Grimpe et vélo : la belle histoire d’un trip autour du monde

Noémie sur fond de paysage typique de Californie vers le Yosemite

Faire le tour du Monde en grimpant : c’est le rêve de beaucoup d’entre nous. Pourtant peu osent franchir le pas de l’aventure. Noémie et Adam, eux, n’ont pas hésité longtemps avant de suivre leur désir le plus profond. Et pour découvrir le Monde et accéder aux plus belles falaises, ils ont choisi rien moins que de voyager à vélo. Voici l’histoire d’un sacré périple grimpe et vélo. Nous vous convions à le partager au fil de l’interview qu’ils nous ont accordée, depuis le nouveau continent. (c’est Noémie qui parle).

En quelques mots, présentez-vous et dites-nous comment est né votre projet ?

Adam a grandi non loin du Peak District dans le Nord de l’Angleterre. Puis il est parti faire ses études et travailler dans la musique à Londres. Son amour pour les montagnes et l’escalade ne l’a jamais quitté. Et c’est ce qui a fini par le pousser à démissionner de son boulot d’ingénieur du son. En 2014, il commence à travailler comme moniteur d’escalade. Il concentre alors ses efforts dans l’organisation et la préparation d’un voyage de deux mois au Yosemite avec deux objectifs principaux : la face Nord de Half Dome et le Nose d’El Capitan.

J’ai grandi à Bourgoin-Jallieu dans l’Isère pas très loin des pistes de ski et des sentiers de randonnée des Alpes. Après l’obtention de mon master en économie, j’ai travaillé un an dans une association de promotion des énergies renouvelables. Et j’ai profité de mes vacances pour mon premier voyage à vélo jusqu’en Italie.

Noémie sur son vélo en Turquie, paysage de montagnes

Turquie. Descente en direction du canyon Kazikli-Ali une gorge réputée pour ses voies d’escalade sportive dans le parc national d’Ala Daglar.

Une fois mon contrat terminé, je suis partie au Canada pour bosser en tant que serveuse et apprendre l’anglais. À la fin de l’été 2014, j’avais économisé suffisamment d’argent pour un voyage de presque 4 mois à vélo vers le Mexique. Dans mes sacoches, mes chaussons et mon baudrier m’ont encouragé à faire un détour par le Yosemite.

J’ai toujours été motivée et intéressée par mes études. Mais sans jamais oublier de passer du temps dehors à pied, à vélo, en roller ou au club d’escalade.

Par le plus grand des hasards, nous nous sommes retrouvés à partager un emplacement au Camp 4 pendant 5 jours. Une fois reparti chacun dans notre direction, nous avons gardé le contact et nous nous sommes retrouvés en France, à Chamonix en janvier 2015.

Quelles étaient les motivations de départ ? Voyage ? Écologie ? Escalade ?

Peu de temps après avoir aménagé dans le camion à Adam, on s’imaginait retourner au Yosemite pour y grimper ensemble. J’ai suggéré qu’on y aille en vélo. Finalement cette idée de base s’est vite retrouvée noyée dans notre simple désir d’aventure. Nous savions comment vivre avec peu. Donc nous aurions assez de place pour transporter notre matériel d’escalade dans nos sacoches de vélo.

La motivation de ce voyage est celle de vivre simplement à l’extérieur. Pour prendre le temps de découvrir le monde à notre rythme sans contrainte de durée. Et de construire notre itinéraire en fonction des falaises qui nous attirent quand c’est possible !

Nous étions également très attachés à l’idée de ne pas prendre d’avion pour ce trip grimpe et vélo. Il nous paraissait important d’éviter la pollution qui en découle autant que possible. Des contraintes administratives nous ont finalement obligé à prendre trois vols dont deux pour survoler la Chine qui nous a refusé le visa à deux reprises. Il n’en reste pas moins que nous faisons tout pour les éviter. Voyager lentement à la seule force de ses mollets est le meilleur moyen de s’immerger complètement dans un lieu et dans le moment présent.

Adma prépare le matériel avant l'ascension, camp 4. Cordes, coinceurs sont étalés sur une bâche

Yosemite. Scène classique à camp 4, préparation du matos pour un big wall.

Quelle a été la durée « d’incubation », d’organisation concrètement ?

Nous avons passé quelques mois à faire des recherches sur les possibilités d’itinéraire, les visas, les frontières fermées, les falaises en route. Pour les pays nécessitant des visas, nous savions que nous devrions faire les demandes en route puisque nous n’avions aucune idée de dates. Le livre Parois de légendes d’Arnaud Petit et Stéphanie Bodet était une de nos sources d’inspiration en termes d’itinéraire.

