App Kilter board : les dessous du chaos
Du jour au lendemain, l’application des Kilter Board a cessé de fonctionner, laissant des milliers de grimpeurs sans accès à leurs données d’entraînement : blocs enregistrés, croix, projets… parfois accumulés sur plusieurs années. La Fabrique verticale revient sur les raisons du chaos. Décryptage.
La pratique sur Kilter Board s’est généralisée dans les salles. Ces panneaux inclinables équipés de prises connectées par leds sont devenus en quelques années un incontournable de l’entrainement. Ou d’ailleurs leurs équivalents (Tension, Moon, Quantum…). Et la plupart des grimpeurs experts les utilisent. Mais pas qu’eux ! Ce système est très populaire. Or l’application vient de buguer.
Une coupure brutale et inattendue
Le 26 mars, l’ancienne application a été désactivée sans préavis. Selon Kilter, elle était gérée par un développeur tiers, Aurora Climbing, qui l’a retirée sans que la marque ne soit informée à l’avance. Il faut dire que le système de murs connectés le plus populaire du marché est en conflit avec son développeur d’applications depuis plusieurs années. Aujourd’hui, ce sont les grimpeurs qui en font les frais.
Résultat :
- profils vides
- historique disparu
- impossibilité de récupérer ses codes pour se loguer
Une nouvelle application officielle a été mise en ligne immédiatement, mais sans migration des données. Lors de sa mise en service, elle a été téléchargée 20 000 fois en 24 heures. En trois jours, elle comptait plus de 35 000 grimpeurs enregistrés.
Mais la réaction sur les réseaux sociaux, sur la page de Kilter, a été immédiate et épidermique. Car les grimpeurs tentent maintenant de gérer cette perte de données. Aurora climbing et Kilterboard se renvoient la balle quant à la responsabilité de la suppression, sans préavis, des carnets d’entraînement de dizaines de milliers d’entre eux.
Aurora vs Kilter : un conflit juridique en arrière-plan
La situation trouve son origine dans un conflit de plusieurs années entre Kilter et le développeur indépendant de l’app, Aurora Climbing, Peter Michaux. Selon ce dernier, la suppression des datas est liée à une procédure légale envoyée par Kilter quelques jours avant la coupure. Autrement dit : la disparition n’est pas un bug, mais la conséquence directe d’un litige contractuel. Pour plus d’infos sur ce différent commercial, lire le très bon article de nos confrères de Climbing Mag.
Une communauté frustrée
La réaction des grimpeurs a été immédiate :
- perte de milliers d’ascensions
- frustration liée au manque de communication
- critiques sur la gestion du produit
Pour beaucoup, le problème dépasse la simple app : il pose la question de la propriété intellectuelle et de la sauvegarde des données d’entraînement.
Un nouveau départ… forcé
Certes la nouvelle application Kilter a rapidement été téléchargée massivement. Mais elle repart de zéro pour la majorité des utilisateurs. Et Kilter board est bien conscient du lancement prématuré de sa nouvelle app, pas complètement au point. Certains y voient une opportunité. Créer de nouveaux blocs, se renouveler. Mais pour d’autres, la perception est une perte nette de suivi et de progression. Et tous déplorent la perte de blocs dits “benchmarks”.

Chaos du Kilter : à retenir
En résumé, l’ancienne app Kilter a été supprimée brutalement par un développeur tiers. C’est pourquoi toutes les données utilisateurs ont été perdues. La cause principale : un conflit légal entre les parties. Une nouvelle app existe, mais sans historique. Cette situation risque bel et bien de rebattre les cartes et de voir remise en question l’hégémonie de Kilter, au profit de concurrents dont les applications se révèlent plus fiables. Telles que la Tensionboard ou la Quantum que nous avions testée.
Affaire à suivre, dans un contexte économique compliqué et hyper-concurrentiel entre les réseaux. Car la plupart des salles réfléchissent désormais à s’équiper de ce type de murs inclinables et connectés afin de proposer un plus produit pour une clientèle, de plus en plus avide de nouveautés. Ces boards sont hyper tendance et ouvrir une salle sans board semble aujourd’hui peu tactique.
D’ailleurs, plusieurs projets de boards rooms, un concept très répandu en Amérique du Nord, sont désormais dans les tuyaux en France. C’est-à-dire des salles pourvues uniquement de Kilterboard, Tensionboard, Moonboard et Spraywall, plus petites, moins complexes à gérer. Signe que le phénomène prend de l’ampleur et que les gestionnaires de salles y voient une opportunité de réduire les coûts et de simplifier la question des ouvertures.
