Peur de tomber en escalade : il n’y a pas de fatalité !

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Que vous soyez débutant ou grimpeur expérimenté, vous avez sans doute déjà connu cette sensation pernicieuse, la peur de tomber. Une angoisse qui vous paralyse et vous empêche d’exprimer tout votre potentiel dans une voie ! Pas de panique : La Fabrique Verticale vous donne 10 astuces pour gérer vos émotions.

1. Faites confiance au matériel

Si vous avez peur de tomber, commencez par faire le point sur l’état du matériel. Le vôtre bien sûr, mais aussi celui de votre partenaire, et éventuellement les dégaines en place. Avant de grimper, vérifiez toujours votre nœud et le positionnement du dispositif sur le pontet de votre assureur. On nomme cela le double check !

Une fois que vous avez checké que tout est en ordre, chassez les pensées irrationnelles ! Ne vous êtes-vous jamais demandé à quel point il est stupide d’imaginer qu’une corde d’escalade toute neuve puisse soudainement rompre, juste parce que c’est vous ?

2. Grimpez avec des partenaires de confiance

Si vous avez du bon matériel et un bon assureur (c’est-à-dire quelqu’un d’attentif, qui soit capable de dynamiser au bon moment), il n’y a pas de raison objective d’avoir peur !

Choisissez donc les personnes avec qui vous grimpez. Et évitez autant que possible de vous faire assurer par quelqu’un que vous ne connaissez pas. Enfin, si vous-même ou votre partenaire habituel, vous sentez que vous ne maîtrisez pas parfaitement les techniques d’assurage, demandez une remise à niveau au BE de votre salle.

3. Soyez clair avec vous-même

La première question à se poser est la suivante : “Quand j’ai peur en tête, qu’est-ce qui me paralyse : la peur de me faire mal en tombant ou bien la peur d’échouer ?”.

Si c’est la première hypothèse, dites-vous que le danger réel de porter atteinte à son intégrité physique dans un milieu aussi aseptisé qu’une salle d’escalade ou dans des voies modernes bien équipées est assez faible. Si c’est la seconde hypothèse, identifiez les situations qui génèrent le doute et surtout : grimpez pour vous, donnez-vous le droit à l’erreur et pensez en termes d’accomplissement !

4. Apprenez à chuter

Si vous n’avez jamais pris de vol en tête, il est assez logique que vous appréhendiez cette situation qui, en soi, n’a rien de naturel. Apprendre à voler est donc une étape nécessaire ! Pour cela, montez légèrement au-dessus du point, prévenez votre assureur et lâchez-vous volontairement. Soufflez et restez relax, le corps bien dans l’axe, la corde entre les jambes. Surtout ne cherchez pas à attraper la dégaine ! Concentrez-vous sur la zone où vous allez tomber. Et préparez-vous à amortir avec les jambes. Allez-y progressivement puis sautez de plus en plus haut !

5. Visualisez-vous grimpant jusqu’à la chute

Quand vous aurez commencé ce travail d’apprentissage et de désensibilisation à la peur de tomber, entamez parallèlement un renforcement mental par le biais de la visualisation. Allongé au calme, les yeux fermés, relaxez-vous et imaginez-vous dans une voie, grimpant comme une machine, loin au-dessus du point. Vous allez jusqu’au bout et chutez. Tout se passe tranquillement, votre assureur vous dynamise et vous riez au bout de la corde, avant de repartir et d’enchaîner la voie.

Être à l’aise en tête, ça s’apprend ! Le mental se renforce et s’entraîne comme un muscle.

6. Rassasiez-vous d’encouragements

Entourez-vous de grimpeurs décomplexés par rapport à la chute, qui vous transmettent leur énergie positive et vous encouragent à aller jusqu’au bout dans les voies. N’hésitez pas à vous encourager mentalement à l’aide de phrases-leitmotiv qui agissent comme des mantras : “je vais jusqu’au bout”, ”j’avance et je fais la voie”, etc. (à vous de trouver la formule qui vous touche le plus). Une étude publiée dans “Medicine & Science in Sports & Exercise” a montré que les encouragements et les “self-talk” avaient un impact important sur la performance et la perception de la fatigue !

