Voyage au coeur de la performance

performance - escalade
Quels sont les paramètres qui influencent le plus la performance en escalade ? Depuis une vingtaine d’années, plusieurs chercheurs ont tenté de répondre à cette question, de façon plus ou moins convaincante. Dans une publication de 2013, Artur Magiera et ses collaborateurs (universités d’Opole et de Katowice) apportent leur contribution à la discussion.

Dans cette étude, ce sont 43 variables qui ont été recueillies sur des grimpeurs pratiquant l’escalade sportive à bon niveau (7b+ à vue ; 8a après travail en moyenne). Classées en trois catégories, elles couvraient des facteurs mentaux ou psychologiques (persévérance, habiletés tactiques, traits de caractère, …), des aspects somatiques (dimensions corporelles, niveaux de force ou d’endurance des doigts et bras, de souplesse, …) et techniques (équilibre, vitesse de réaction, technique gestuelle, …). Elles ont ensuite été analysées par des techniques multiparamétriques.

Des résultats

À l’issue du traitement statistique, les auteurs pointent 7 variables qui déterminent de manière significative la performance à vue ou après travail : la force des doigts, l’endurance mentale, la technique, l’endurance des doigts, le temps de réaction à un signal complexe, la consommation d’oxygène durant un exercice effectué avec les membres supérieurs au seuil anaérobie.

Les auteurs ont aussi sélectionné 8 facteurs dominants dans les catégories « mental », « physique » et « technique » qui, pris ensembles, déterminent 96 % de la performance globale des grimpeurs testés (les autres facteurs couvrant les 4 % restants).

Magiera et son équipe confirment également (tout en les modulant) les hypothèses faites notamment par Olivier Guidi en 2002 ou Éric Hörst en 2003, d’une contribution relativement équilibrée du mental (25%), du physique (38%) et de la technique (33%) à la performance.

mental-physique-technique

Enfin, ils relèvent des interactions fortes entre certaines variables des catégories« mental » et « technique », en particulier le contrôle moteur, les compétences tactiques et la coordination ou la technique gestuelle.

Des questions

Les résultats de cette étude tendent à montrer que les aptitudes des grimpeurs elles-mêmes ont plus de « poids » sur la performance que les exigences requises par les deux formes de pratique, à vue ou après travail. Si cela n’est pas surprenant pour des facteurs comme la force des doigts ou l’endurance mentale, cela interroge néanmoins quand l’on considère le paramètre « endurance doigt » fixé à 70 % de la force maximale.

La part du « mental » dans la performance apparaît plus basse que dans les observations de Guidi ou Hörst. Bien sûr, les résultats présentés ne concernent que les grimpeurs ayant pris part à cette étude et reflètent aussi leur mode d’entraînement, mais on peut s’interroger sur le bienfondé de certains des critères mentaux retenus (tendances névrotiques et psychotiques…) : permettent-ils vraiment de rendre compte des exigences de la pratique actuelle de l’escalade sportive ?

Que retenir ?

En dépit des réserves que l’on peut porter à l’égard de ce type d’approche de la performance, elle a tout de même le mérite de rappeler que l’escalade est une activité complexe, dans laquelle de nombreux facteurs interviennent. Ainsi, et contrairement à ce que font pas mal de grimpeurs néophytes, il faut viser dans notre pratique un développement harmonieux de tous les paramètres qui affectent la performance, plutôt que chercher à compenser des lacunes dans le domaine gestuel par du physique par exemple.

Article complet ici.

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11 réponses

  1. Sheila McCarron dit :

    Très intéressant, et le graphique dans l’article complet qui compare les 3 sports (athlétisme, grimpe et golf) montre que l’escalade est celui (de ces 3 en tout cas) qui sollicite l’athlète de la manière la plus équilibrée entre technique, physique et mental. Au plus haut niveau donc, où en gros ils se valent techniquement et on peut imaginer un niveau physique similaire (sauf quelques petites variantes (‘lacunes’), c’est le mental qui fera la différence. On s’en doutait mais là c’est très clair. Merci d’avoir partagé !

    • Olivier dit :

      Merci Sheila pour ton commentaire. Je pense qu’il faut retenir que ce sont les interactions entre tous les paramètres qui sont déterminantes. Une « performance » quelle que soit le niveau est le reflet à un instant d’une synergie optimale entre toutes les qualités du sportif. La finale de Jakob Schubert en Corée, récemment, en constitue sans doute un bon exemple : en « état de grâce », il a dégagé une telle impression de facilité qu’on avait l’impression que la
      voie était « facile ». Les prestations de ses adversaires, au niveau pourtant exceptionnel, ont bien infirmé cette perception…

  2. Jacques dit :

    Il serait intéressant de voir l’étude étendue à la pratique de l’escalade traditionnelle (sur protections naturelles) afin de voir l’impact que ça aurait sur les proportions techniques, physiques et mentales de l’équation. A priori, les côtés techniques et mentales devraient augmenter en importance, mais une vérification statistique serait intéressante. Imaginons aussi, pour s’amuser, quel seraient ces proportions pour l’escalade en solitaire à la Alex Honnold :-)! Clairement dans ce dernier cas, seuls les survivants auraient droit de parole…

    • Olivier dit :

      Tout à fait ! On est tout à fait en droit de penser aussi que la « répartition » n’est pas la même selon les niveaux d’expertise en escalade sportive. cf. le travail réalisé il y a déjà quelques années par Didier Delignières sur les notions de risque réel, risque perçu.

  3. seb dit :

    Plus que Didier Delignières, Gilles Bui Xian également prof en Staps à Montpellier, a théorisé la chose. Les universitaires auront plus facilement accès à sa thèse que moi. Je me suis replongé dans les cours que j’avais eu , et il décompose les choses de la façon suivante:
    -l’axe ou la phase émotionnelle: phase à travers laquelle il faut passer pour affronter l’essence de l ‘activité. L’émotion domine la raison. Pas de technique, perte de raison, il ne reste donc à l’individu que ses dispositions physiques pour répondre à une situation donnée. Cela peut aller jusqu’au refus de l’ activité.
    -l’étape fonctionnelle: la raison refait surface. Elle devient même dominante. L’élève cherche à trouver des solutions, même simplistes.
    -la troisième étape, est l’étape technique. Le sujet est enfin en disposition pour apprendre
    -puis vient l’étape de la contextualisation, conceptualisation, complexification: comment faire fonctionner la technique dans un contexte particulier
    -dernière étape, celle de l’expertise, où tous les axes sont travaillés.
    Ainsi à partir de ses 3 axes, corps , esprit , technique, on peut dégager un volume. Un parallélépipède. Toutes les activités sont définissables sous cette forme. Seul le volume diffère. Il diffère aussi en fonction de l’âge, et de l’expertise…Ainsi il y a des activités à dominantes techniques, émotionnelles, « physiques » …
    Résumé rapide, il n’y plus qu’à prendre le temps de lire sa thèse:-))

  4. seb dit :

    je n’ y avais pas pensé. Mais effectivement…

  5. Demay dit :

    Excellent article comme toujours. Je dis toujours à mes élèves que la fourchette des poosibilites de progression est large. Je suis content de voir que la technique et le mental participe à parts égales avec le physique. Cependant je pense que sur des escalades engagées en parois verticales la part du physique devient minoritaire suivant les individus. L’adaptation reste la discipline reine en escalade!

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