Douleur : signe avant-coureur d’une blessure en escalade ?

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On néglige souvent les petites douleurs ressenties à l’entraînement. Et plus encore celles éprouvées en grimpant, quand on est en train d’enchaîner un projet qui résiste depuis un moment. Or ces douleurs sont des signaux pourtant faciles à interpréter. Elles sont souvent le signe d’une surcharge ou d’une blessure sur le point de survenir. Les négliger peut conduire à des mois d’arrêt, alors que quelques jours de repos auraient pu permettre un retour à la normale. Explications.

Il n’y a pas si longtemps, la douleur du membre fantôme restait un processus totalement mystérieux. Cette sensation est celle que quelqu’un ressent après avoir été amputé. Le doigt n’existe plus mais la personne peut encore le sentir. Ceci est rendu possible par le fait que les sensations, comme la douleur, sont des expériences créées à la fois par le corps et l’esprit.

Quand un doigt est amputé, vous perdez les nerfs qui faisaient partie du doigt. Mais vous ne perdez pas les nerfs qui relient votre doigt à votre cerveau. Ou à la partie du cerveau dédiée à ce doigt. Ce qui reste sont des composants cruciaux pour la production de la douleur. Et sont suffisamment puissants pour créer la douleur dans un membre qui n’existe pas. C’est pourquoi la douleur du membre fantôme est possible.

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Pourquoi évoquer ce phénomène ? Parce qu’il a permis d’apprendre beaucoup sur le fonctionnement de la douleur. Malheureusement, les idées reçues entourant la douleur sont nombreuses. Et certaines d’entre elles atténuent notre capacité à guérir d’une blessure. Or clarifier le but de la douleur peut nous aider à surmonter les blessures les plus tenaces. Ou mieux à les éviter.

Blessures et escalade : scenario classique

Il ne vous reste qu’une semaine d’entraînement avant de partir en trip d’escalade. Vous avez consacré du temps à vous entraîner avec l’espoir d’enchaîner enfin votre projet. Vous vous sentez fort. Mais insidieusement vous commencez à avoir mal à la base de votre annulaire gauche après les séances d’escalade. Rien de bien méchant, vous dites-vous…

La douleur est destinée à vous protéger

Lorsque vous éprouvez de la douleur, il s’agit avant tout d’un système d’avertissement destiné à vous protéger des dommages potentiels. Le corps humain est fait de telle sorte que vous ressentez de la douleur avant que ne surviennent des lésions tissulaires. Ceci est destiné à vous empêcher d’aller plus loin afin de ne pas causer de blessures. Et on peut expérimenter cela dans la vie de tous les jours.

Si vous vous asseyez sur un rocher froid pendant trop longtemps, vos fesses deviendront douloureuses. Ceci est destiné à vous rappeler qu’il est nécessaire de vous déplacer. Pour le moment, aucun dommage. Mais si vous ignorez le signal, vous pouvez éventuellement limiter suffisamment le flux sanguin vers vos fesses et causer des lésions à la peau, appelées escarres.

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Tenir compte de la douleur

Un exemple peut-être plus parlant se rencontre en entraînement. Si vous vous entraînez beaucoup, vous vous rapprochez des limites de votre corps. Et vous pouvez commencer à ressentir des douleurs musculaires, plus ou moins légères, ou des tensions dans ou autour des articulations.

Si vous arrêtez la séance lorsque les signes avant-coureurs se manifestent, il y a de fortes chances que vos tissus récupèrent en quelques jours et que vous puissiez recommencer à vous entraîner. Les douleurs que vous avez éprouvées ont agi comme un avertissement. Le corps vous dit stop pour que votre tissu puisse récupérer. Ne pas tenir compte de l’avertissement est un bon moyen de se blesser.