7. Soyez au top sur les clippages

Le mousquetonnage est une phase critique quand on grimpe en tête. C’est dans cette situation que la chute est la plus appréhendée (risque de chute longue si vous n’arrivez pas à sortir la dégaine du baudrier ou à passer la corde dans le mousqueton, pire encore si vous chutez avec le mou dans la main). Vous devez donc parfaitement maîtriser ce geste au sol, pour pouvoir le faire ensuite d’une main, dans n’importe quelle situation. Entraînez-vous à passer convenablement la corde dans la dégaine, d’une main et de l’autre, quelle que soit l’orientation du doigt du mousqueton. Cela doit devenir automatique !

8. Peur de tomber : grimpez en tête !

Pas de secret ! Il n’y a qu’en grimpant le plus souvent possible en tête que vous progresserez dans cette modalité. Inversez donc progressivement le ratio entre voies en moulinette et voies en tête, jusqu’à finir par ne plus grimper qu’en tête. Réservez la moulinette pour les jours où vous vous sentez vraiment fatigué physiquement ou nerveusement.

Pour les femmes, par exemple, il y a des jours dans le mois qui ne sont pas forcément très propices à l’ajout d’une grosse contrainte affective. Ce n’est pas forcément le cas pour toutes et ne voyez pas dans cette remarque une connotation sexiste ! Mais les jours sans, pour celles que cela perturbe, ne vous forcez pas, déculpabilisez ! Car il n’y pas de honte à grimper en moulinette…

9. Peur de tomber ? Concentrez-vous sur une tâche précise

L’esprit ne peut pas penser deux choses à la fois. Donc quand vous êtes polarisé sur votre peur de tomber, le cerveau ne parvient plus à traiter aucune autre information. C’est ballot !

Par contre, si vous vous concentrez sur une tâche très précise à effectuer (pose précise des pieds, respiration, enchaînement de séquences de déplacement, etc.), l’effet de diversion opère à plein. Car le cerveau n’a plus le loisir de penser à la peur. Le terrain idéal pour tester cela est évidemment le travail de voie !

10. Acceptez la dimension affective de l’activité

Surmonter la peur du vol est un travail de longue haleine. En effet, il n’est pas rare de voir des grimpeurs se trouver encore confrontés à cette difficulté même après plusieurs années de pratique. Car pour certains, ça constitue un vrai défi.

Mais ça peut aussi devenir un formidable challenge, une occasion de vivre une expérience unique. Alors, acclimatez-vous progressivement au vide, avec envie et enthousiasme, jusqu’à ce que ça devienne un jeu ! Pourquoi ? Parce que c’est justement ce qui fait tout le sel de notre activité, la possibilité de tomber dans le vide et de rester vivant !

Pour aller plus loin

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21 réponses

  1. Laura dit :

    Bonjour je n’est jamais « volé » et ce qui me fait le plus peur c’est en dalle ou même sur mur strictement vertical peur de me dégommer la face sur les prises !!

    • Misanthrope74 dit :

      C’est sur que ce n’est pas le lieu le plus adapté pour voler, mais il faut essayer d’accepter quand même cette chute…. Si tu as des doutes, tu peux regarder aussi quelques vidéos, en particulier celle de Tommy Caldwell dans Mescalito, il prend de gros vols en dalle 😉

  2. séverine dit :

    La chute me semble être à apprivoiser pour réellement progresser, et rien ne vaut effectivement la confiance en l’assureur  » dynamique » et ATTENTIF pour aller au delà de ses craintes..; et au delà du point d’ancrage ! Personnellement, il me faut avoir l’esprit « conquérant » pour évacuer la peur… et là, quelque soit le niveau de performance, ce n’est que du plaisir ! Merci les coachs

  3. Stéphane dit :

    Personnellement j’ai longtemps grimpé sans avoir conscience que c’était la peur de chuter qui me bloquait… L’envie de progresser et de m’adapter aux différents terrains m’a forcé à me rendre compte que ce blocage m’empêchait clairement de progresser.

    Ensuite j’ai eu une phase durant laquelle je n’arrivais plus à rien! Avoir conscience de la peur la rendait encore plus présente…
    Finalement j’ai été accompagné par mes coéquipiers et ils ont réussi à me faire passer au dela en me forcant à tomber pour la première fois 😉

    Cette chute a été une délivrance et j’ai ensuite pu exploiter un nouveau potentiel et des sensations décuplées !
    Bref un bel article qui reflète bien cette sensation difficile à apprivoiser !

