“C’est morpho !” (1ère partie)

escalade morpho
“C’est morpho !” : voilà le genre de phrase qu’on entend souvent dans la bouche des grimpeurs de petite taille. Et quand ils ne le disent pas à haute voix, ils le pensent tellement fort qu’on peut les entendre à l’autre bout de la salle ! La Fabrique Verticale a décidé de prendre à bras le corps cette épineuse question.

Morpho, quesaco ?

Un mouvement est dit “morpho” (ou morphologique) quand sa bonne réalisation et la difficulté qu’il représente dépendent de la taille du grimpeur qui s’y confronte. Typiquement, un jeté ou un passage avec des prises très éloignées sera plus difficile à réaliser pour un grimpeur de petite taille que pour un grand. Il pourra même s’avérer totalement rédhibitoire.

escalade morpho climbing reachy moves

À l’inverse, un rétablissement, avec des prises très regroupées, pourra handicaper un grimpeur de grande taille. Tout comme une section en toit, en gainage, difficile à négocier avec de longues jambes. Il s’agit là bien sûr de cas-limites, étant bien entendu que la variété des situations dans lesquelles un petit ou un grand peuvent se retrouver en difficulté est bien plus large (la taille des doigts n’est pas toujours en adéquation avec la taille des prises, la longueur du tibia pas toujours adaptée pour les coincements de genou, la pointure de pied pas toujours idéale pour les coincements talon-pointe, etc, etc).

Généralement les grimpeurs qui évoquent un problème “morphologique” s’entendent invariablement répondre : “Il n’y a pas de problème de taille, il n’y a que des problèmes de force”. Certes… Admettons que toutes les situations dites “morphologiques” puissent se compenser par la force. Mais au fait, s’il faut plus de force à un grimpeur qu’à un autre pour réaliser un même passage (du fait de leur différence de morphologie), pourquoi au final attribuer une même cotation à leurs performances respectives ? Vaste débat… Vous avez 4 heures.

Plus sérieusement, l’idée de cet article n’est pas de démontrer que certains grimpeurs ont plus de mérite que d’autres à cotation égale mais de donner à chacun des pistes de progression, pour se tirer le mieux possible de ces situations dites “morphologiques”.

Jakob Schubert, Ramon Julian Puigblanque et Adam Ondra, des morphologies différentes mais tout trois de bons résultats en compétition !

Jakob Schubert, Ramon Julian Puigblanque et Adam Ondra, des morphologies différentes mais tout trois de bons résultats en compétition !

Que faire quand on est petit ?

Récemment, La Fabrique Verticale a reçu un message d’une internaute confrontée à ce type de problème : “Bonjour ! Je suis avec assiduité vos articles mais je n’en ai trouvé aucun qui traite de la question de la morphologie… Auriez-vous des conseils à donner à une petite grimpeuse ? Je mesure 1m50 et fais du rouge bloc mais je me retrouve souvent bloquée sur des mouv’ morpho et j’ai du mal à trouver des stratégies pour compenser cela… Merci d’avance !”

Voici les grandes pistes que nous lui avons indiquées :
1. Développer la force dans les doigts, pour pouvoir tenir toutes sortes de petites prises, y compris celles que les autres grimpeurs considèrent comme des intermédiaires
2. Travailler en situation d’extension maximale, par exemple sur le Pan Güllich ou sur le System board, en faisant des séries de relancés jusqu’à trouver l’amplitude limite
3. Développer l’explosivité dans les jambes et la coordination bras/jambes, pour accroître son rayon d’action dans les jetés
4. Gagner en blocage, pour pouvoir aller chercher loin des prises plates sur lesquelles il peut être délicat de jeter
5. Mentalement, rester zen et être le plus possible dans une attitude d’ouverture. Chercher d’autres méthodes que celles utilisées par la plupart des grimpeurs, même si elles vous paraissent de prime abord saugrenues

morpho

Que faire quand on est grand ?

N’ayant pas expérimenté personnellement les problèmes qu’un grand peut rencontrer, j’ai contacté Romain Pagnoux, un fort grimpeur des Pyrénées, qui culmine non pas à 3404m comme le Pic d’Aneto mais suffisamment haut pour nous éclairer sur la question ! Voici ce qu’il nous a dit :

“Je n’ai pas en tête de cas précis où la grande taille peut être un handicap. De façon générale cela demande, je pense, un travail un peu plus important sur le gainage, pour éviter l’effet “bras de levier” dans les gros dévers. Personnellement je n’ai pas vraiment été embêté par ma taille car je suis souple du bassin et c’est important, je pense, pour compenser les situations où tu te retrouves avec des pieds proches des mains !”

En résumé :
1. Remercier Dame nature (ok je sors)
2. Travailler la souplesse, notamment l’ouverture de bassin, pour pouvoir monter les pieds très haut et les charger
3. Renforcer le gainage, pour éviter les ballants et les longues jambes qui partent à Mach 2 dans les dévers
4. Ne pas hésiter à sortir des méthodes utilisées par les autres grimpeurs et à profiter de son allonge

Retrouvez aussi la suite de notre dossier consacré aux questions morphologiques avec le témoignage de Christophe Bichet, grimpeur petit par la taille mais grand par l’énergie et le talent !

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10 réponses

  1. Barnabé dit :

    Il n’y a pas de problème d’allonge tant que tes pieds touchent les prises.
    Eric

  2. Silon V dit :

    Je rajouterai pour les « petits » de travailler les sensations en adhérence, ca permet de gagner quelques centimètres parfois.
    Et j’invite à regarder des vidéos (rares) de salomé Romain, grimpeuse très impressionnante de par son explosivité et la précision de ses jetés.
    Après il y a aussi parfois un manque d’éducation de certain ouvreur en résine qui irrémédiablement s’obstine à écarter les prises pour augmenter la difficulté… (je me renseigne toujours sur la taille de l’ouvreur avant de critiquer!)

