Grimpe par passion : rencontre avec Caroline Minvielle

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Grimpeuse passionnée, compagne de Cédric Lachat à la ville, Caroline Minvielle est aussi ingénieur chargée du développement des produits chez Simond. Ce qui aide bien pour imaginer le matos de demain ! Après Seb Bouin, les frères Ternant et Barbara Zangerl, La Fabrique verticale est partie à la rencontre d’une autre actrice du milieu de la grimpe. Si son nom vous dit quelque chose, c’est normal ! Elle est à l’affiche de Fleur de rocaille, le film de Fred Ripert dont nous vous avons parlé récemment.

Quelle est ta principale motivation en grimpe ?

Je dirais qu’il y en a deux : le plaisir et le partage.

Le plaisir, je l’entends de manière très personnelle. Grâce à l’escalade, j’atteins des sensations que je ne retrouve nulle part ailleurs. C’est un moyen de plonger au plus profond de moi-même. Que ce soit lors du travail d’une voie où tu dois faire face aux doutes et à tes propres faiblesses physiques et mentales ou que ce soit lorsque le run parfait se produit, que tu es dans ta bulle, que tout se déroule de manière fluide dans un état à mi chemin entre la conscience et le rêve, j’accède à des sensations insoupçonnées.

L’escalade est un sport tellement riche que c’est pour moi une manière d’atteindre l’apothéose du plaisir en quelque sorte. Mais ça n’en est pas la seule source. Le simple fait d’être en extérieur, dans de beaux endroits avec des gens que j’apprécie et avec une météo clémente contribue à me rendre heureuse ! Et j’adore découvrir de nouveaux endroits. L’escalade est un formidable prétexte au voyage !

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Caroline dans Wings of life, 8a+, à Leonidio, en Grèce

Quid de la notion de partage ?

Le partage je le vois concrètement quand je passe des week-ends avec mes amis au pied des falaises. Quand on échange sur nos ressentis et que l’on se pousse mutuellement à aller plus loin au bout de nous-mêmes. Mais je le vois également quand j’écris sur mon blog. Mon niveau est loin d’être suffisant pour que de simples annonces de cotations réalisées suscitent l’intérêt. Et, en soi, de telles informations ne sont à mon sens pas très intéressantes.

En définitive, c’est la face cachée d’une réalisation, tout ce que les gens ne voient pas, les ressentis très personnels avant, pendant et après l’ascension qui peuvent avoir un intérêt pour la communauté des grimpeurs par simple identification, par curiosité ou pour un apprentissage. Je m’attache du coup à écrire des articles qui apporteront des questionnements, des réponses ou des informations à celui qui le lira.

Que ce soit en abordant ce thème ou d’autres ou bien en écrivant des comptes rendus de voyage. Dans tous les cas, j’ai envie de partager ce que je vis avec les autres tout en transmettant des informations, des conseils ou des ressentis même s’il est clair qu’ils seront toujours très personnels et subjectifs… Libre à chacun d’en retenir ce qu’il en souhaite.

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Ton dernier challenge ?

Mon dernier challenge, c’était Classe Croute, un 8b à Mollans-sur-Ouvèze. Il se trouve que je n’avais encore jamais atteint cette cotation. Et c’est ce qui a dû participer au fait que, même inconsciemment, cette voie a été un défi et une lutte. Ainsi, je suis passée par toutes les phases psychologiques possibles… L’excitation, la peur, le doute, les questionnements existentiels, l’acception d’un échec temporaire puis le retour de la confiance en soi pour finalement avoir droit au run à la limite de la perfection qui apporte son lot de sensations inoubliables. Et finalement je crois que c’est vraiment pour tout ça que je grimpe.

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Tes projets en cours ?

En fait, j’aimerais vraiment réussir à faire Digital Crack. J’y suis allée l’été dernier par curiosité. Rien que l’esthétisme du gendarme et de la ligne attire l’œil… Mais j’ai été surprise par la qualité de la gestuelle proposée. C’est non seulement beau à regarder mais également incroyablement plaisant et classe à grimper.