  4. sophie dit :

    J’ai peur depuis que j’ai fait un vol au cours duquel mon pied s’est pris dans la corde, et j’ai été littéralement retournée dos a la falaise. J’ai eu de la chance ça a tapé très bas dans le dos, donc la fracture n’avait pas d’impact à part m’empêcher de m’asseoir et de forcer pendant quelque temps.
    Mais j’y pense et je me dis que j’aurais pu taper plus haut et être aujourd’hui paraplégique. C’est cette peur qui me paralyse dès que j’arrive au dessus du point. Je fais confiance à mon assureur, a mon matériel mais pas à la dynamique de la chute.

    • Laurence dit :

      En effet, dans le feu de l’action, on ne prend parfois pas suffisamment garde au fait que la corde puisse passer derrière une jambe, avec à la clef un retournement presque systématique, qui comme vous le soulignez, peut avoir des conséquences très graves. C’est donc quelque chose auquel il faut être très attentif. D’ailleurs, on voit bien que le port du casque en falaise école, qui est loin d’être généralisé, ne serait sans doute pas une hérésie, quand on pense à cette situation. Pour notre part, nous le mettons systématiquement en grandes voies et très rarement en falaise (tout en nous disant que c’est un tort, car nous avons assisté plusieurs fois à des mauvaises chutes en tête du type de celles que vous décrivez, sans parler des chutes de pierre provoquées par des animaux se déplaçant en haut des voies…)

  5. florence dit :

    J’ai chuté recemment en tête et je me suis fait tres mal et tres peur. (heureusement que j’avais me casque) Maintenant, j’ai tres peur de regrimper en tète et je voudrais savoir comment surmonter ma peur. ( par contre j’ai bcp moins peur de grimper en tête ds le devers, puisque qd on tombe on ne touche pas le rocher !!! )

    • Olivier dit :

      Bonsoir Florence
      Il est certain que vivre une telle expérience ne facilite pas les choses. Il y a cependant quelques pistes à envisager :
      – Recommencez à grimper en tête dans des voies en dessous de votre niveau, que vous maîtrisez (très) bien, qui sont bien équipées et où les risques de blessure en cas de chute (présence d’une vire, dièdre…) sont réduits au maximum. Vous pouvez alors vous concentrer sur le contrôle de votre peur, vous raisonner, puis progressivement regoûter au plaisir que vous procure l’escalade en tête.
      – Dans des voies qui correspondent à votre niveau (pas loin de votre niveau max en d’autres termes), « concessionnez »-vous de les travailler, puis de les réussir en moulinette avant d’y grimper en tête : ainsi, vous aurez le loisir d’optimiser les mousquetonnages (positions) tout en grimpant en moulinette et vous n’aurez plus aucun doute à ce sujet lorsque vous aborderez l’escalade en tête. Ce travail en moulinette, en mimant les mousquetonnages, vous permettra aussi de résoudre d’éventuels problèmes liés au placement des points d’ancrage : vous pourrez alors choisir de rallonger telle ou telle dégaine par exemple afin de rendre leur mousquetonnage plus tranquille.
      – Enfin, lorsque vous grimpez en tête, faites le avec un assureur en qui vous avez une confiance ABSOLUE !
      Bon courage !

  6. Laura dit :

    Pareil pour grimper en tête dans une voie j’attends de la maîtriser parfaitement en moulinette. Mais même sur une telle voie l’approche en tête est complètement différente (plus stressante) car la peur de la chute est là…
    Mais bon, il faut s’accrocher et je pense vaincre le mal par le mal, s’efforcer à faire un peu de grimpe en tête régulièrement.

  7. Pascal dit :

    Porter systématiquement un casque quand on grimpe en tête protège des blessures et limite la gravité des blessures, donc devrait limiter la peur….
    Autre chose: tomber d

  8. florence dit :

    Merci Olivier pour tous ces très bons conseils que je vais suivre.

  9. ann dit :

    Bonjour, oui grimper en tête en falaise ou grandes voies c’est pas évident, le danger étant bien présent… retours au sol sur des vires, points loin donc engagement car on clippe après le pas dur quand on fait moins d’1m60.. Dans les vieilles falaises de haute savoie, c’est assez engagé, et patiné… Pour les grandes voies comme à barberine, on a le point loin en dalle, il faut deux ou trois pas de plus quand on fait 1m50.. A Saneith on peut se faire mal… Je trouve que le danger est vraiment une réalité.. Et en montagne, c’est parfois une question de vie ou de mort.. Il faut à mon avis une marge de 2 degrés pour être serein.. (30 ans d’expérience)

  10. Maïa dit :

    « Pour les femmes, par exemple, il y a des jours dans le mois qui ne sont pas forcément très propices à l’ajout d’une grosse contrainte affective. »
    Amis des stéréotypes sexistes bonsoir…

