Parole de coach : rencontre avec Ürs Stöcker, entraîneur

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Parole de coach, c’est le nom de notre nouvelle série d’interviews consacrées aux entraîneurs. Nous sommes à quelques mois du grand colloque sur l’escalade qui doit avoir lieu à Chamonix pendant la Coupe du Monde. Et de la journée spéciale dédiée à l’entraînement qui va avoir lieu dans ce cadre. La Fabrique verticale a donc souhaité partir à la rencontre des futurs intervenants.

D’une manière plus générale, la Fabrique verticale souhaite donner la parole à tous ceux qui oeuvrent au sein des Équipes nationales et permettent aux grimpeurs de s’exprimer pleinement en compétition. D’optimiser leur potentiel. Nous inaugurons la série avec Ürs Stocker, l’entraîneur de l’Équipe d’Allemagne de difficulté. Un coach au parcours atypique, puisque Ürs est suisse, ce qui ne le prédestinait pas, a priori, à entraîner les grimpeurs teutons !

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Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Ürs Stöcker. Je suis l’entraîneur de l’Équipe d’Allemagne pour les seniors qui ont le potentiel de rentrer aux Jeux Olympiques. J’ai 41 ans et je grimpe depuis plus d’un quart de siècle. Alors, j’ai grandi en Suisse, dans la région des Grisons où j’ai fait beaucoup de montagne avant de devenir coach de grimpe. J’ai participé à quelques épreuves de Coupe de Monde en glace. Sur le plan des études, j’ai étudié la physique quantique et j’ai fait mon doctorat en mécanique musculaire.

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Quel a été ton cursus pour devenir entraîneur national en Suisse puis en Allemagne ?

En 2003, j’ai commencé par hasard comme entraineur assistant à l’échelon régional, à Zürich. En 2004, je suis monté en grade et j’ai pris la tête de ce pôle régional. À cette époque, j’ai aussi suivi les formations pour devenir entraîneur. En 2006, le Club Alpin Suisse m’a demandé de d’entraîner les Équipes nationales de glace. Parallèlement, j’ai continué à encadrer en escalade. En 2008, je suis devenu coach assistant de l’Équipe nationale d’escalade et 2009, coach principal de l’Équipe suisse de diff pour les seniors et après dans tous les disciplines. Depuis 2017, j’ai eu l’opportunité de rejoindre l’Allemagne, pour entrainer dans la perspective olympique, avec deux autres coachs (Maxi Klaus et Fritze Kops).

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Quelle est ta philosophie globale de l’entraînement en tant que coach et qu’est-ce qui est primordial pour toi dans la gestion des grimpeurs de haut-niveau ?

Ma philosophie est de travailler dur sur ses points faibles et continuer à entretenir ses points forts. Le but du jeu, à haut niveau, c’est de parvenir à s’entrainer beaucoup, mais avec des hautes intensités. Dans un premier temps, il faut adapter le corps à supporter un volume important d’entrainement. Mais après, il faut jouer avec des intensités assez élevées. En tant que coach, c’est important de bien accompagner les grimpeurs sur ces questions pour gérer la dynamique des charges afin que les athlètes s’entrainent toujours dans la zone cible.

Si on entraine à haut niveau, ce qu’il faut surtout planifier, ce sont les phases de repos. Que ce soit à l’échelle de la semaine, mais aussi plus globalement à l’échelle du cycle. Un autre aspect important, dans l’entrainement à haut niveau, c’est de déterminer précisément ce qui est nécessaire pour être le meilleur, avec une planification exacte et une analyse permanente de cette planification, avec des régulations. Enfin, il faut aussi renouveler une partie de l’entraînement à chaque saison, pour s’assurer que les athlètes s’adaptent toujours à de nouvelles sollicitations.

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En termes d’entraînement, qu’a changé selon toi l’arrivée de l’escalade aux Jeux Olympiques?

Il faut s’entrainer simultanément pour toutes les disciplines : la vitesse, le bloc et la diff. Ça demande donc un très gros volume d’entrainement et surtout une planification très précise. Il faut creuser la théorie de l’entrainement en s’inspirant de ce qui se fait dans d’autres sports mais ne pas perdre de vue ce qu’on faisait jusqu’à présent en escalade et qui fonctionne bien.

Quelles sont les implications du choix qui a été fait du combiné, comme format olympique ?

Il faut être polyvalent, fort dans toutes les disciplines. Mais le mode de calcul pour le classement a aussi des implications. Comme les résultats sont multipliés, il faut aussi être un des meilleurs dans une ou deux disciplines.

Es-tu d’accord avec nous pour dire que les ouvertures dans les compétitions de difficulté intègrent de plus en plus des mouvements inspirés de la gestuelle du bloc ?

Oui et non. C’est en train de changer mais ça n’a pas encore changé partout. Ça dépend des ouvreurs qui interviennent. Mais oui, en général, c’est juste. Les prises utilisées sont les mêmes qu’en bloc. On retrouve beaucoup de volumes ou de prises qui demandent de l’optimisation pour les prendre. Par ailleurs, comme le temps d’escalade a été ramené à 6 minutes, il faut grimper vite et les voies sont plus courtes, ont moins des mouvements.

Quelles implications dans la préparation des grimpeurs ?

Il faut grimper vite, avoir de la force et être capable de récupérer partout. En développant la force maximale, on se donne plus de marge sur les mouvements et puis, finalement, on n’a pas tellement besoin d’avoir beaucoup d’endurance.

Qu’attends-tu d’un colloque comme celui de l’IRCRA qui est organisé cet été à Chamonix ?

Lors de ce colloque, j’espère que les scientifiques et les entraineurs pourront profiter de cette occasion pour échanger. Je pense que ces deux univers sont trop cloisonnés pour le moment. Si on souhaite développer l’escalade, il faut travailler ensemble. On a besoin que des scientifiques écoutent les questions que se posent les entraineurs et les athlètes. Et bien sûr, il faut que les entraineurs écoutent les réponses apportées et cherchent à les appliquer.

Je crois que tu as déjà participé à l’organisation de cette manifestation. Quelles avancées en termes d’entraînement en as-tu retenu ?

J’ai aidé à organiser la manifestation en 2014 à Pontresina. J’ai écouté beaucoup d’interventions sur les développements scientifiques de différents aspects comme l’entrainement, le matériel, la médecine et la psychologie.

Comment faire pour que les résultats des études scientifiques menées par les chercheurs en escalade soient plus utilisables et ruissèlent vers les entraîneurs aux échelons local et national, afin que le niveau global augmente ?

Comme je l’ai dit précédemment, il faut travailler ensemble. Ecouter quelles sont les questions et essayer d’y répondre.

As-tu la sensation qu’il y a de bons échanges entre les différentes nations et les différentes générations ?

Oui, en haut niveau, on est bien connecté. Évidemment, il y a plus en plus des nations qui veulent conserver leur savoir. Mais je pense c’est le mauvais chemin, parce que de cette manière elles s’isolent et n’ont pas l’opportunité de connaître quelles sont les nouvelles avancées. Les nouvelles idées émergent au travers des échanges et des discussions ouvertes qu’on peut avoir avec des experts. On peut ne pas être d’accord mais le développement se fait pendant la discussion et l’échange.

Photos coll Ürs Stöcker, David Schweizer, Vladek Zumr et Eddy Fowkes

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1 réponse

  1. 16 juillet 2018

    […] le projet olympique, y ont exposé leurs conceptions de l’entraînement. Notamment Udo Neumann, Urs Stöcker ou encore Sylvain Chapelle. Temps fort : Hiroshi Yasui, sélectionneur des Équipes japonaises, […]

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