Épitrochléite : et si c’était ça votre mal au coude ?

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Les douleurs au coude sont des pathologies extrêmement courantes chez le grimpeur. Souvent d’origine tendineuse, elles correspondent à une inflammation chronique des tendons des faces latérales (épicondylite) ou médiales (épitrochléite) du coude. Si l’épicondylite est la forme plus fréquente, l’ épitrochléite peut également survenir dans le cadre de la pratique de l’escalade. Explications.

Nombreux sont les grimpeurs qui se plaignent de douleurs au coude. Le plus souvent, il s’agit d’épicondylites latérales (plus connues sous le nom de “tennis elbow”). La douleur est alors localisée au niveau de l’articulation du coude, sur la face externe du bras. La Fabrique verticale vous en avait d’ailleurs déjà parlé, avec de nouvelles perspectives de traitement, qui jouent sur le renforcement des muscles extenseurs.

Epitrochléite : état des lieux

Mais il arrive aussi que les grimpeurs souffrent d’épicondylites médiales, aussi appelées épitrochléites. On les désigne également sous le terme de “golf elbow”, bien que les golfeurs souffrent plus fréquemment d’épicondylites latérales. Les douleurs sont alors situées sur la face interne du coude. Elles se manifestent à la pression ou lors de mouvements d’extension et de rotation de l’avant-bras (bras tendu). Avec parfois même une irradiation dans l’avant-bras et des fourmillements (dysesthésies, qui mettent en jeu le nerf ulnaire).

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On observe une sensation de brulure ou de douleur profonde lancinante, augmentée à l’effort et en milieu de nuit. La douleur est accentuée lorsqu’on serre le poing. Et lorsqu’on tente de redresser le poignet contre résistance. Cela restreint non seulement la capacité à grimper mais parfois aussi à assurer les tâches de la vie quotidienne. À un stade plus avancé de la maladie, une faiblesse musculaire au niveau de la main et des doigts ainsi qu’une incapacité à saisir des objets peuvent s’observer.

Causes et apparition

Ces douleurs tendineuses sont généralement d’apparition progressive. Elles touchent principalement les hommes et des sujets âgés de 20 à 50 ans. Elles surviennent plus volontiers dans le contexte d’un surmenage, d’une alimentation dérégulée et/ou d’un entraînement inadapté (uniforme et répétitif, réalisé en état de fatigue, avec des charges trop importantes). Les mouvements à la limite (en particulier croisés et gros blocages), surtout s’ils sont tentés plusieurs fois d’affilée sans récupération, favorisent aussi la survenue.

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L’échauffement et l’hydratation sont souvent en cause également. Ainsi que des formes d’entraînement particulièrement traumatisantes. On pense par exemple à la musculation en excentrique, si elle est mal dosée, au travail lesté pratiqué sans mesure, à la pratique du Pan Güllich à haute dose, sans progressivité. Par ailleurs, des tensions cervicales ou dorsales peuvent également être à l’origine de ces douleurs au coude.

Epitrochléite : un peu d’anatomie

Dans l’ épitrochléite, ou épicondylite médiale, sont impliqués les muscles épitrochléens : fléchisseur commun superficiel des doigts, long palmaire, fléchisseur radial du carpe, rond pronateur et fléchisseur ulnaire du carpe. Ils s’insèrent tous au niveau du coude sur l’épitrochlée, saillie osseuse située sur l’extrémité inférieure de l’humérus. Ces muscles sont pronateurs. C’est-à-dire qu’ils sont impliqués dans la rotation interne des doigts et de la paume de la main, vers le rocher ou le mur.

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Les douleurs à l’intérieur du coude sont souvent le signe d’une sur-sollicitation du tendon du biceps. Et d’un déséquilibre entre muscles épitrochléens et biceps, le biceps étant, lui, un puissant rotateur externe. L’action supinatrice du biceps s’oppose à l’action pronatrice des muscles épitrochléens. Et ce conflit génère des microtraumatismes au niveau de la zone la plus fragile (les transitions myotendineuses dans les insertions).

Ainsi, de la même manière qu’il va y avoir un déséquilibre entre muscles fléchisseurs et muscles extenseurs dans une épicondylite, on retrouve, dans une épitrochléite, un conflit entre muscles pronateurs et muscles supinateurs de l’avant-bras (muscles qui permettent la rotation interne ou externe).

Traitements

Le traitement passe d’abord par une phase de repos. Il va s’agir de limiter les mouvements qui causent la douleur. Et d’arrêter de grimper, si l’inflammation est trop forte. Ce n’est qu’au bout d’un an, en cas de résistance de la pathologie, que l’on va envisager la chirurgie. Et seulement dans les cas extrêmes. L’intervention consiste à désinsérer les tendons des muscles épitrochléens.