    • Laurence dit :

      Bonjour Maia

      Merci pour votre commentaire. Je suis une femme, c’est moi qui ai écrit cet article et en toute franchise mon intention n’était évidemment pas d’être sexiste… Le fait est que tous les mois une femme a ses règles. Pour ma part, j’ai beau avoir fait du 8c, je sais que 3-4 jours par mois je ne me sens pas au mieux pour tenter des trucs durs en escalade. C’est comme ça. Je l’accepte et j’adapte ma pratique en conséquence. Je ne suis d’ailleurs pas la seule dans ce cas. Comme le dit cet article (http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=syndrome_premenstruel_pm), près de 75 % des femmes fécondes éprouvent des symptômes légers à la veille ou au moment de leurs règles. Et 20 % à 30 % des femmes ont des symptômes suffisamment intenses pour interférer avec leurs activités quotidiennes. Sans généraliser à l’ensemble des grimpeuses, ce que je voulais simplement dire, c’est que ce n’est pas forcément le meilleur moment pour aller se mettre en difficulté, si vous êtes dans ce cas. Aucun sexisme là dedans, juste la prise en compte d’états physiologiques et psychiques que beaucoup de femmes connaissent même si c’est encore un peu tabou d’en parler.

  11. Adriano dit :

    Bonjour,

    Bravo pour cet article, je trouve les conseils très avisés.
    La chute a réellement été un facteur de blocage dans ma progression. Je me suis pourtant balancer dans de sacrés vols pour me guérir de cette peur… Mon binôme de coeur est du genre taliban et nous commencions chaque début de séance par du vol: monter en haut d’une voie simple, sauter un point, voir deux si les conditions le permettaient (typiquement en gros dévers avec des points rapprochés) et se jeter. Cet exercice ne m’a RIEN apporté.
    J’ai compris, il y a quelques mois que ce n’était pas du tout le vide qui m’effrayait mais la situation de lâcher les prises contre ma volonté, en somme: la chute non-volontaire. C’est idiot mais ça a tout débloqué.
    J’ai beaucoup travaillé votre point 5, d’une manière un poile différente, m’auto-persuadant que tomber était hyper cool et marrant. Conséquence vraiment chouette: une hyper excitation à attaquer des voies qui me sont difficiles !

    • Olivier dit :

      Salut Adriano
      Merci pour votre commentaire !
      On est bien d’accord, il y a loin entre sauter volontairement (ce qui est déjà difficile) et grimper jusqu’à la chute ! Dans le premier cas, on anticipe, notre assureur est prêt et on sait qu’il est prêt. Dans le second, il peut toujours subsister ce doute – pernicieux – qui nous empêche d’aller jusqu’au bout !
      Le premier « problème » à régler en définitive est bien celui de la confiance absolue que l’on doit accorder (et qu’elle ou il doit mériter) à notre assureur(seuse) 🙂
      Bonnes envolées à vous 😉

  12. Olie dit :

    Il faut quand même signaler que de nombreuses voies en falaise dans le 4 ou 5 (donc pour les débutants) sont très dalleuses, avec de nombreuses vires plus ou moins grandes…et que dans ce cas il ne faut pas chuter ! L’escalade sportive est ainsi faite que plus c’est dur, moins on risque de se faire mal en tombant.

  13. Mkz dit :

    Perso, j’ai une trouille réelle jusqu’à la 2e dégaine.. J’appréhende les chutes non dynamisées (comme en début de voie) car le choc contre la paroi peut être très violent…
    J’hésite à m’offrir une canne à clipper juste pour cela…

    • Olivier dit :

      Oui ! Les chutes en bas de voie sont souvent très problématiques : temps de réaction requis pour l’assureur ultra court et nécessité absolue d’arrêter le grimpeur avant le sol en le séchant donc. De ce point de vue, le modèle d’équipement, initié aux US depuis maintenant assez longtemps, qui consiste à mettre un premier point très haut et invite – de fait – à Sticker la première paire est rationnel (même si il est discutable et souvent dévoyé par des grimpeurs qui stickent toute une voie de point à point).
      Pour revenir à ta remarque, pour ma part, ça ne me choque pas de sticker un ou deux points quand le démarrage craint un peu trop : ça permet de partir « en moulinette » et rien empêche après, quand on maîtrise bien ce départ, de le faire en clippant les paires « normalement ». Pour ça, chacun voit midi à sa porte et c’est très bien 🙂

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