehors ni encordé du coup ils ne savaient pas se servir de l’assureur et s’en foutait parce que « une 5c même pas peur… »
    Ils ont eut de la chance parce qu’on a pu leurs expliquer comment s’y prendre 10 secondes avant qu’une écaille ne cède sous la main de celui qui grimpait le renvoyant 3ou 4 mètres plus bas ébahi avec son bout de caillou dans la main (heureusement qu’il ne l’a pas lâché parce qu’evidemment son assureur n’avait pas de casque) .
    Leur excès de confiance et leur inconscience à failli leur coûter très cher le grimpeur était quasiment au relais sur une couenne de 20m….

  1. 6 mars 2018

    […] du bloc, cette pathologie devient en effet de plus en plus courante. Et en particulier en salle malgré la présence de matelas. Résultats des courses, si la rééducation est prise à la légère, la cheville devient de plus […]

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