Tout d’abord, cette voie me motive pour sa beauté. Mais aussi pour l’effort qu’elle requiert. Forcer et rester lucide à 3800 m d’altitude n’est pas anodin. Surtout pour moi qui ne suis pas adepte de longs efforts ou de course en altitude. Et si j’arrive à faire cette voie, ce qui représente du coup un bon challenge pour moi, c’est que j’aurai réussi à adapter mon corps à cet environnement. Et ça m’ouvrira des portes pour aller faire d’autres belles voies en altitude dans le massif !

Comment t’entraînes-tu pour mener tes projets de grimpe à bien ?

Je ne m’entraîne pas tellement spécifiquement. Avec le travail, ce n’est pas toujours facile de trouver la force d’aller grimper le soir. Bien que ce soit un travail de bureau, donc peu fatigant physiquement, il prend beaucoup de jus mentalement. Je me retrouve souvent le soir sans plus aucun influx. Et c’est souvent difficile de se booster si je suis seule. Quand on est plusieurs, c’est plus facile ! Du coup je grimpe. Mais je n’appellerai pas vraiment ça de l’entrainement. Pour Digital Crack, je vais quand même essayer de courir régulièrement pour avoir une base sur les efforts longs. Et permettre à mon cœur de battre moins vite au moindre effort à 3800 m !

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Un conseil que tu pourrais donner aux lecteurs de La Fabrique verticale ?

En fait, je n’ai pas d’exercice spécifique à conseiller. Plutôt inciter les gens à prendre du plaisir dans ce qu’ils font. Grimper avec le cœur, aimer ce que l’on fait et éventuellement penser à objectif important à leurs yeux peut aider à garder l’envie quand l’effort devient dur. S’entraîner bêtement sans y mettre une quelconque intention est peu efficace à mon sens.

Comment ta pratique de l’escalade se retranscrit dans ton travail d’ingénieur chez Simond ?

Le fait d’être grimpeur et ingénieur permet d’avoir une sensibilité différente à l’égard des produits qu’on conçoit, le cœur y est davantage et les problématiques d’usage sont bien plus facilement intégrées que si quelqu’un devait me les expliquer. Concrètement, ça me permet aussi de pouvoir tester moi-même les prototypes en cours de développement, quand je suis encore dans la phase de recherche.

C’est un gain de temps indéniable car j’ai en tête, à la fois les contraintes techniques de faisabilité tout autant que les fonctions auxquelles doit répondre le produit. Néanmoins, il ne faut pas s’arrêter à son seul test personnel. Car on est forcément subjectif et parfois fermé sur certaines possibilités, même inconsciemment ! En phase de recherche, c’est un bon moyen pour accélérer le processus de développement. Mais quand les prototypes sont plus aboutis, il est indispensable de les faire à d’autres.

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Caroline lors d’un voyage Simond à Margalef

Sur quels produits de grimpe travailles-tu actuellement dans cette grande marque de matos, si leur développement n’est pas trop top secret ?

Actuellement, je travaille sur une perche d’escalade et sur des coinceurs mécaniques après avoir fait une poutre d’escalade, Ballsy Board, et une brosse pour les prises. Typiquement lors de mes dernières vacances, j’ai pu prendre le prototype de perche et le tester en falaise, tout comme j’ai pu tester les derniers prototypes de coinceurs mécaniques. Je rentre du coup avec plein de nouvelles idées et modifications à appliquer aux produits. Et motivée comme jamais pour rebosser ! ☺

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Caroline lors du tournage du film Fleur de rocaille

Crédits photos :
– Fleur de Rocaille : Raphaël Fourau
– Classe croute : Laurent Perez
– Digital Crack : David de Siebenthal
– portrait : Cedric Lachat
– Margalef : Sam Bié
– Wings of Life : Cedric Lachat

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