Les traitements médicaux que l’on propose sont :

  • du repos (mettre le coude au repos en évitant les gestes qui ont conduit à la lésion. Cependant, il faut éviter l’arrêt complet des mouvements. En effet, si le repos est une composante essentielle du traitement, une inactivité prolongée n’est guère souhaitable).
  • de la glace (3 fois par jour, 10 à 15 minutes, jamais en contact direct avec la peau, mais dans un sac plastique ou un torchon)
  • de la rééducation (physiothérapie, massages transverses profonds)
  • antalgiques et anti-inflammatoires non stéroïdiens
  • concentrés plaquettaires ou PRP (on réalise un prélèvement de 15cc de sang qui, après centrifugation, donne un plasma riche en plaquettes qui est réinjecté au niveau du tendon et au dessus de celui-ci. Ceci initie la cicatrisation tendineuse et diminue progressivement la douleur)
  • ondes de choc (elles apportent un gain de vascularisation au tendon par création de microlésions qui produisent des plaquettes et initient la cicatrisation)

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Durée de l’arrêt et reprise de l’activité

Il faut compter généralement de 4 à 6 mois, avant un retour à la normale, quand le patient est bien pris en charge. Environ 95 % des personnes qui souffrent d’ épitrochléite récupèrent en quelques mois de repos. Seul 1% des personnes atteintes de cette pathologie trainent cette tendinite plus d’un an.

La reprise doit se faire de manière très progressive, après disparition complète de la douleur. Les méthodes d’entraînement, ainsi que le style de grimpe, doivent être complètement repensés. Commencez par des voies faciles et donnez-vous un à deux mois avant de vouloir à tout prix retenter des voies ou des blocs à votre niveau originel.

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17 réponses

  1. christophe dit :

    mon problème aux 2 coudes, déjà présent bien avant que je me mette à l’escalade et que cette pratique n’a pas arrangé..
    très contraignant au quotidien.

  2. Pierre dit :

    Ayant « trainé » ces dernières années des épitro. J’ai essayé à peu près tout ce qui se faisait en termes de traitement (ceux cités dans l’article et bien d’autres). Pour ma part, ce qui a été le plus efficace a été les exercices avec un travail excentrique. Facile à réaliser, peu gourmands en temps et en matériel. La méthode est d’ailleurs décrite dans un autre article de LFV.

  3. Pierre dit :

    Hello !
    Auriez vous des exercices à proposer pour rééquilibrer la suppination-pronation, en prévention de l’epitrochleite ?
    Merci !

  4. Sheila McCarron dit :

    J’en souffre aux deux coudes. Au début, davantage à gauche (suis droitière), puis son copain l’a rejoint. Ca me réveillait la nuit, je ne supportais même pas le frottement du drap ou des vêtements sur le bout de l’os, comme si j’avais un énorme bleu profond.
    Comme de toutes façons le repos total du coude est quai impossible au quotidien, j’ai quand même arrêté de grimper sur conseil de mon généraliste. Résultat, moral en berne, fallait pas m’approcher lol (ok j’ai 56 ans et je grimpe comme un pied, mais j’adore et c’est mon équilibre par rapport à tout le reste…).
    On a essayé les ondes de choc (douleur++ pour zéro résultat), l’acuponcture pour réduire l’inflammation (pas probant, pourtant j’étais bien confiante), homéopathie prescrite par l’acuponcteur (que dalle)… Finalement c’est le médecin de sport qui suit mes filles qui m’a dit de reprendre la grimpe doucement, m’a donné quelques exercices de rotation notamment, des séances de kiné et de la mésothérapie pour atténuer la douleur et mieux permettre de mener à bien les exercices. Je commence juste à en voir le bout au bout d’une année bien frustrante. Le souci, c’est que lors de la reprise, cela ne faisait pas vraiment mal pendant l’effort, c’était après. A quel moment on se rend compte un peu tard qu’on en a trop fait… prévoyez donc des hauts et des bas… et une reprise éventuellement en dents de scie… courage !

  5. Nicolas dit :

    Ayant ce type de douleur (les 2 côtés du coude droit) et de manière chronique, j’arrive à les stopper avec la Flexbar de TheraBand
    Y a pas mal de tuto (en anglais) là dessus et je dois dire que ça marche très bien pour moi.

  6. Philippe dit :

    Merci pour cet article.
    J’ajoute quelques mots sur mon expérience: mon épitrochléite a résisté au traitement ostéopathique. Un ami m’a parlé d’une fasciathérapeute, que j’ai consulté: 4 séances ont bien amélioré les choses. Mais surtout, l’apport le plus important pour moi lors de ces séances: apprendre à grimper différemment, plus relâché, avec une meilleure conscience globale du corps en mouvement, en respirant bien. Et des étirements quotidiens…
    Et j’ai aussi beaucoup appris sur les fascias et leur rôle fondamental, mais encore méconnu!

