L’escalade : une histoire de famille !

Lors de notre revue de la récente étude sur la présence du gène ACTN3 chez les grimpeurs de bloc, nous avons soulevé la question de la prédisposition à l’escalade. Celle-ci semble parfois manifeste chez certains néo pratiquants qui très rapidement semblent comprendre les équilibres, les appuis, les déplacements. Mais on peut aussi supposer que ces aptitudes psychomotrices ont été acquises en amont, grâce à la pratique de différentes activités physiques… Bref, le questionnement n’est pas clos…

Le fait est que lorsque la génétique et l’environnement sont propices, cela donne souvent de beaux résultats. Dans notre petit monde de l’escalade, plusieurs exemples de filiations talentueuses sont connus. Ainsi, les parents d’Adam Ondra grimpaient à très bon niveau. Brook et Shaun Raboutou-Erbersfield ont sans nul doute bénéficié du talent et de l’expérience de leurs célèbres parents.

Au-delà du simple constat des performances, il est intéressant d’observer comment peut se construire la passion pour l’escalade, d’enfants dont les parents sont eux-mêmes passionnés ou extrêmement forts. C’est pourquoi nous sommes très heureux de vous présenter ce témoignage, avec l’interview croisée de Diego Fourbet et de ses parents, une famille de grimpeurs – très – talentueux, basée à l’Argentière-la-Bessée (05) !

Dans la famille Fourbet, je voudrais…

À 15 ans, Diego à un carnet de croix déjà bien rempli de voies en 8, et même d’une croix en 8c+. Pour l’avoir vu, encore minuscule, jouer déjà à se suspendre sur les anneaux ou à faire des fouettés de pieds sur les prises du pan, on peut dire qu’il a pratiquement commencé à grimper en même temps que la marche.

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Les goûts de Louise, sa sœur aînée, l’ont aussi portée vers les joies du ski de fond, qu’elle pratique à haut niveau, avec quelques incursions dans le ski alpinisme. Cette passion, elle compte la mettre un peu en veille pour démarrer sa prépa physique-chimie.

Natalie a été une des meilleures grimpeuses mondiales dans les années 90. Aujourd’hui, en dehors de son travail de professeur des écoles, elle s’investit toujours en escalade aux côtés de « Grimper rose dans les Hautes-Alpes », une association dont l’objet est d’accompagner des femmes atteintes de cancer.

Olivier enfin, non content d’être un « poumon » en ski alpinisme est aussi un grimpeur nonogradiste. Le temps n’a pas altéré sa passion et il partage ses loisirs entre pentes raides et arquées, teigneuses si possible.

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Témoignage

Voici donc les perceptions croisées de Diego et de ses parents sur l’escalade :

Diego, dans tes souvenirs, à quel âge penses-tu avoir pris conscience de ta passion pour l’escalade ?

J’ai toujours aimé l’escalade je n’ai jamais pris conscience de ma passion, je l’ai toujours eue !

Nat & Olive, quels sentiments vous inspire le fait que Diego embrasse la même passion que la vôtre ?

Nat : C’est agréable de pouvoir partager une passion avec ses enfants, mais le plus important c’est qu’ils en aient une, même si elle est différente de la nôtre. Diego grimpe, Louise a préféré le ski de fond mais ce qui m’importe le plus c’est qu’ils se fassent plaisir dans leur activité.

Olive : Ça me fait plaisir et cela nous permet de partager de bons moments, bien qu’il soit encore trop léger pour m’assurer…

Diego, quelles sont les valeurs de l’escalade en lesquelles tu te reconnais ?

L’ARQUÉE ! (on a la même, NDLR 😉 )

Nat & Olive, de quelles valeurs liées à l’escalade aimeriez-vous que Diego ait hérité ?

Nat : Le partage avec les copains, le plaisir d’être dans la nature, l’envie d’aller au bout de soi même, de se surpasser.

Olive : l’amour de la nature.

Diego, en compète ou dans des voies dures, sur le plan mental, que penses-tu avoir hérité de tes parents ?

Diego : Ne jamais rien lâcher !

Nat & Olive, quels sont les traits de caractère de Diego dans lesquels vous vous reconnaissez lorsqu’il est en compète ou dans une voie dure en falaise ?

Nat : Le côté instinctif de sa grimpe, rapide avec parfois une prise de risque importante, une grimpe pas cérébrale, sans trop de prise de tête… Mais aussi un caractère émotif fort aussi bien dans les échecs que dans les réussites.

Olive : Il aime bien chercher les méthodes dans les voies dures ou les blocs et pour l’instant pas trop le « à vue ».

Diego, et au niveau physique ?

La force dans les doigts.

Nat & Olive, et sur le plan du physique ?

Nat : La force dans les doigts, le petit gabarit, les bras (pas trop musclés).

Olive : Le rythme.