Si ce n’est ces questions administratives, le plus gros de la préparation consistait à mettre suffisamment d’argent de côté pour tenir le plus longtemps possible.

Nous nous étions fixé un objectif de 20 000 euros. Somme que nous avons réussi à réunir en trois saisons à Chamonix. Le fait de vivre en camion et de ne pas payer de loyer a grandement facilité nos efforts d’épargne, sans avoir à se tuer au travail. Si ce n’est notre assurance et notre forfait de ski annuel, nos dépenses restaient limitées. Et nous pouvions même passer la plupart de notre temps libre en montagne et les inter-saisons en voyage vélo-escalade.

Avez-vous fait des runs d’entraînement pour ce trip grimpe et vélo ?

Oui justement, on a fait plusieurs voyages en mode cyclo-grimpeurs en Europe. Nous avons commencé par deux courtes balades sur quelques jours en Grande Bretagne en partant de chez les parents d’Adam pour aller grimper dans le Peak District.

Puis en Juin 2015, nous nous sommes mis en selle depuis Albertville direction les Dolomites avec deux cordes et toute la ferraille. Enchaîner les cols alpins français, suisse et italien de plus de 20 kilomètres, un bon défi pour notre premier vrai voyage à deux roues ensemble. Une fois sur place, la pluie était au rendez-vous. Mais nous avons quand même réussi à sortir les coinceurs et à se faire plaisir pendant une dizaine de jour avant de prendre le train du retour.

Albanie, deux mules au bord d'une route

Albanie. Véhicules d’un autre temps au coeur de l’Europe

La saison d’été terminée, nous avons repris la route depuis chez mes parents dans l’Isère, direction les Calanques. En route, nous avons grimpé dans la Drome avec mon oncle, à Buis-les-Baronnies, à Buoux, avant de faire quelques grandes voies au-dessus de la mer à côté de Cassis et de La Ciotat.

Enchaîner les cols alpins français, suisse et italien de plus de 20 kilomètres, un bon défi pour notre premier vrai voyage à deux roues ensemble.

Ces voyages n’étaient pas seulement des runs d’entraînement pour ce trip grimpe et vélo. Mais aussi des essais pour s’assurer que voyager à vélo plaisait à Adam. Et bien sûr pour évaluer la faisabilité de transporter tout le matos d’escalade dans nos sacoches. La seule fois où on est parti avec l’idée de s’entrainer, c’était en juin 2016. Adam avait décrété que nous étions capables de faire le tour du Mont Blanc en deux jours. 330km, 9000m de dénivelé entre la France, l’Italie et la Suisse.

Un bon entraînement pour la Pamir Highway au Tajikistan, la deuxième route la plus haute du monde. Autant dire qu’avec nos vélos chargés, le défi était de taille. En fait nous avons fini par appeler nos patrons pour demander un jour de congé supplémentaire pour finir cette boucle de l’enfer !

Quel est votre trajet et sur combien de temps se déroulera-t-il ?

Notre idée de base était de traverser l’Europe et l’Asie d’ouest en est. Puis de descendre depuis l’Alaska jusqu’en Amérique du Sud avant de remonter l’Afrique pour rentrer en Europe, le tout en essayant de grimper le plus possible en chemin. Le jour de notre départ en octobre 2016, nous pensions être partis pour 2-3 ans. Seulement voilà, cela fait maintenant 28 mois que nous sommes partis. Et nous ne sommes qu’au Canada !

Le jour de notre départ en octobre 2016, nous pensions être partis pour 2-3 ans.

Nous avons presque épuisé nos économies. Mais par chance nous avons tous les deux obtenu un Permis Vacances Travail canadien de deux ans qui va nous permettre de travailler ici. Fin janvier, nous avons acheté un camion. On ne change pas une recette qui gagne ! Et nous sommes maintenant à Squamish. Avant de commencer à travailler – pour de vrai – nous avons un projet de film retraçant notre première année sur la route.

Grimpeuse sur une dalle de granit, en Corée du Sud, près de la falaise de Bae Bawi

Corée du Sud. Dernière longueur d’une arrête en 8 longueurs à côté de la falaise de Bae Bawi

Cette période de transition est pour le moment pleine d’incertitudes. Pour rallier l’Alaska à l’Argentine tout en grimpant en chemin, cela nous prendra un minimum de deux ans. Ce à quoi il faut ajouter le temps de nous refaire une santé financière. L’idée d’être loin de nos familles pendant encore 4-5 ans étant difficile à envisager, nous reverrons peut-être notre parcours pour faire un détour de quelques mois en Europe.