Scénario catastrophe

C’est votre dernier jour d’escalade et votre troisième et dernier essai dans votre projet. La voie démarre doucement. Et se poursuit par une section bien usante sur des arquées, dont une difficile à tenir avant de bloquer puis de jeter dans un bon bac salvateur. La suite est moins dure. Les choses vont bien. Vos méthodes sont propres et vous évoluez rapidement jusqu’au crux.

Votre main gauche attrape la prise clef juste en bord. Mais vous réussissez à réarmer vos doigts et vous serrez le plus fort que vous pouvez. Vous montez le blocage et relâchez votre main droite. C’est à ce moment-là que vous entendez un bruit très net provenant de votre annulaire gauche. Mais vous êtes à fond, hyper motivé, engagé dans le mouvement. Donc vous continuez.

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Plus que quelques mètres et vous aurez fait la croix. Vous pensez en vous-même : « ce n’est rien » et finissez la montée. Mais lorsque vous redescendez de la voie, vous commencez à ressentir une douleur dans votre doigt. Et le lendemain, votre doigt est enflé, douloureux et difficile à plier.

Que retenir de cette histoire ?

Si vous avez de la chance, vous verrez une blessure arriver avant qu’il ne soit trop tard. Mais nous ne sommes pas tous chanceux et les avertissements ne se présentent pas toujours. Ou pas toujours suffisamment clairement. Pourquoi les blessures sont-elles douloureuses et pourquoi le moment de la douleur n’est-il pas toujours perceptible ?

Dans l’exemple ci-dessus, le bruit était une rupture de la poulie A2 de votre annulaire, une blessure d’escalade assez typique. Vous ne commencez à ressentir une douleur qu’après avoir terminé la voie. Les lésions se sont produites instantanément, au moment où vous avez entendu le bruit. L’inflammation s’ensuit. S’il y a assez d’inflammation, les nocicepteurs sont déclenchés.

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Le rôle des nocicepteurs

Les nocicepteurs sont des terminaisons nerveuses destinées à détecter un stimulus nocif. Une fois que le nocicepteur est déclenché, il envoie un signal jusqu’à la moelle épinière. La moelle épinière transmettra alors ce message au cerveau. Si le cerveau détermine que le signal nociceptif constitue une menace, vous ressentirez une douleur dans votre doigt. Au moment où vous sortez la voie, vous commencez à ressentir une douleur et à penser que quelque chose ne va pas, tout cela grâce au processus inflammatoire qui a déclenché vos nocicepteurs.

Les nocicepteurs peuvent également être déclenchés par des changements de température ou des contraintes mécaniques. Par exemple, quand vous commencez à vous brûler au contact d’un métal trop chaud. Ou quand vous faites un étirement trop violent d’un muscle. Le bruit que vous avez entendu aurait dû déclencher les nocicepteurs mécaniques. Mais peut-être n’était-ce pas suffisamment douloureux ?

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Le rôle de la motivation

Autre hypothèse : plus ou moins consciemment vous avez bloqué le signal ! Car le cerveau a aussi la capacité de diminuer ou même de stopper le message relatif à un stimulus nocif. Il peut envoyer un signal à la moelle épinière qui, en substance, dit : « nous avons des choses bien plus importantes à gérer actuellement (en l’occurrence cette voie à enchaîner ;-). Alors ne nous dérangez pas avec votre nociception. Cela ne nous intéresse pas pour le moment. »

C’est pourquoi vous ne ressentez pas toujours la douleur très clairement. C’est pourquoi aussi les grimpeurs finissent souvent la voie ou le bloc qu’ils sont en train de tenter, avant même de prendre conscience de la douleur au doigt. Certes le cerveau a beaucoup de signaux à gérer et à interpréter en même temps. Mais ce système d’alarme est bien fait. Il vous rappelle à l’ordre et vous incite à passer à la vitesse inférieure.

Alors écoutez-le ! Mieux vaut stopper et ne pas réaliser votre projet immédiatement, que de vous blesser et de rester des mois et des mois sans grimper. Les voies ne bougent pas !

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