Resetter Climbing by Andreas Trunz : des prises biosourcées
Andreas Trunz est le créateur de RSTTR, Resetter Climbing, une marque de prises d’escalade 100% sans plastique. Conçues dans un matériau biosourcé, elles promettent un grain plus durable dans le temps. Grimpeur suisse qui a grandi dans l’Appenzell, Andreas revendique autant son goût pour l’aventure que pour l’innovation responsable. La Fabrique verticale a voulu en savoir plus.
C’est une thématique qui nous passionne et que nous avons déjà eu l’occasion d’aborder plusieurs fois. Comment rendre plus vertueuse l’industrie de la prise d’escalade ? Des prises recyclées et recyclables aux initiatives de production de prises à base de champignons comme le propose la start up allemande MAD, en passant par l’analyse du cycle de vie d’un bloc, c’est un sujet qui nous intrigue et nous passionne. Aujourd’hui, nous partons à la rencontre d’Andreas Trunz, créateur de RSTTR, Resetter Climbing. Une marque innovante qui utilise une résine biosourcée.
Andreas, pour commencer, qui es-tu en tant que grimpeur et d’où tu viens ?
Je viens de l’Alpstein appenzellois, en Suisse orientale, un massif qui m’a façonné comme grimpeur et comme personne. Je préfère le trad’ et les grandes voies, les itinéraires où tu passes la journée entière dehors, parfois loin de tout, avec ce mélange d’engagement, de lecture du rocher et de décisions à prendre en permanence. J’aime ouvrir des grandes voies. Et je vois d’ailleurs un parallèle évident entre mon goût pour cette activité et mon attirance pour l’innovation dans l’entreprenariat.

Je ne me considère pas comme un grimpeur particulièrement talentueux ni très fort physiquement. Mais j’adore aller voir ce qu’il y a derrière le prochain ressaut, imaginer une ligne là où, a priori, il n’y en a pas. Cette curiosité m’a aussi amené très tôt à l’escalade. Y compris en salle : j’ai vécu son développement depuis la fin des années 90. D’abord comme ouvreur bénévole. Puis professionnellement dans une salle commerciale de bloc.
Entrons dans le vif du sujet : qu’est-ce que RSTTR, Resetter Climbing ?
Resetter Climbing, RSTTR pour les intimes, développe des prises d’escalade non polissables à partir d’un matériau sans plastique. Donc sans recours à la pétrochimie. Toutes nos prises sont fabriquées dans ce matériau à base de minéraux, comme le sable, ainsi que de liants biosourcés, que nous appelons SandCore, entièrement dépourvu de composants fossiles et de toxiques.
L’idée principale, c’est d’offrir une texture qui reste durablement identique, avec une sensation naturelle, un toucher proche du grès. Tout en réduisant de façon radicale l’empreinte environnementale par rapport aux prises classiques en polyuréthane.

Exit le PU, donc ?
Le polyuréthane a une empreinte écologique et toxicologique vraiment problématique, ce qui surprend encore beaucoup de monde. Si tu combines cela avec la courte durée de vie de la texture, tu obtiens un énorme gaspillage de ressources : des tonnes de prises produites, transportées, puis mises au rebut parce qu’elles sont devenues trop lisses pour être intéressantes à grimper.
Je ne suis pas un “haineux du plastique” par définition. Pour les cordes d’escalade par exemple, je suis très content des performances des polymères modernes, en termes de résistance, de poids, de longévité. Le PU aussi a d’innombrables applications où aucun autre matériau ne rivalise vraiment… Mais les prises d’escalade n’en font clairement pas partie !
Le PU est léger, stable en couleur et se fend moins facilement que le polyester, c’est vrai. Mais ces avantages se paient par un gros inconvénient sur un point essentiel pour les grimpeurs : le toucher. L’adhérence provient uniquement de la texture de surface, qui va se patiner très rapidement. Surtout avec les passages répétés des grimpeurs. Dans les grosses salles, la texture des prises en PU peut être morte au bout de quatre semaines ! Complètement ouf quand on y pense…

Qu’est‑ce qui distingue le matériau de RSTTR de l’approche classique à base de PU ?
Notre matériau est à base de sable, maintenu par un liant 100% biologique. On obtient une sensation plus froide, plus naturelle, plus douce pour la peau. Avec une haptique qui reste identique dans le temps, même après des cycles répétés de lavage haute pression. L’objectif, c’est que la prise garde le même toucher. C’est-à-dire une adhérence comparable à celle du premier jour, de façon prévisible, avec un comportement inspiré du vrai grès. Contrairement au PU, où l’adhérence dépend exclusivement de la texture de surface, chez nous le grip est intégré au matériau lui-même. Plus agréable !

