Climatisation : le futur de l’escalade ?
Souvenez-vous, il y a quelques jours à peine, nous partagions avec vous nos astuces pour survivre à la grimpe en pleine canicule. Mais alors que les étés s’allongent et que le thermomètre s’affole, une tendance commence à pointer le bout de son nez dans le paysage des salles : la climatisation. Est-ce vraiment l’avenir de notre sport ? Ou bien une fausse bonne idée face à l’urgence climatique ? La Fabrique Verticale fait le point.
Pour beaucoup de grimpeurs, la climatisation, c’est l’arme absolue pour maintenir une friction parfaite et continuer à performer sur les volumes en plein été. Et pour les gestionnaires de salle, c’est devenu un argument commercial car la canicule fait clairement déserter les salles non climatisées. Quand celles-ci ne sont pas tout simplement fermées par arrêté préfectoral. Comme ce fut le cas pour Arkose Massy ou Pantin au mois de juin.
Certains réseaux, comme Climbing District, se sont félicités de leur climatisation. Et ont même communiqué sur leurs espaces de vie et de coworking. Car ces havres de fraîcheur ont séduit au plus fort de la vague de chaleur du mois de juin. Et pas seulement les grimpeurs…

Tandis qu’une nouvelle vague de canicule, la troisième en moins de deux mois, est arrivée lundi 6 juillet en France, La Fabrique verticale s’interroge sur les conditions de pratique en salle. Alors que le mercure va continuer à grimper toute la semaine, Météo France ayant étendu sa vigilance orange à 61 départements, est-il encore viable de fréquenter des salles non climatisées ?
Climatisation : le mirage de la collante éternelle
On ne va pas se mentir. Qui n’a jamais rêvé d’une salle à 16°C constants avec un taux d’hygrométrie parfait en plein été ? Quand le plastique se transforme en savonnette et que la magnésie capitule face à la sueur, la tentation est grande de se réfugier dans ces bulles climatisées. Surtout pour les adeptes des salles urbaines.
Pour les athlètes de haut niveau comme pour les passionnés en quête de progression, la température est un facteur limitant de la performance. Or les salles d’escalade modernes sont souvent construites dans des hangars. Avec leurs larges baies vitrées et leurs structures métalliques, elles se transforment rapidement en véritables serres ou en étuve. Dès lors, la climatisation apparaît comme le sésame pour garantir une pratique confortable et sécurisée toute l’année.

Le saviez-vous ? La friction idéale entre la peau et la résine s’obtient généralement à des températures fraîches. Au-delà de 25°, les propriétés d’adhérence diminuent drastiquement. D’où le risque de zipettes intempestives (et la frustration qui va avec).
Le coût environnemental : la grimpe marche-t-elle sur la tête ?
C’est là que le bât blesse. L’escalade, par essence, est un sport profondément lié à la nature, au respect de l’environnement et à la sobriété. Introduire des systèmes de climatisation massifs dans des hangars de plusieurs milliers de mètres cubes pose de sérieuses questions éthiques et écologiques :
• Une consommation énergétique explosive. Refroidir de tels volumes demande une quantité d’énergie phénoménale, souvent au moment même où les réseaux électriques sont déjà sous tension.
• L’effet de serre inversé. En rejetant de la chaleur à l’extérieur pour rafraîchir l’intérieur, on participe activement à l’accentuation des îlots de chaleur urbains. Le problème se pose d’ailleurs à l’échelle globale de la société… Et pas seulement dans le monde de l’escalade.
• Le non-sens philosophique. S’enfermer dans un frigo artificiel pour fuir le dérèglement climatique tout en contribuant à l’aggraver, n’est-ce pas une pure contradiction ?

Quelles alternatives pour les salles de demain ?
Heureusement, le futur de l’escalade en salle ne se résume pas à un choix binaire entre l’enfer thermique et la climatisation à outrance. Les grimpeurs ont toujours la possibilité de pratiquer en extérieur. Par exemple en s’orientant vers des sites d’été, en face nord et en altitude. Certes, certains grimpeurs n’hésitent plus à se délocaliser l’été dans des pays nordiques. Ce qui ne va pas sans soulever la question des voyages en avion et de leur bilan carbone désastreux…
Du côté des salles, des initiatives ont vu le jour. De nombreux architectes réfléchissent déjà à des pistes bien plus vertueuses pour concevoir des SAE résiliantes :
- L’architecture bioclimatique : Utilisation de l’isolation passive et de toits végétalisés pour maintenir la fraîcheur naturellement.
- Réhabilitation plutôt que construction neuve : Reconversion d’anciennes manufactures limitant considérablement le recours au béton neuf et optimisant l’inertie thermique naturelle des vieux bâtiments (murs épais en pierre).
- L’adaptation à l’environnement : Bâtiments enterrés ou adossés au terrain pour profiter de l’inertie thermique du sol, limitant les besoins en chauffage l’hiver et maintenant la fraîcheur en été.