  3. Alban D dit :

    Je fais 1m91 et je confirme que le paramètre numéro 1 à travailler pour les grands est la souplesse et particulièrement ouverture de bassin et flexion de hanche (syndrome du cul en arrière bonjour)
    numéro 2 le gainage, effectivement avec nos grandes guibolles les ballants sont potentiellement un plus gros facteur de chute,
    numéro 3 la tenue de prise car nos mains souvent bien plus grosses peuvent s’avérer très efficaces sur de gros plats mais deviennent un terrible handicap sur les petites rognures où on met souvent une phalange de moins que les p’tits jeunes qui nous botte les fesses. 🙂

    • Guyon dit :

      Pas mieux qu’Alban ! Je suis aussi assez grand (1m86) et c’est bien de rétablir un peu les choses…

      Oui, les « grands » sont souvent avantagés pour aller chercher les prises de mains au niveau de l’allonge … Mais non, ca n’est pas qu’un avantage !! Et trop souvent, on entend le « c’est morpho ! » plutôt pour les « petits » … beaucoup plus rarement pour les « grands » !

      Et pourtant, oui, avec une morphologie tirant vers les extrémités (« petit » ou « grands »), certains mouvements deviennent plus difficiles que pour les autres.

      Et effectivement, la principale difficulté pour les « grands » et de se retrouver trop regrouper (avec les fesses bien en arrière qui ressortent du coup !!), quand dans certains cas, il faut monter les pieds aux oreilles quand il n’y a pas trop de choix. Cette situation se retrouve plus souvent en salle ou sur des roches plus compacte de type grès (pauvres en intermédiaires). Sur le calcaire c’est souvent moins perceptible, du fait de la nature de la roche qui, de part sa structure (plein de strates ou de reliefs), offre souvent un large choix possible pour les pieds : on n’a pas toujours le meilleur, mais on peut s’adapter !

      Du coup effectivement, la souplesse du bassin est capitale pour les « grands » pour pouvoir utiliser les prises de pieds, quand elles sont « hautes » ou quand il faut monter un talon au dessus des oreilles et qu’il n’y a pas vraiment d’alternatives… d’autant que pour un pied à la même hauteur, les segments étant plus grands, l’angle de l’articulation (genou par exemple) est plus fermé et donc il faudra plus de souplesse (à position égale) pour pouvoir utiliser le même pied et pour développer !

      Enfin, parfois, comme pour les petits, il faut savoir ne pas se laisser enfermer dans les méthodes « classiques » et commencer à chercher des méthodes parfois tordues (penser à jeter… si si si même pour les grands, des fois ca sauve !!) , ou parfois vraiment difficiles (pieds à plats) !

      C’est tout l’intérêt de l’escalade : d’essayer de jouer pour trouver une solution qui nous convienne … et parfois aussi se rendre aussi à l’évidence qu’en l’état, on ne peut tout simplement pas faire ce bloc ou cette voie (même si la cotation semble parfois abordable !!).

      Heureusement, dame Nature, nous a fournit un terrain de jeu pratiquement sans limites : ce qui nous permet de tous de nous amuser .. qu’on soit petit…moyen…. ou grand !!! 🙂

  4. Olivier dit :

    Un truc qui marche pas mal pour toutes les morphologies. …perdre 3 kilos!

  5. Emilie dit :

    Les petits, on a souvent tendance à oublier que le rapport poid force est vraiment meilleur chez quelqu’un de petite taille que chez quelqu’un de plus grand. Bien que j’ai rarement entendu un grimpeur de grande taille dire qu’il ne peut faire une voie vu que sa taille fait qu’il a un mauvais rapport poid/force, on entend sans cesse les plus petits parler de mouvements trop longs… On a tous nos forces et nos faiblesses!

  6. didier vales dit :

    je suis pas très grand et mai copain de grimpé sont souvent plus grand (qui a dit ces pas dur)
    sous sur les pas je suis souvent plus groupé pour avoir les pieds le plus possible pour pouvoir atteindre des mise de le un peu haute pour moi

  7. Alexandre dit :

    Une expérience consisterait à équiper, en SAE, des voies « proportionnelles ».

    Exemple : on équipe une voie en SAE, et on équipe aussi sa « grande sœur », identique en tout point, sauf que toutes ses dimensions sont égales à 110% de celles de sa petite sœur (distances, mais aussi taille des prises). On demande ensuite à un lot de grimpeurs de 170 cm de taille moyenne de grimper la petite voie, puis à un lot de grimpeurs de 187 cm de taille moyenne de grimper la grande sœur. Ensuite on leur demande de coter les voies. A répéter bien sûr sur des styles de voies différentes, des niveaux différents, etc…

    A condition d’être répétée un grand nombre de fois sur des voies différentes et pour des lots de grimpeurs représentatifs, cette expérience permettrait de trancher définitivement (ou pas).

    Expérience un peu chère à l’échelle d’un club mais qui serait réalisable avec les moyens d’une (ou plusieurs) entreprise(s)

  8. sophie dit :

    Moi aussi j’entends souvent quand je passe pas une voie qui demande de l’allonge : ‘tu devrais y arriver pourtant vu ta taille ‘ (je fais 1m77 ) c’est vrai quand dans certaine voie ça aide mais pour moi c’est avant tout une question de rapport poids/puissance et de technique pardi car quand on merde dans une voie (pardon -:) ) c’est qu’on l’a mal lu et qu’on ne trouve pas le bon geste -J’ai déja vu Salomé Romain à l’oeuvre , elle doit mesurer 1m50 à tout casser et elle passe partout ! .

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