  7. Eloïse dit :

    J’apporte aussi mon petit grain de sel car j’ai aussi traîné une épitrochléïte pendant plus d’un an, avec d’abord une prise en charge classique (en gros tous les traitement décrits ci-dessus) sans grand succès, cela revenait dès que je reprenais l’escalade. Après un nouvel arrêt de 4 mois, j’ai rencontré une super kiné-ostéo avec laquelle on a fait de l’excentrique plus de la physiothéraphie inductive et cela a été super efficace. De plus, dans le même esprit et comme dit par un autre internaute ci-dessus, on trouve des articles par des physios anglophones sur internet (voir Dogdy Elbows de Julian Saunders ou Hang Right de Esther Smith (qui applique aussi sa méthode aux épaules et doigts). J’ai aussi pioché là-dedans et vraiment je recommande, dans ce type d’approche on cherche à corriger l’origine de la douleur, pas juste à se débarrasser de la douleur, ce qui est bien plus malin. Bon courage à tous les coudes boiteux…

  8. Fred dit :

    Bonjour,
    De mon côté j’en ai trainé une pendant de longs mois (voire années… j’ai appris à cohabiter) jusqu’au jour où je ne pouvais ni serrer la main de mes collègues ni à porter une casserole !
    Presque 4 mois de séances de kiné plus tard, je n’ai plus rien et je peux resserrer tout 🙂

    Maintenant, je m’échauffe à la russe (https://lafabriqueverticale.com/fr/echauffement-si-vous-vous-mettiez-au-russe/) en insistant bien sur la ceinture scapulaire et tout va bien !

  9. gianluca dit :

    un témoignage de plus en faveur des exos en excentrique, en combinaison avec le massage transverse…

    Sinon, un problème au coude de type assez différent: l’année dernière j’ai souffert de douleurs à la pointe du coude (vraiment à niveau de la protuberance osseuse…donc ni epitrochlée ni epicondyle).
    Mystère total quant à la nature de ce problème (qui a fini pour disparaitre « tout seul »).
    Quelqu’un aurait de pistes?

  10. Rachele dit :

    Laurence, thanks so much for the post.Really thank you! Keep writing.

  11. Marie dit :

    Bonjour
    Je souffre d epitrochleite depuis plus de trois moi qu mon chirurgien m à diagnostiquer au mois de juillet,il m à prescrit le kiné qui essaie de soulager cette douleur,mais rien y fait ??
    Et de jour en jour la douleur est de plus en plus intense,les fourmis,et perds ma force de ma main,je m inquiète à se sujet et me demande si je dois faire de examen plus approfondi ??

    • Olivier dit :

      Bonjour à vous
      n’étant pas médecins, il serait délicat de vous conseiller. Cependant, la présence de fourmillements dans la main suggère une irritation au niveau d’un nerf. La première chose à faire serait en effet d’évoquer ce phénomène avec votre kiné, voire de consulter ailleurs pour obtenir un autre avis. Bon courage à vous !

  12. Aline Berthomier dit :

    Je suis ambulancière, et je souffrais du coude gauche au bout de 2 infiltrations., kine les fourmillements dans les doigts, le chir m a opéré, ça va beaucoup mieux de temps en temps encore un peu de douleurs quand je fais des poids lourd.mais maintenant c est le droit qui s y met.

  13. lucie dit :

    ce matin je tenais mon téléphone et j’ai eu une crambe a l’intérieur de L’avant bras c’est quoi

    • Olivier dit :

      Salut Lucie
      une cramPe sans doute ? 😉
      Peut-être le symptôme d’une grosse fatigue de l’avant-bras ? un peu de déshydratation ? Un trop fort serrage du téléphone ? 😉

  14. Billot dit :

    Bonjour. Voilà déjà 2 ans passés que j’ai une épitrochléite. J’ai eu arrêt de travail, infiltration, electromiogram et kiné cela n’a rien fait.je me suis fais opérer depuis 1 ans et 4 mois et toujours des douleurs plus une pertes de force considérable, puisque je n’arrive plus a porter un poids supérieur à 2kg comme une bouteille de 2 litre. J’ai passé un IRM pour voir , et il s’avère que j’ai une persistance de l’epitrochleite avec une persistance d’une anomalie du signal sur des séquences T2. Donc je revois mon chirurgien le 4 novembre. J’espère avoir plus amples explications.je suis toujours en arrêt depuis le jour de mon opération donc 1 ans et 4 mois

  15. Gross dit :

    Bonjour, j’au mal et une sensation de chaud aux deux coudes partie interne. Seulement aucune douleur au toucher ni lorsque je soulève mon poignet avec resistance.

    Mon médecin pense que ce n’est pas des tendinites mais moi je suis persuadé du contraire. Quelqu’un pourrait donner son avis ?

  1. 4 septembre 2018

    […] on observe bien souvent des tendinites au niveau des coudes (épicondylites, plus rarement épitrochléites). Et/ou des petites déchirures musculaires au niveau du biceps, pour peu que le cycle ait été […]

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