Ventilation naturelle et alternatives à la climatisation
L’accent est de plus en plus mis sur le renouvellement de l’air par des systèmes d’extraction mécanique haute performance. Combinés à de larges ouvertures manuelles ou automatisées ils permettent de sur-ventiler les espaces pendant la nuit. Et ainsi d’évacuer la chaleur accumulée par les volumes en journée. Cette ventilation mécanique est couplée à des ouvertures intelligentes permet de purger la chaleur en créant des flux d’air traversants durant la nuit pour rafraîchir la structure en dur avant les fortes chaleurs de la journée. Malin !
En été, au lieu d’utiliser une climatisation énergivore, le système de ventilation double flux propose d’extraire l’air chaud par le haut et d’utiliser un échangeur géothermique. Par exemple, l’air neuf entrant peut passer d’abord sous terre pour être rafraîchi par l’inertie du sol avant d’être insufflé dans la salle.

Ces initiatives prouvent qu’en changeant de paradigme, la communauté de l’escalade peut rester fidèle à ses valeurs d’origine. Par exemple en favorisant l’isolation passive, les énergies renouvelables locales et en acceptant parfois de grimper à des températures plus naturelles.
L’adaptation des pratiquants
Et si la solution passait surtout par un changement de nos habitudes ?
- Tout d’abord, accepter de lever le pied l’été.
- Ensuite, modifier nos horaires de grimpe (tôt le matin ou tard le soir).
- Enfin, privilégier des séances moins axées sur la performance.
L’été, on peut aussi l’envisager comme une phase où l’on refait ses gammes techniques. Faire des grandes voies de niveau plus modérée ou du bloc tranquille dans des secteurs d’altitude en montagne. On peut aussi opter pour de la PPG et différer la période de concrétisation à l’automne ou l’hiver.

Certes, ces remarques parleront surtout aux purs passionnés. Pour les pratiquants loisir, qui ne fréquentent que les salles, la question se pose en d’autres termes. À savoir : “Pour mon confort immédiat et ma santé, est-ce que j’ai vraiment envie d’aller transpirer dans une salle de bloc non climatisée ?”. Pire, “est-ce que j’ai vraiment envie de grimper, alors que je peux tout aussi bien aller boire un apéro au frais entre amis ?”…
On le voit bien, l’escalade indoor est à la croisée des chemins. Et doit plus que jamais déployer un discours axé sur le sport santé. Car ces pratiquants loisirs constituent une grosse part de la clientèle et les voir zapper vers d’autres activités (voire délaisser la pratique sportive) n’est pas sans conséquence pour l’économie du marché de l’escalade, déjà bien à la peine.
Pour les salles, il faut rester agiles
Comme l’explique Grégoire de Belmont, du réseau Arkose, la réflexion est la suivante : “les canicules vont se succéder, s’intensifier et s’allonger. C’est une question de vie ou de mort pour des business comme les nôtres dont les marges sont très faibles. En ce qui nous concerne, heureusement, la quasi totalité de nos salles sont refroidies ou rafraichies par des systèmes plus ou moins complexes, par exemple de ventilation double flux à récupération d’énergie, parfois équipées de VRV (Variable Refrigerant Volume).”
“Les systèmes que nous mettons en place sont efficients, soit basés sur des PAC avec des cassettes directement au dessus des blocs pour porter le frais là où il est nécessaire en limitant les gaspillages de calories, soit via ces fameux systèmes de ventilations très onéreux mais très économes. Et l’impact climatique des climatiseurs n’a rien à voir avec celui des usagers de voiture par exemple, notre positionnement centre ville est beaucoup plus pertinent qu’une politique anti-clim”.

En effet, l’argumentaire se défend. Car si on met dans la balance l’impact de la climatisation d’une salle en centre ville (en France, pays où l’électricité est fortement décarbonée) vs le trajet en voiture pour aller dans une salle en périphérie (dans un véhicule thermique car seulement 15% des trajets sont faits en voitures électriques), la question mérite d’être posée…
En conclusion
Si la climatisation offre un confort immédiat, elle représente un luxe écologique que notre planète va sans doute pouvoir de moins en moins se permettre. À La Fabrique Verticale, on aime la performance. Et ça nous arrive, ça nous est arrivés, même récemment, de grimper dans des salles climatisées, sans trop d’état d’âme… Mais ça nous a quand même alertés et fait réfléchir sur notre manière d’envisager l’escalade. Donc l’idée de cet article n’est certainement pas de se poser en donneurs de leçon. Juste de s’interroger sur l’évolution de nos pratiques.
Par ailleurs, la climatisation offre un confort de grimpe tel qu’il devient de plus en plus difficile pour une salle commerciale de ne pas proposer ce type de service, ou au moins un système de ventilation efficace limitant la sensation de chaleur. Dans un contexte hyper concurrentiel, les gérants de salles d’escalade doivent s’adapter et séduire la clientèle, parfois au détriment de leurs convictions profondes. Bref, pas si simple…
Et vous, quel est votre avis ? Prêts à transpirer un peu plus pour préserver la planète ? Ou partisans de la climatisation pour des grosses séances en salle même dans la touffeur de l’été ? Dites-le nous en commentaire ! Ça nous intéresse de dialoguer sur la question.


