Pourquoi vous devriez (aussi) mettre un casque en falaise

porter un casque en falaise pour la performance en escalade

En grande voie ou en alpinisme, le casque est devenu un automatisme pour la quasi-totalité des pratiquants. Risque de chute de pierres, verticalité austère, engagement… L’environnement impose sa loi. Pourtant, dès qu’on retourne sur des voies d’une seule longueur, le casque a fâcheusement tendance à rester dans le coffre de la voiture, au fond du sac, voire à la maison. Or il est tout aussi indispensable en falaise. Voyons pourquoi !

“C’est bien équipé”, “le rocher est purgé depuis longtemps”, “ça me tient chaud à la tête”, “c’est pas très stylé”… Les excuses sont légion. À La Fabrique verticale, nous aimons décortiquer la pratique pour vous aider à devenir plus fort. Mais notre préoccupation est aussi de vous permettre de rester en bonne santé et de durer plus longtemps. Alors, posons les choses à plat : pourquoi le casque est-il tout sauf accessoire en falaise ?

Olivier Broussouloux dans le départ très péchonnant de Tango, 8c, Grotte de Francardo, Corse. Vigilance absolue à l'assurage !

Casque : quand le danger vient d’en haut

Les chutes de pierre ou de matériel… C’est l’argument le plus évident, mais aussi celui qui devrait faire le plus réfléchir. Car il peut être mortel. Une falaise sportive, même très fréquentée et réputée purgée, reste un milieu naturel vivant.

  • L’effet “grimpeur du dessus” : un grimpeur qui tire sur une prise instable au-dessus de son assureur, et c’est le drame.
  • La faune locale : Un oiseau qui s’envole d’une vire, une chèvre qui passe au-dessus de la barre, et voilà un projectile lancé à pleine vitesse.
  • Le matos qui vole : Une dégaine qui échappe des mains du leader, un smartphone qui glisse de sa poche… Un simple mousqueton lâché de 20 mètres de haut se transforme en véritable obus.

Le chiffre qui fait réfléchir : Une pierre de la taille d’une balle de ping-pong tombant de 30 mètres atteint une vitesse d’impact suffisante pour causer un traumatisme crânien sévère. Le crâne humain n’est pas conçu pour cela ; le polystyrène expansé de votre casque, si.

intérêt de porter un casque en falaise chèvres
La présence d’animaux en haut des falaises peut générer des chutes de pierre

Casque : le retournement lors d’un vol

En falaise sportive, on vole. Beaucoup. C’est même le principe pour progresser et repousser ses limites. Mais un vol en couenne n’est pas toujours anodin, notamment à cause d’une erreur de placement de corde bien connue : la corde derrière la jambe.

Si vous chutez alors que la corde est passée derrière votre mollet ou votre cuisse, l’effet de tension va instantanément vous basculer la tête la première. Dans ce genre de configuration, le grimpeur fait office de pendule et sa tête vient percuter la paroi avec une force cinétique importante. Sans casque, l’issue peut être dramatique.

Par ailleurs, lorsqu’on travaille une voie dure, en particulier en toit ou dans une grotte, il n’est pas si rare d’avoir des risques de retour au sol. Les mouvements peuvent être difficiles dès les premières sections et certaines configurations très déversantes placer le grimpeur dans une position propice au retournement, si chute il devait y avoir. Porter un casque prend là encore tout son sens.

escalade à la grotte de Francardo, 8c
Laurence Guyon lors d’un essai dans Tango, 8c, Grotte de Francardo, Corse. Un jeté qui n’est pas loin du sol !

Le relief

Toutes les falaises ne sont pas de parfaits dévers espagnols où l’on chute dans le vide, sans jamais retoucher le rocher. Dans le vertical ou dans des profils en dalle couchée, le risque de heurter une vire ou un relief lors d’une chute est réel. Et même dans des falaises plus déversantes, l’existence de colonettes ou de concrétions représente aussi un danger potentiel.

De plus, lors d’un vol dynamique, le corps subit une accélération et parfois un effet coup de fouet. La tête peut être projetée violemment vers l’arrière et heurter le rocher, même si vos pieds ont touché en premier. Ce cas de figure est plus fréquent dans des voies inclinées positivement, en dalle, donc d’apparence débonnaire !

escalade en falaise port du casque recommandé
En falaise, même dans des voies de niveau modéré, le port du casque est recommandé (c) Sam Bié pour Petzl

Assureurs, vous êtes en première ligne !