Diego, en escalade, que t’ont apporté tes parents, Que t’apportent-ils encore aujourd’hui ?

La passion, la motivation.

Nat & Olive, qu’avez-vous cherché à transmettre à Diego à propos de l’escalade ?

Nat : L’humilité par rapport à la cotation (pas facile, il est jeune), le plaisir, se satisfaire du moment présent. Je me rappelle l’an dernier quand il a gagné sa première coupe de France à Arnas, c’était très émouvant, j’avais évidemment les larmes aux yeux mais des gens autour de moi aussi. Il était tellement heureux quand il a compris qu’il avait gagné, ses yeux brillaient… Après je lui ai dit de bien profiter de ce moment présent et de le savourer car je sais que dans la compétition il y a plus de moments de frustration que de satisfaction… Alors autant en profiter pleinement.

Le côté sécurité aussi, je suis assez flippée des manips !

Olive : Le fait que c’est un jeu, que ça nous fait vibrer mais que ça reste de l’escalade et c’est pas grave quand on rate…

Diego, avoir des parents très bons grimpeurs, que cela t’a t-il apporté ?

Les méthodes dans les voies, le choix des voies et des falaises.

Nat & Olive, en quoi le fait d’avoir comme parents des grimpeurs de haut-niveau a pu être un avantage pour Diego ?

Nat : Il a toujours passé du temps avec nous en falaise ou en bloc. Cela lui permet de connaître autre chose que la résine et de mieux gérer les échecs en compétition. Il sait qu’il peut toujours se faire plaisir en falaise. Et cela lui a permis d’acquérir une expérience du rocher.

Olive : Il grimpe depuis tout petit.

Diego, qu’est-ce qui t’attire dans l’escalade ?

De se battre contre la gravité.

Nat & Olive, qu’est ce qui dans l’escalade vous a plu, vous plaît encore ?

Nat : J’adore réussir une voie en me mettant complétement au taquet, sentir que je suis allée au bout. Ça n’arrive pas à chaque fois mais c’est très agréable comme sensation. En compétition ou dans les essais dans les voies dures, c’est stressant avant de partir mais une fois dans la voie j’oublie tout, le temps s’arrête, je ne réfléchis plus… Je suis pleinement dans le présent…

J’aime aussi beaucoup le partage avec les amis, les discussions au pied de la falaise, le côté social de l’activité. Et bien sûr être dans la nature !

Olive : Être dehors et partager des bons moments avec les amis et la famille, taper des essais a muerte !

Diego, mettre des buts à tes parents ça fait quoi ?

Pas grand chose.

Nat / Olive, qu’avez-vous ressenti au premier but que vous a mis Diego en escalade ?

Nat : Une grande fierté, mais c’est lointain… et je me suis dit « Cool maintenant il va pouvoir me mettre les paires ! » En vrai je me rappelle pas vraiment le premier but, je me souviens d’une voie à St Léger (un 7C+ à la baleine), on l’avait réussi tous les 3 : Louise, Diego et moi le même jour… En grimpant, dans un repos, il s’est retourné et m’a dit : « Maman si je la réussis, ce sera mon premier 7c+, il faudra appeler Papa ! » (Olive était en voyage escalade je crois). C’était drôle et émouvant à la fois…

Olive : Ça a commencé en bloc sur le pan, puis dehors, et ensuite en falaise. J’étais content et fier de lui.

Diego, tu as différents sponsors. Quelle responsabilité cela représente pour toi ?

Publier des photos sur les réseaux sociaux, représenter les marques sur le terrain.

Nat & Olive, Diego a différents partenaires matériels. Comment assume-t-il cela et comment l’aidez-vous sur cet aspect ?

Nat : Il ne se prend pas trop la tête, il est content d’avoir quelques chaussons et du matériel. On a des connaissances et je pense que ça l’a aidé pour les premiers contacts. En fait les gens nous ont contacté parce qu’ils nous connaissaient et qu’ils voyaient que Diego grimpait fort. Ça date du printemps dernier. Je ne sais pas comment ça se serait passé si nous n’avions pas été grimpeurs.

Il a deux partenaires : La Sportiva (alors qu’Olive a EB et moi j’étais chez Five ten) et Petzl.

Chez Petzl, ils ont choisi un groupe de 6 jeunes et au delà du sponsoring, il y a un côté formation, rapport au sponsor, à l’image. Et puis il y a une volonté d’ouverture vers d’autres activités (montagne, cascade…). Je pense qu’aujourd’hui les sponsors sont plus intéressés par des profils polyvalents comme Diego  que par des compétiteurs purs.

Olive : C’est sa sœur qui s’occupe de sa « com » sur instagram, qui l’aide à choisir ses photos et les commentaires (c’est sa « community manager » !). Quant à moi je m’occupe surtout de l’emmener sur le rocher et de l’assurer ou le parer.

Photos (sauf mention) : ©Mathis Dumas ©Petzl

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