Comment est né RSTTR ?
À l’origine, en buvant une bière avec mon ami Cem Koeylueer, qui est expert en composites et amateur de défis impossibles ! Je lui parle d’un document émanant de l’association suisse des salles d’escalade portant sur la nécessité de développer des prises plus durables à l’horizon 2028… alors que concrètement il n’existait quasiment rien !
On aime tous les deux les terrains vierges, ouvrir de nouvelles portes. Ce soir‑là, on a pris une décision spontanée. Sans trop réfléchir ! À savoir lancer une série d’essais avec un système de résine biosourcée que nous connaissions d’un autre projet. Simplement pour voir jusqu’où on pouvait aller.
La suite n’a pas dû être linéaire, j’imagine ?
Au début, on a fait des expérimentations sauvages dans toutes les directions, jusqu’à tester des composites carbone moussés. Les premiers essais sans pétrole manquaient complètement de résistance. Je ne testais pas en laboratoire, mais directement sur le mur, par essais et erreurs… Et on cassait régulièrement des prototypes.

Plus tard, on a buté sur un problème inattendu : le nettoyeur haute pression. Il y a environ deux ans, notre logo a littéralement été décapé au Kärcher lors d’un nettoyage de routine. Aujourd’hui, nos prises résistent même à des nettoyeurs haute pression industriels capables d’abîmer l’asphalte. Ce qui nous a demandé un gros travail sur la formulation.
De quoi est faite votre résine biosourcée ?
Ah ah ah, je ne peux pas trop en dire, secret industriel ! Mais en résumé, on peut dire que c’est à base d’huiles végétales et de co-produits de l’industrie agroalimentaire. J’ai fondé Resetter Climbing AG en partenariat avec Step Zero AG, dont les propriétaires Claude Rieser (CEO), Eva Bergmann et Daniel Widmer, ont beaucoup œuvré au développement de matériaux hautes performances et biodégradables pour les chaussures. Le transfert de connaissances au domaine de l’escalade est passionnant.
À quel moment tu t’es dit : “Ok, là, on tient quelque chose avec Resetter” ?
La première fois, c’était au cours d’un test en situation à Minimum Boulder, à Zurich. Quelques temps après l’ouverture de blocs avec ces prises, je reçois un coup de fil du gérant. “Les prises restent aussi adhérentes que des prises neuves, incroyable !” Pour moi, c’était la preuve que la promesse d’un grip durable n’était pas seulement théorique. CQFD !
Ensuite, il y a eu de très bon échos lors du Salon Vertical Pro. Car beaucoup d’ouvreurs et de gérants de salles ont pu toucher les prises, les brosser, les salir, les laver, et comparer leurs sensations. Aujourd’hui, certaines salles utilisent déjà nos gammes, comme les Spindrift shapées par Simon Favot.

Par exemple, elles sont utilisées depuis plus de 16 mois à la salle Boulderlounge de St. Gallen. Et le verdict est clair : “Nous avons ouvert des blocs dans des zones très fréquentées afin que les prises Resetter soient utilisées au maximum. Nous n’avons constaté aucun changement dans leur texture, ni pour les mains ni pour les pieds”, nous a témoigné James Barnes, responsable des ouvertures. Les ouvreurs les remettent sur le mur après chaque lavage. Et les retours restent très positifs sur le grip et la durabilité.
Quelle est la stratégie de Resetter climbing pour les prochaines années ?
L’objectif, c’est de remplacer autant de tonnes de PU que possible et de contribuer à faire évoluer progressivement de l’industrie de l’escalade vers une véritable économie circulaire. À long terme, cela passe par un modèle où l’on boucle la boucle : réutilisation interne de certains composants pour de nouvelles prises, retour au cycle biologique via le compostage quand c’est pertinent.
En parallèle, on continue à travailler sur les textures, la fabrication des moules et l’optimisation industrielle, avec le soutien de partenaires académiques spécialisés en science des matériaux et en économie circulaire.

Pour finir, qu’est‑ce que les grimpeurs et les salles peuvent faire s’ils veulent soutenir Resetter climbing ?
D’abord, en en parlant ! Prendre contact avec les salles, les marques de prises, partager les attentes en matière de durabilité et de qualité de grip. Les ouvreurs ont aussi un rôle clé à jouer. Échanger sur leurs besoins réels – les textures qu’ils recherchent, la façon dont les prises vieillissent sur le mur, les contraintes de lavage.
Ensuite, bien sûr, il y a le retour direct. Tester nos prises, nous envoyer des feedbacks, poser des questions. Les portes sont ouvertes. On est joignables facilement via notre site et nos canaux habituels. Et on est ravis de discuter avec tous ceux qui s’intéressent à des prises d’escalade plus durables et plus agréables à grimper !
Bibliographie pour aller plus loin
- Comprendre les textures: Prof. Dr. Henrik Surberg, OST Buchs (Eastern Switzerland University of Applied Sciences)
- Optimiser le design et la production des moules: Dr. Daniel Omidvarkarjan, OST Rapperswil
- Circular Business Models: Nico Pfändler, ZHAW (Zurich University of Applied Sciences)