On parle souvent du grimpeur. Mais l’assureur est sans doute celui qui a le plus besoin d’un casque au pied des voies.

Si le grimpeur fait tomber une pierre et que celle-ci touche l’assureur non casqué, ce dernier risque de perdre connaissance ou de lâcher le système d’assurage. C’est le double accident assuré : l’assureur est blessé, et le grimpeur fait une chute au sol. Porter un casque en assurant, c’est autant pour votre sécurité que pour celle de votre partenaire.

climbing performance petzl
Michaela Kiersch assurant Alex Megos à Margalef (c) Sam Bié pour Petzl

Casque : les technologies modernes à la rescousse

Si votre dernier souvenir de casque remonte aux modèles “bol” en plastique lourd et étouffant des années 90, bonne nouvelle ! Car la technologie a radicalement changé la donne. Certains casques sont aujourd’hui dotés d’une construction in-mold (calotin en polystyrène expansé EPS + fine coque polycarbonate). Résultat des courses : on obtient des modèles ultra-léger (souvent moins de 200g) et ultra-ventilés, qu’on oublie instantanément sur la tête. Idéal pour la performance en falaise, même l’été par temps chaud.

PETZL casque escalade en falaise
(c) Sam Bié pour Petzl

Et à côté de ces casques haut de gamme, les modèles plus classiques, à construction hybride (coque épaisse en ABS, calotin en mousse polypropylène expansé EPP et calotin en mousse polystyrène expansé EPS), restent quand même plus légers que les casques ancienne génération. Très robustes, ils résistent mieux aux mauvais traitements dans le transport. Parfait pour les grimpeurs polyvalents, qui partagent leur temps entre la falaise et les grandes voies.

Enfin, les technologies MIPS et Top and Side Protection développées par les fabricants de casques ces dernières années offrent une protection renforcée contre les impacts latéraux et obliques. Pour une sécurité maximale même lors des chutes improbables en pendule, suite à un retournement.

escalade en dévers

En conclusion : casque, changeons les mentalités

Le style a bon dos. Mais un traumatisme crânien n’a rien d’esthétique. Aujourd’hui, les fabricants proposent des casques légers et ventilés. Donc il n’existe plus aucune barrière technique ou de confort pour ne pas le porter, même en falaise.

escalade en Corse
Anna-Déa à la Richiusa, en Corse

Tout comme le ski ou le cyclisme ont fait leur révolution en rendant le casque indispensable, l’escalade de falaise doit poursuivre sa mutation. Pour votre sécurité, pour celle de votre assureur et pour montrer l’exemple aux plus jeunes : portez votre casque dès la marche d’approche, à partir du moment où vous approchez de la paroi.

D’ailleurs, le casque a tendance à se généraliser chez les grimpeurs professionnels. On voit de plus en plus de photos de performance dans des voies dures réalisées avec casque. Et pas seulement parce que les grimpeurs sont encouragés par leurs sponsors à le porter sur les images pour montrer l’exemple. Une prise de conscience générale se fait jour. Et c’est une bonne chose ! C’est en tout cas ce qu’on a pu observer en falaise, lors de nos séances. Le casque n’est plus seulement l’apanage du grimpeur débutant.

Alex Megos escalade
Alex Megos dans Tierra Negra, 9a/a+, à Margalef (c) Sam Bié pour Petzl

Bonne grimpe à tous, et restez prudents !

Et vous, c’est quoi votre excuse pour ne pas mettre le casque en couenne ? Dites-le nous en commentaire (on est prêts à parer tous vos arguments !)

Lire aussi Comment bien choisir son casque

 

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2 réponses

  1. Fil dit :

    Megos (et Kiersch) avec un casque, c’est seulement dans les shootings sponsoring… Jamais vu de photos ou de vidéos d’eux avec un casque!
    Ceci dit, oui, porter un casque en couennes fait totalement sens.

    • Olivier dit :

      Merci pour ton message. Oui tu as – en partie – raison. Et cela commence sans doute comme cela. Pour ma part je ne l’utilise pas systématiquement en couennes. Je décide en fonction du contexte et des caractéristiques de la voie que j’essaye.

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