Quelle place occupe l’escalade dans votre trip grimpe et vélo ?

Dans l’idéal, on essaie de passer autant de temps sur la route qu’en falaise. Dans la réalité, ça ne marche pas toujours comme on voudrait. Lors de notre départ en octobre 2016, nous pensions pouvoir découvrir les falaises allemandes, tchèques et croates avant l’hiver. Notre optimisme fut de courte durée. Car les tempêtes de neige ne s’interrompaient que pour laisser passer des semaines pluvieuses. Nous avons réussi à passer quelques jours sur du caillou en Croatie. Mais ce n’est qu’au mois de mars une fois sur Kalymnos que nous avons vraiment pu nous y remettre.

Dans l’idéal, on essaie de passer autant de temps sur la route qu’en falaise.

En Turquie la pluie nous rattrape à chaque fois qu’on atteint un site de grimpe. Fin mai, sachant que les possibilités d’escalade sont quasi nulles en Asie Centrale, nous abandonnons notre corde en fin de vie. Nous passons alors six mois sans toucher du caillou. Malgré des moments exceptionnels à vélo dans des contrées très peu touristiques, Adam réalise qu’il est difficile pour lui de passer autant de temps sans grimper.

Après un an sur la route, il nous faut revoir notre système pour rééquilibrer le temps accordé à nos deux activités.

Vue de la falaise de Buchae Bali surplombant Busan, deuxième ville de Corée du sud

Corée du Sud. La falaise de Buchae Bali surplombe Busan, la deuxième ville du pays

 

Puis vous avez expérimenté le concept grimpe et vélo en Asie ?

Et oui ! De novembre 2017 à mars 2018, nous passons 4 mois à grimper en Thaïlande et au Laos avec une coupure de 10 jours à vélo pour rallier Crazy Horse Buttress à Thakek. Puis en avril, nous décollons pour la Corée du Sud. De l’escalade traditionnelle sur du granite magnifique dans un cadre totalement dépaysant et des distances raisonnables à pédaler entre chaque falaise, la Corée du Sud gagne la palme d’or du paradis de cyclo-grimpe.

Pendant deux mois, nous avons un rythme de cinq jours à vélo, cinq jours en falaise, trois jours de repos sous la pluie.

grimpeur dans remplacement bolt au yosemite-lignes de fuite

L’idéal. Fin juin 2018, nous atterrissons au Canada. Et nous installons la tente dans la forêt de Squamish pour un mois et demi à explorer les fissures du Chief, avec l’objectif de s’entrainer pour aller faire des big wall au Yosemite. La démesure du territoire Nord Américain nous oblige à reprendre la route deux mois avant la saison au Yosemite. Mais le trajet Canada-Californie en vaut la peine !

Alors, comment c’était, grimpe et vélo, au Yosemite ?

Au Yosemite nous réussissons à faire trois big walls bien que nous ayons perdu l’endurance gagnée à Squamish. Nuit en portaledge, hissage des sacs, escalade artificielle, en deux mois sur place on perfectionne nos systèmes de big wall sur Liberty Cap, Washington Column et Mount Watkins.

L’hiver finit par nous rattraper à nouveau. Et nous pédalons les 900 kilomètres qui nous séparent de Joshua Tree en deux semaines avant d’y passer les deux dernières semaines de notre visa américain. C’est le train qui nous ramène au Canada, où nous avons pour la première fois depuis cinq ans pris un abonnement à la salle d’escalade locale. Grimpe et vélo : il faudra attendre le retour des beaux jours !

Adam et Noémie au sommet de la voie, sur une dalle de granit, arbre déformé par le vent

Yosemite. Pur bonheur au sommet de Liberty Cap après une ascension qui nous a pris un jour de plus que prévu

Bientôt la suite de cette ITW axée Grimpe et vélo. Stay tuned !!

Retrouvez d’ici là les photos du trip grimpe et vélo de Noémie et Adam sur Instagram.

 

 

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  1. 21 février 2019

    […] Avant-hier, vous avez découvert Noémie et Adam dans les préparatifs et les premiers épisodes de leur grand périple autour du monde, à vélo. Avec comme fil rouge la découverte de nouvelles falaises. […]

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